GAGES DE SALUT
même s'engage, il est à la fois partie et témoin. N'ayant personne plus grand que lui à qui il pût en appeler, aucun être qu'il pût invoquer comme témoin de sa sincérité, comme garant de sa parole, il a juré par lui-même, et nous devons bien entendre la signification et la portée du serment divin. Dans le texte de la Genèse la formule est elliptique, mais chacun comprend bien la divine garantie impliquée dans la formule : Nisi benedicens benedicam te. Ailleurs, là où les hommes prêtent serment, ils disent : Haec faciat mihi Deus, et haec addat, nisi... «Que Dieu me comble de malheur et' m'en accable, si je n'accomplis pas mon serment ». Dans la promesse de Dieu la formule exécrative est absente, mais impUcite, C'est comme s'il disait : « Que je cesse d'être Dieu, si jamais je viens à manquer à la parole que je vous donne aujourd'hui. » Dieu se constitue donc lui-même la garantie de son serment et de sa promesse : il est le gage, il est l'otage de sa parole donnée ; il cessera d'être Dieu si sa parole ne s'accomplit. Tout se tient : la promesse de Dieu, le serment de Dieu, le gage de Dieu. Rien dès lors d'étonnant que le Père des croyants ait espéré, et, qu'ayant persévéré en l'espérance, il ait obtenu ce que Dieu lui avait promis. Tel est l'idéal que des fils d'Abraham doivent s'efforcer de reproduire, alors que Dieu s'engage lui-même et que pour rassurer notre faiblesse, il s'incline devant les coutumes humaines, et, à l'exemple des hommes, donne à sa parole la garantie du serment.
Rien ne saurait mieux affermir notre espérance. Le Seigneur nous a donné ainsi des garanties de luxe, de surcroît, de profusion. Sa parole suffisait. Elle ne lui a pas suffi. Et ayant voulu entourer d'évidence surabondante l'inébranlable fermeté de son dessein, pour enlever jusqu'à l'ombre d'un doute aux héritiers de sa promesse, il a, à sa parole, ajouté son serment, le serment par lequel il devient le gage personnel de ce qu'il promet.
Jamais la témérité la plus présomptueuse n'eût osé mon-
ter jusque-là. Désormais l'âme du croyant est fixée : elle est maintenue : elle ne chancellera plus.
A la fin du v. 18, l'espérance est prise au sens objectif, comme le bonheur promis par Dieu ; mais il y a entre le sens objectif et le sens subjectif de l'espérance une telle affinité ; et, dans notre espérance comme vertu, l'objet de notre espérance est tellement impliqué, que l'Apôtre passe sans transition de l'une à l'autre, du bien espéré à la disposition surnaturelle qui nous le fait espérer.
Suit la plus complète définition de l'espérance, dont nous devrons nous souvenir lorsqu'on nous dira que la foi est la substance des choses que nous espérons. Ce qui garantit notre âme contre le doute, le flottement, l'indécision, c'est^que nous avons pris possession de l'élément ferme, de la base inébranlée. Nous ne chassons pas sur notre ancre. Notre espérance est fixée solidement, mise en possession de droit de ce qui ne change pas ; elle ne vacille pas, car elle fait un avec ce qui est éternel et immuable. Nous ne sommes plus de l'Ancien Testament. Le Saint des Saints est ouvert. Aujourd'hui, il est quelqu'un qui en a pris possession pour nous. Le chemin du sanctuaire éternel est frayé. II l'a été par les pas du Seigneur, le vrai prêtre, le vrai médiateur, qui est entré là pour nous, lui, le pontife plus grand qu'Aaron, le pontife selon l'ordre de Melchisédech.
Ainsi l'Apôtre revient à l'assertion du chapitre V, 10, et à la doctrine qu'elle promettait.
SELON l'ordre DE MELCHISÉDECH
1 Hic enim Melchisédech, rex Salem, sacerdos Dei summi, qui obviavit Abrahae régressa a caede regum, et benedixit ei : 2 cui et décimas omnium divisit Abraham : primum qui-