II
Pour l'Apôtre l'application de ces paroles au Seigneur ne fait pas question, soit que ses auditeurs aient été persuadés d'avance, soit plutôt que le texte cité par lui exige cette application. Car enfin, il s'en faut de beaucoup que le premier homme, même dans l'état de justice originelle, ait exercé un empire et reçu une juridiction sur tous les êtres créés par Dieu. Les Anges notamment échappaient à son empire. Maisici comme en la Première aux Corinthiens, XV,25-28, l'Apôtre n'excepte rien de la formule universelle : Omnia subjeclsfi sub pedibus ejus. L'infériorité de nature est donc largement compensée, puisque les Anges eux-mêmes, bien que d'une condition naturelle supérieure, sont néanmoins compris dans l'étendue de cet empire universel : et adorent eum omnes Angeli Dei (Hebr., I, 6). L'Incarnation n'est donc pas l'épisode d'un instant, un procédé utile pour sauver l'humanité : c'est l'institution d'une économie religieuse plus haute, la création d'un monde nouveau. Sans doute, et nous l'avons dit déjà, le triomphe de la Résurrection et de l'Ascension n'a été qu'un triomphe limité et discret ; extérieurement ou peu s'en faut, les choses se passent comme auparavant ; et à l'heure oti écrit l'Apôtre, encore que la révolution surnaturelle soit accomplie de droit, toutes choses sont loin d'être soumises au Verbe incarné. Aujourd'hui encore, nous voyons nombre de choses et de personnes soustraites ou échappant à son empire. Dieu se donne du loisir.