PREMIÈRES CONVERSIONS
37 His autem auditis, compuncti sunt corde, et dixerunt ad Petmm, et ad reliquos Apostolos : Quid faciemus, viri frafres ? 38 Petrus vero ad illos : Poenitentiam (inquit) agite, et baptizetur unusquisque vestrum in nomine Jesu Christi in remissionem peccatorum vestrorum : et accipietis donum Spiritus sancti. 39 Vobis enim est repromissio, et filiis vestris, et omnibus, qui longe sunt, quoscumque advocaverit Dominas Deus noster. 4o Aliis etiam verbis plurimis iestificafas est, et exhortabatur eos, dicens : Salvamini a generatione ista prava. 4i Qui ergo receperunt sermonem ejus, baptizati sunt : et appositae sunt in die illa animae circiter tria millia.
Chez des âmes ébranlées déjà par les récents événements de la Pâque, par les commentaires qu'ils avaient provoqués, et aussi par les anxiétés secrètes de la conscience, l'appel aux espérances messianiques et aux prophéties, leur accomplissement en la personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le désir du salut, la grâce de Dieu accompagnant les paroles de saint Pierre, déterminèrent un sentiment de regret, de componction. Dans leur droiture, ils demandaient à Pierre et aux apôtres : « Qu'avons-nous à faire, pour apaiser Dieu et pour entrer dans ses vues ? » Pierre répondait : « Faire pénitence, être baptisés au nom de Jésus-Christ, pour recevoir en lui le pardon de vos fautes, et obtenir à votre tour le don de l'Esprit de Dieu. » La pénitence, dont parle ici saint Pierre, n'exclut sûrement pas les œuvres afflictives au moyen desquelles l'homme châtie en lui-même son péché et en conjure le retour ; mais la pensée apostolique va plus loin : elle vise, sans aucun doute, le changement de vie, le renoncement à toutes dispositions et habitudes réprouvées de Dieu. Encore n'est-ce là que la portion négative et préambulaire de l'existence nouvelle : l'élément positif consistait dans le baptême ; et les Juifs, mieux que tous autres, étaient aptes à en saisir la signification symbolique. Non seulement dans le dessein d'effacer toute souillure et toute impureté légale, les ablutions leur étaient familières ; mais aux prosélytes, pour les intro-
duire dans une vie nouvelle, on donnait un baptême plus solennel, plus étendu dans sa signification. Il inaugurait un changement de vie, une nouvelle naissance, le renoncement à toute l'existence qui avait précédé. Le Seigneur avait un jour reproché à un docteur de la loi de ne pas comprendre, lui, maître en Israël, une doctrine que ces pratiques auraient dû lui faire pressentir (Joan., III, 10).
Le baptême pouvait être immédiatement conféré aux Juifs, pour qui le mosaïsme et la vie religieuse antérieure tenaient Heu de catéchuménat ; il était donné au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et faisait entrer dans la vie du nouvel Adam le baptisé, qui échappait ainsi à la faute et à la déchéance du premier. Faute originelle, fautes personnelles, tout était effacé dans l'eau sainte.
Ainsi la fiHation divine et le don de l'Esprit de Dieu promis par la prophétie de Joël étaient offerts tout ^' abord aux Juifs et à leurs enfants, selon les termes mêmes de la prophétie ; mais saint Pierre dès maintenant a conscience du caractère universel de la Rédemption. La promesse surnaturelle est proposée aussi à ceux qui sont loin, c'est-à-dire aux Gentils eux-mêmes. Non sans doute que cette, accession se fasse d'ensemble, et par un déplacement matériel de l'axe et du statut de toute l'humanité ; non : n'entreront en l'économie nouvelle et dans la vie du second Adam que ceux qui voudront de Dieu, ceux qui seront prévenus de la grâce, ceux que désignent la vocation et la bienveillance de Dieu. Ainsi se conciliaient et le privilège des Juifs et l'universalité de la Rédemption : le privilège, puisque c'était à eux que s'offrait tout d'abord le don de Dieu ; l'universalité, puisque par eux c'est à l'humanité tout entière qu'était porté le bienfait de la Rédemption.
Il ne semble pas que l'auditoire ait été tout entier convaincu. Une partie de cette foule perverse à qui Moïse reprochait son ingratitude (Deut., XXXII, 5) s'éleva contre les paroles de saint Pierre, et en méconnut la vérité. L'Apôtre