LES GLOIRES DU 'PASSÉ FIGURES DU PRÉSENT
1 Habuit quidem et prias, justificationes culturae. et Sanctum saeculare. 2 Tabernaculum enim factum est primum, in quo erant candelabra, et mensa, et propositio panum, quae dicitur Sancta. s Post velamentum autem secundum, tabernaculum, quod dicitur Sancta sanctorum : 4^ aureum habens thuribulum, et arcam testamenti circumtectam ex omni parte auro, in qua urna aurea habens manna, et virga Aaron, quae fronduerat, et tabulae testamenti, s superque eam erant Cherubim gloriae obumbrantia propitiatorium : de quibus non est modo dicendum per singula. ^ His vero ita compositis : in priori quidem tabernaculo semper introibant sacerdotes, sacrificiorum officia consummantes : ^ in secundo autem semel in anno solus pontifex non sine sanguine, quem offert pro sua, et populi ignorantia : s hoc significante Spiritu Sancfo, nondum propalatam esse sanctorum viam, adhuc priore tabernaculo habente statum. 9 Quae parabola est temporis insfaniis : juxta quam munera et hostiae offeruntur, quae non possunt juxta conscientiam perfectum facere servientem, solummodo in cibis, et in potibus, 10 et variis baptismatibus, et justitiis carnis usque ad tempus correctionis impositis.
Est-ce donc que l'Apôtre s'est ravisé ? Se repent-il d'avoir humilié la Synagogue et l'économie ancienne comme il vient de le faire ? Il vient de dire de la loi qu'elle est vieillie, bonne à disparaître. Or, à ce moment-là même, il semble changer de ton. Il est Juif, il parle à des Juifs, il a été élevé aux pieds de Gamaliel ; et ses premières années, décisives pour le cours général de ses pensées, ont été consacrées par lui à l'étude de cette liturgie mosaïque, qui vient de Dieu après tout, et n'a que le seul tort, étant inférieure à l'idée chrétienne, de prétendre lui barrer le chemin. C'est avec recueillement et une part d'émotion secrète que l'Apôtre rappelle le détail si familier, et autrefois si aimé, de cette liturgie. Ce n'est pas, dit-il, que la première alliance n'ait eu, elle aussi, ses ordonnances relatives au culte de Dieu, et son sanctuaire : ses prescriptions, mais elles-mêmes étaient expressives de la réalité future ; son sanctuaire, mais il était de ce monde visible et transitoire.
Ne croyons pas qu'en se servant d'un temps du passé, etye, habilit, l'Apôtre fasse allusion à l'abrogation du mosaïsme, comme si le mosaïsme n'existait plus, et qu'on parlât de lui comme d'un disparu : la formule employée signifie simplement, ce nous semble, que le mosaïsme a autrefois reçu de Dieu son sanctuaire, mais en ce monde, et les prescriptions rituelles qui en règlent l'usage.
Déjà nous avons eu l'occasion de noter que tout l'intérêt de cette liturgie était concentrée dans le tabernacle et surtout dans cette portion la plus reculée du tabernacle, appelée le Saint des Saints. Car il y avait deux régions distinctes dans ce long rectangle formé par l'ancien tabernacle. Moïse avait eu soin d'y faire préparer par Béséléel et Ooliab une première région où se trouvaient le chandelier d'or à sept branches (Exod., XXV, 31 ; XXVI ; XXVII, 17), et la table des pains de proposition. Cette première partie du tabernacle s'appelait le Saint. Ce n'est pas là que Dieu manifestait sa présence ; ce n'est pas là qu'on pouvait se rencontrer avec lui.
Un premier voile était disposé à l'entrée du tabernacle
l'autel du saint des saints 383
ou du Saint : c'est seulement au delà du second voile que se trouvait le Saint des Saints, la demeure de Dieu, où il n'était permis à aucun mortel de pénétrer. Remarquons avant toute chose que c'est du tabernacle mosaïque qu'il est parlé, du temple de Salomon. Après le retour de la captivité, le Saint des Saints demeura absolument vide : une pierre sur laquelle était gravé le TeTpaypàfj.fAaTov avait pris la place de tous les éléments énumérés aux v. 4 et 5 (Tacite, Hist., V, 9 ; Josèphe, De Bello Judaico, IV, 5, 5). Mais l'Apôtre a voulu rappeler le symbolisme primitif tel qu'il avait été fixé par Moïse.
Tout le Saint des Saints était en or ou recouvert d'or ; le V. 4 y fait allusion. Suit la description du mobilier sacré contenu dans le Saint des Saints, ou lui appartenant. Nous devons parler ainsi à cause de la première partie du verset, Aureum habens thuribulum. Le grec porte en effet : y^p-jcroùv È'yo'jffa 9u{jLi.aTripi,ov : il n'y a nulle difficulté si on traduit comme la Vulgate, « un encensoir d'or ». Mais Q'j!jLi.aT/ip!.ov ne signifie pas nécessairement et exclusivement un encensoir, il désigne aussi l'autel sur lequel on brûlait de l'encens, afin que le Grand-Prêtre fût enveloppé dans le nuage lorsqu'il entrait dans le Saint des Saints (Exod., XXX, 1, 11 ; XXXVII, 25-29 ; XL, 5 et 26). Or, nulle part il n'est parlé d'encensoir comme faisant partie du mobilier sacré du Saint des Saints. Il serait très extraordinaire que, dans lin inventaire attentif comme celui-ci, fût passé sous silence un des meubles rituels les plus considérables et les plus connus, l'autel, pour donner une mention à l'encensoir, de beaucoup moindre valeur rituelle. Il est à remarquer encore que l'autel des parfums, outre l'usage quotidien dont il est parlé dans l'Exode (XXX, 7, 8), avait encore son emploi spécial le jour de l'Expiation, dont il est question dans tout le chapitre. Il était revêtu d'or -comme tout ce qui appartenait au Saint des Saints. Seulement, et c'est la seule objection qu'on puisse élever contre la traduction du Quu'.aTTipi.ov par « autel », il n'était pas à l'intérieur du Saint des Saints. Il ne lui appartenait que par un lien extérieur et de pure relation. Aussi est-il à remarquer que
l'Apôtre énumérant tous les éléments matériels du culte, les uns contenus dans le Saint des Saints, les autres se rapportant au Saint des Saints et lui appartenant de fait (Exod., XXX, 6-10 ; XL, 24), se sert de l'expression è'youo-a qui peut signifier appartenance, attribution, non pas nécessairement inclusion matérielle. J'incline fort à la traduction « autel », pour les raisons que je viens de dire ; et en observant que si l'Apôtre n'a point donné de place, dans son inventaire du mobilier de l'Hécal ou du Saint, à l'autel des parfums, c'est qu'il le réservait à la description du Saint des Saints dont il était voisin, et auquel il se rapportait par sa fin et son usage. C'est en vertu de cette relation, nous l'avons dit déjà, qu'il était revêtu d'or pur, comme tout ce qui appartenait au Saint des Saints. Mais on peut s'affranchir de toutes ces explications et adopter purement et simplement la traduction de la Vulgate, thuribulum.
La disparition de l'arche d'alliance n'empêche pas l'Apôtre de rappeler le symbolisme, familier aux Juifs, de tout ce qui était primitivement contenu dans le Saint des Saints. L'arche d'alliance était de toutes parts revêtue d'or (Exod., XXV, 10, seq.) Là se trouvait l'urne d'or contenant la manne. Le texte de saint Paul semblerait signifier que l'urne contenant la manne était enfermée dans l'arche, avec le bâton d'Aaron et les tables de la Loi (Exod., XVI, 33, 34 ; XXV, 16, 21 ; Num., XVII, 10).
Au-dessus de l'arche, et d'après les indications fournies à Moïse, se voyaient les deux Chérubins qui de leurs ailes étendues voilaient le propitiatoire (Exod., XXV, 17-18). Le propitiatoire, lXac-r)âpt.ov, était un couvercle d'or massif de deux coudées et demie de long, d'une coudée et demie de large, qui fermait l'arche d'alliance. C'était là le trône de Dieu, c'était de là, entre les deux Chérubins, que se manifestait sa gloire. Mais de tous ces détails du Saint des Saints et de leur signification figurative, nous n'avons rien à dire, remarque l'Apôtre ; soit parce qu'il est sollicité par un autre