‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 527 sur 663 · MELCHISÉDECH FIGURE DU CHRIST · texte numérisé non relu

MELCHISÉDECH FIGURE DU CHRIST

dem qui interpretatur rex justitiae : deinde autem et rex Salem, quod est, rex pacis, 3 sine pâtre, sine matre, sine genealogia, neque initium dierum, neque finem vitae fiabens, assimilatus autem Filio Dei, manet sacerdos in perpetuum.

Désormais saint Paul ayant pris son parti, sa pensée est toute à Téminente supériorité du sacerdoce de Jésus-Christ. Il lui suffit d'une allusion au chapitre XIV de la Genèse, 18, 19, 20, et au Psaume CIX, 4. C'est chose extraordinaire, en dehors même de tout le mystère développé ensuite par l'Apôtre, de trouver dans un psaume juif la mention si solennelle d'une lignée sacerdotale autre que celle d'Aaron, et d'y reconnaître la situation considérable d'un prêtre contemporain d'Abraham, dont toute l'histoire tient dans trois courts versets de la Genèse. Mais pour l'Apôtre, Melchisédech est non pas seulement un personnage historique, il est surtout un personnage symbolique.

Melchisédech appartient à l'économie patriarcale ; il est antérieur à cette époque où Dieu semble n'avoir plus souci que du peuple élu, et laisse les nations s'engager dans leurs voies. Il est le pontife d'une économie religieuse encore universelle ; et, comme tel, détermine la lignée, l'ordre, la condition selon laquelle le Christ lui-m,ême sera à son tour le pontife, non d'une économie réduite, limitée, mesurée à une fraction étroite de l'humanité, mais d'une alliance de Dieu avec toute l'humanité. C'est donc à Melchisédech, non pas à Aaron, que le Christ sera assimilé. Dieu qui gouverne les temps, qui dirige les événements, a disposé toute chose sur un plan historique tel que de longs siècles avant le sacerdoce du mosaïsme et la constitution de la religion juive, le chef de toute la race, Abraham, viendra dans un mystérieux hommage s'incliner devant le sacerdoce encore patriarcal et universel de Melchisédech. Dès lors, si Melchisédech est la figure du Christ, et si néanmoins, devant la seule figure, non seulement le mosaïsme, mais la dignité patriarcale d'Abraham s'est inclinée, nous devrons conclure que l'économie

chrétienne, en la personne de son pontife, l'emporte à l'infini sur l'économie mosaïque et son sacerdoce.

Analyser les trois premiers versets du chapitre VII, et lire : Hic enim Melchisedech, rex Salem, sacerdos Dei summi . . . manet sacerdos in perpetuum, tout le reste n'étant qu'une longue incidente avec le dessein de justifier la conclusion : assimilatus autem Filio Dei.

Melchisedech est roi de Salem, ou de la paix ; prêtre, non d'une divinité locale, mais prêtre du Très-Haut. En lui et en Abraham, sont figurées deux économies religieuses ; l'économie patriarcale et l'économie mosaïque dans sa source première. Or, ce prêtre extraordinaire, Abraham, après la défaite des cinq rois, l'a honoré deux fois : en lui donnant la dîme du butin conquis, en recevant de lui la bénédiction. Le nom seul de Melchisedech est symbolique : roi de justice, roi de paix, ce qui n'est complètement vrai que de Jésus-Ghrist. Il apparaît dans l'histoire comme un météore soudain : nulle mention de son père, ni de sa mère, ni d'aucune généalogie déterminée : le silence même de l'Ecriture est interprété par l'Apôtre comme expressif de cette condition du Christ qui n'a point de Mère dans sa nature divine, ni de Père dans sa nature humaine. Quand Melchisedech est-il né ; quand est-il mort ? L'Ecriture n'en dit rien. C'est ainsi que Dieu a tracé en lui d'avance les traits de son Fils. Par dessus tout le mosaïsme, Melchisedech et le Seigneur se rejoignent. La sobriété de l'Ecriture parlant de lui le soustrait, autant qu'elle le peut, aux conditions du temps. On dirait même qu'il n'est situé chronologiquement que pour un seul motif : afin que le mosaïsme tout entier, contenu dans Abraham, vienne, à l'heure marquée de Dieu, rendre hommage en lui à une économie plus ancienne, primitive, universelle, définitive, éternelle.

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