SACERDOCE PARFAIT
Ah ! comme il est vraiment médiateur, et tel que Dieu ne le saurait méconnaître. Comme il est vraiment prêtre, comme ne l'a été, comme ne le sera personne, le prêtre tel que nous n'aurions pu le rêver : pur, c'est-à-dire saint et sans péché ; innocent, sans nulle malice qui vienne de lui, sans tache qui vienne de l'extérieur et de ses rapports avec les pécheurs. L'ancien sacerdoce avait ses lois : elles l'obligeaient à une grande pureté légale, à une séparation rigoureuse, à un isolement sévère de toutes les chances de souillure : ici au contraire la victoire est définitive sur le péché et dès maintenant obtenue : non que le pontife soit loin des pécheurs par l'indifférence, mais il est séparé des pécheurs et du péché par une pureté sans pareille et à l'abri de tout contact par le lieu même où il remplit aujourd'hui ses fonctions de médiateur.
Il n'y a vraiment qu'une seule liturgie, un seul prêtre, un seul sanctuaire, le sanctuaire de l'éternité, le vrai Saint des Saints, où le Prêtre éternel est entré avec son sang. C'est lui qui a ouvert la route des cieux, et s'est établi plus haut que les cieux, dans le trône de Dieu même : Sedet ad dexteram majestatis in excelsis. (Hebr., I, 3. Cf. IV, 14, 16 ; VI, 20; X, 12, 19; XII, 2.)
Lui n'est pas dans la nécessité quotidienne et périodique où se trouvent les prêtres lévitiques, d'offrir des sacrifices, d'abord pour l'expiation de leurs fautes, puis pour l'expiation des fautes du peuple (Lev., IV et XVI) . Sous la loi, les sacrifices se répètent et se multiplent. L'Apôtre est moins attentif à la dualité rigoureuse des sacrifices, ordonnés les uns pour les péchés des prêtres, les autres pour les péchés du peuple, qu'à la répétition constante de ces mêmes sacrifices. Parce qu'il ne retire de ces sacrifices aucun fruit achevé et définitif, Israël a besoin d'expiations quotidiennes, répétées, périodiques, motivées soit par le péché des prêtres, soit par le péché des peuples (Exod., XXVIII ; XXIX ; XXX, 10 ; Levit., IV ; V ; XVI tout entier ; Num., XXIX, 7-12 ; XVIII, 1) : répétition continuelle qui trahit à la fois l'infirmité des
prêtres et l'inefficacité de leur sacerdoce ; au lieu que le Seigneur n'a offert qu'un seul sacrifice, une fois pour toutes, le sacrifice unique de l'universelle expiation, en s'offrant luimême, scipsum offerendo.
Là se conclut le parallèle institué entre le Christ et Aaron : Les prêtres créés par la loi, au moyen d'une formule impérative, ne sont que des hommes pécheurs, obligés de racheter leurs infirmités personnelles par des sacrifices : mais le Prêtre qui a succédé à la loi et qui par conséquent l'abroge à jamais, institué par le serment de Dieu, c'est le Fils de Dieu, non seulement parfait, mais achevé et consommé dans l'œuvre de sa médiation et le fruit de son sacerdoce, le Fils de Dieu ayant porté jusqu'à la perfection absolue l'œuvre de sa fonction de médiateur. Il est un avec Dieu, un avec nous, prêtre parfait : nous le contemplerons désormais dans l'œuvre essentielle de son sacerdoce, le sacrifice.