LES DEUX NATURES
corps avec nous et nous faisons corps avec lui ; par l'Incarnation, en vue de sa médiation éternelle, il est une même chose avec nous, une même réalité vivante, groupée dans une vivante solidarité. Ainsi entendu au verset H et dans toute la fin du chapitre, le raisonnement de l'Apôtre est d'une absolue rigueur. Le Seigneur étant médiateur, communiant dans l'unité hypostatique à deux natures, doit aller jusqu'au bout de son rôle et goûter de toutes les conditions de l'humanité. Decebat... ducem salutis consummare. Il y a unité de condition entre celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés. II n'est pas médiateur à demi. Ayant épousé l'humanité, il a dû en épouser toutes les conditions, toutes les infirmités compatibles avec sa dignité divine, et, dans un amour spécial, toutes les conditions, toutes les infirmités qui devaient lui servir dans son rôle de Rédempteur.
Il n'est pas interdit d'observer que la sanctification dont il est parlé ici, et le sens spécial qui lui est donné par l'auteur sacré, c'est la sanctification hébraïque. Nous avons eu l'occasion déjà de reconnaître que la sainteté a été conçue par les peuples divers sous des angles différents ; et nous ne devons pas oublier que les Juifs, à qui s'adresse l'Apôtre, avaient de la sainteté une idée, non seulement religieuse, mais rituelle, comme une mise-à-part du monde profane, une appartenance à Dieu, une affectation à son service, une sorte de communion à lui. La sainteté légale consistait dans le souci de se garder de toute souillure, de tout contact avilissant, qui: eût éloigné du temple et du sacrifice, de la communion à Dieu. Nous avons adopté quelque chose de cette manière de parler dans les habitudes qui nous font appeler « saints » tous ceux qui sont baptisés, lorsque nous disons avec saint Pierre et le Lévitique : Sancti eritis, quoniam ego sancfus sum (I Petr., I, 16), avec saint Paul, I Cor., I, 30 : Ex ipso autem vos estis in Christo Jesu ; le chapitre X, 10, nous dira : in qua voluntate sanctificati sumus per oblationem corporis Jesu. Christi semel.
C'est par son œuvre de médiateur et de prêtre, c'est par
son sacrifice que le Seigneur donne sa justice et sa sainteté à ceux dont il a pris la nature et avec qui il est tellement un, qu'il les fait communier à la réalité de sa vie. Mais le chapitre X nous le dira. Pour l'heure, retenons seulement que la médiation impliquait l'Incarnation, et que l'Incarnation emportait la souffrance. Par l'Incarnation le Verbe, entrant dans l'humanité, contractait une vraie unité, une vraie fraternité avec chacun de nous. C'est pour cela qu'au Psaume XXI, que le Seigneur sur la croix s'est appliqué à lui-même, il ne rougit pas de nous appeler ses frères : Narrabo nomen tuum fratribus meis. « Et votre nom, c'est Père : et ceux à qui je le dirai, à qui j'apprendrai à le dire, vous les reconnaîtrez comme étant à vous : je ne suis que le premier de beaucoup de frères. » C'est le témoignage d'une réelle fraternité entre le Christ et les hommes rachetés par lui.
Puis encore, en Isaïe, VIII, 17 et 18, (la première partie de la citation doit être lue dans les Septante), deux passages, dont l'un exprime la confiance assurée et filiale, mais enfin personnelle, du prophète et du Christ dans la bonté de Dieu. C'est l'expression de l'abandon, de la certitude paisible et absolue. Mais parce que la première partie ne contenait que l'expression d'une confiance toute personnelle, l'Apôtre poursuit la citation d' Isaïe, afin de montrer que ce n'est pas en son nom seulement que parle le Messie, qu'il ne se sépare pas de ceux que le Seigneur lui a donnés et qui sont du même sang que lui. C'est pour lui-même, c'est pour eux qu'il a confiance en son Père. Il n'y a pas lieu de noter la différence ou' mieux la divergence des citations, qui tantôt parlent de frères, et tantôt de fils : car le dessein de l'Apôtre est de montrer l'unité de sang, de race, de nature : et dans l'un comme dans l'autre cas, cette unité est sauve, aussi bien dans 3e cas de descendance que dans celui de fraternité.