SUPÉRIORITÉ DU CHRIST
pos de leur fournir une référence plus précise. C'est au Psaume VIII que se rapportent l'allusion de l'Apôtre et la citation qui vient ensuite. Lorsque les Princes des Prêtres et les Scribes Téclamaient contre l'hosanna des enfants dans le Temple, au jour des Rameaux, le Seigneur leur répondait : Nunquam legistis : Quia ex ore infantium et lactentium perfecisti laudem ? (Matth., XXI, 16). Peut-être ce Psaume n'avait-il pas une sayeur messianique aussi prononcée que le IP ou le XLIV« ou le CIX®, mais pour des chrétiens, familiarisés avec la doctrine, l'application se justifiait d'elle-même.
Le Psaume VIII exaltait la grandeur de l'homme, du premier Adam, inférieur sans doute aux Anges d'un degré, mais élevé sur toute la créature visible, et la dominant de toute la hauteur de sa nature intelligente, de sa gloire royale, de 5on pouvoir de juridiction et de maîtrise sur elle. Peut-être au Psaume VIII est-ce simplement de l'homme, du premier Adam qu'il est directement parlé, de l'Adam qui se construit par la lignée charnelle, (Gen., I, 26, 28), et qui n'est en effet qu'un degré au-dessous des Anges. Mais dans la pensée de l'Apôtre il s'agit plutôt du second Adam, de celui que le 5eigneur construit, au cours du temps, par la foi et la régénération baptismale ; la citation du Psaume VIII lui est adaptée, et l'application qui en est faite au Christ, vraie comme la première, est incomparablement plus étendue.
Nous avons ici encore un exemple de ces rencontres, où. les mêmes paroles scripturaires ou prophétiques se peuvent appliquer avec une valeur et une acception différentes à deux situations diverses. Dans l'acception où le Psaume vise Je premier Adam, on reconnaîtra la dignité de sa nature originelle, qui n'est qu'un, degré au-dessous des Anges, qui est investie de gloire et d'honneur : l'homme étant par nature le prêtre de toute la création visible, lui donnant une voix pour louer Dieu, jouissant de juridiction sur toutes choses visibles, dont il use à son gré et à qui il commande. JVlais le Psaume VIII s'applique beaucoup mieux au second Adam, surtout si on le lit dans les Septante. Le Quid est
homo est une exclamation devant l'infinie condescendance de- Dieu à l'égard d'une créature existante ; il s'entend moins bien de la création originelle, oti la condescendance de Dieu ne s'incline pas devant un être existant déjà et n'ayant en lui rien qui justifie les attentions de Dieu. En d'autres termes, ce verset implique une préexistence de l'être vers qui Dieu s'incline : l'homme doit exister d'abord pour justifier par sa. petitesse native l'infinie condescendance de Dieu. En effet, au jour de la création, alors que l'homme sort des mains de Dieu, il n'existe pas avant la condescendance qui s'incline vers lui.
« Qu'est-ce donc que l'homme pour que vous vous souveniez de lui, par la pensée ; qu'est-ce que le fils de l'homme, pour que vous le visitiez, par l'action ? » Visitare, ici, signifie la visite salutaire et compatissante, la visite du médecin. Il y a donc quelque chose à guérir. Et de plus l'homme que le Seigneur ici relève s'appelle fdius hominis, ce qui ne s'entend pas bien du premier Adam.
On voit que le Psaume est à double entente, et comme d'autres Psaumes messianiques glisse de son apphcation historique immédiate à une application ultérieure plus étendue, plus large, plus spirituelle, évoquée par des éléments qui dépassent et débordent la première application.
Par amour pour l'humanité déchue, la dignité infinie du Fils de Dieu s'est inclinée par l'Incarnation. Il est descendu d'un degré au-dessous des Anges, puisque la nature humaine leur est inférieure. Pourtant et à cause de cette humiliation volontaire, Dieu l'a couronné, comme un conquérant, de beauté et d'honneur ; il a racheté, par l'abondance de la gloire dont il l'a comblé, l'humiliation de l'Incarnation. Cette même infériorité aux Anges à raison de la nature humaine dont il s'est revêtu, implique donc qu'il- leur est supérieur ; la gloire intérieure a été le dédommagement de son humiliation volontaire, l'honneur a été la compensation de la souffrance endurée, et Dieu a incliné devant lui toutes les œuvres de-