‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 539 sur 663 · INTIMITÉ DE DIEU AVEC CHACUN · texte numérisé non relu

INTIMITÉ DE DIEU AVEC CHACUN

nité, comme si l'amour 'divin possédait cette faculté de devenir plus particulier, plus individuel, en même temps qu'il devient plus universel : dilexit nie, et tradidit semetipsum pro me (Gai., II, 20).

Cette intimité avec Dieu entraîne que notre âme est comblée. Tu eis sis honor, tu. gaudium, tu voluntas, tu in moerore solatium, tu in injuria defensio, in ambiguitate consilium, in infirmitate medicina ! Si cela est dit aux vierges consacrées c'est à raison d'un titre qui n'appartient pas à elles seules, et qui est la condition commune de toute vie surnaturelle : Dieu devenant notre bien, comme nous sommes le sien : Dieu possédé, connu, aimé, devenu vraiment nôtre, à ce point que, dans la vision, il sera non seulement l'objet, mais le principe intérieur et déterminant de la connaissance que nous aurons de lui. Dieu nous fera connaître Dieu ; il sera la forme et le principe de notre intellection. N'est-ce pas quelque chose de semblable, sur quoi l'Apôtre appelle notre attention ? Ah ! je sais bien que la théorie de l'examen privé, que l'illusion, que l'indépendance intellectuelle peuvent facilement détourner de leur vrai sens, et vers de misérables applications, la splendeur des promesses divines : l'homme abuse de tout. Mais à Dieu ne plaise que la préoccupation exagérée et timide des erreurs humaines nous empêche de reconnaître et de bénir les tendresses de Dieu !

Autrefois déjà, le Seigneur avait détourné ses apôtres des habitudes pharisiennes, en leur recommandant de ne point se décerner à eux-mêmes le nom de rabbi ou de maître : unus est enirti Magister v ester,... Christus (Matth., XXIII, 8, 10). Aujourd'hui Dieu parle à- chacun de nous. Non qu'il désavoue ceux qui parlent en son nom, et exposent sa doctrine ; mais enfin ceux qui parlent ne le font qu'en son nom, ceux qui enseignent n'enseignent que sa doctrine ; il est sur leurs lèvres, comme il est au cœur de celui qui écoute, lui inspirant par la puissance de sa grâce l'acceptation de toute vérité, et créant en lui la certitude et la conviction. La doctrine enseignée dorénavant est celle du Seigneur ; à ce point

de vue, le privilège est commun à celui qui enseigne et à celui qui est ■enseigné. Car le mode d'enseignement adopté par le Seigneur écarte à la fois tout orgueil chez celui qui enseigne, et chez celui qui est enseigné toute chance d'erreur et d'illusion.

12 Quia propitius ero iniquitatibus t.omm, et peccatorurn eorum jam non memorabor. i3 Dicendo autem novum : vêteravit prias. Quod autem antiquatur, et senescit, prope interitum est.

Enfin un dernier caractère de l'alliance inaugurée par le Christ, et de sa divine supériorité, avait été reconnu plus de six cents ans avant lui par un prêtre et prophète, deux fois fils de l'ancienne loi. Toute l'économie judaïque dans ses prescriptions et sa liturgie n'avait pour dessein que de maintenir l'homme dans la crainte en lui rappelant sa déchéance • et son péché : Qui timoré mortis per totam vitam obnixii erant servituti (Hebr., II, 15).

Au lieu de s'appuyer sur le souvenir du péché, l'alliance nouvelle implique tout d'abord, et dès la première heure l'effacement de tout péché. Au lieu de s'appuyer sur l'effort des œuvres pour le détruire, elle s'appuie sur la grâce du Seigneur qui a pardonné à ce point qu'il ne reste même pas un souvenir du passé. La raison de l'intimité de Dieu avec chacun de jious se trouvera dans la réconciliation parfaite : Justificati ergo ex fiée, pacem habeamus ad Deum per Dominum nosfrum Jésus Christum... per quem nunc recbnciliationem accepimus (Rom., V, 1, 11). Je parlerai à chacun, dit le Seigneur, parce que chacun me sera ami, et aimé. Le sacrifice qui inaugure l'alliance nouvelle, au lieu de rappeler le souvenir du péché, l'exclut et l'efface à tout jamais. Je ne me souviendrai plus, dit le Seigneur.

Une courte conclusion suffit : en appelant nouvelle, /{ai.vT,v (v. 8), l'alliance chrétienne, le prophète n'a pu le faire qu'à la condition d'exclure comme ancienne et surannée l'ai-

l'ancienne alliance abrogée 381

liance qui a précédé, et que le christianisme abroge pour le grand avantage de l'humanité. En effet, une institution, dénoncée il y a plus de six siècles déjà comme précaire et vieillie, est dans la condition des choses décrépites, qui n'ont plus qu'à disparaître et à s'évanouir ; et si on n'en dit pas plus de mal, c'est, selon l'expression de saint Augustin, pour ensevelir la Synagogue avec honneur. Remarquons, en terminant, l'affinité de la doctrine relative au sacerdoce du Christ avec ce que l'Apôtre nous a dit du ministère apostolique (II Cor., IIÏ), et de la doctrine de la grâce (Rom., VII et VIII). C'est partout, chez saint Paul, la même attitude.

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