LA FÊTE DE L'EXPIATION
sujet, soit parce que le caractère typique de tous ces éléments est familier à ses lecteurs.
Les versets qui suivent, 6 et 7, nous rappellent les limitations multiples que subissait le sacerdoce mosaïque. Dans la première partie du tabernacle, entraient tous les prêtres de la loi ancienne. Les prêtres y avaient accès puisqu'ils devaient renouveler, chaque sabbat, les pains de proposition (Levit., XXIV, 5 et suivants), veiller sur le chandelier d'or à sept branches, puis chaque matin et chaque soir brûler l'encens le plus précieux sur l'autel voisin du Saint des Saints (Exod., XXX, 7). Les offices et les fonctions de leur sacerdoce les appelaient donc souvent dans cette première partie du sanctuaire. Mais dans la seconde partfe, le Saint des Saints, le Grand-Prêtre seul, une fois par an, avait licence divine d'entrer, en la fête de l'Expiation (Lev., XVI), après avoir offert au préalable, pour lui et pour le peuple, un doublé sacrifice.
Cette fête de l'Expiation porte en elle un caractère plus mystérieux qu'aucune autre fête du rituel mosaïque. Toutes les autres solennités en effet se rattachent à un fait historique ou à un bienfait antérieur dont elles rappellent le souvenir, au moyen d'une représentation ou commémoration liturgique. Seule la fête de l'Expiation, le 10^ jour du 7^ mois, quatre jours avant la fête des Tabernacles, est orientée vers le Christ, Du passé elle ne rappelle rien de façon déterminée, ni le premier péché, ni le châtiment de Nadab et d'Abiu. Aucun souvenir historique : c'est une fête purement prophétique, dont toutes les lignes se projettent sur l'avenir. Il est facile de reconnaître la relation qu'elle soutient avec tous les éléments énumérés jusqu'ici ; c'est au jour de l'Expiation que sont accordés l'accès au sanctuaire et la société avec Dieu ; c'est par elle et en elle qu'est instituée l'alliance. En effet, entre ces deux parties, Dieu et l'homme hier divisés à cause du péché, la réconciliation et l'alliance n'ont pu s'établir que moyennant un sacrifice d'expiation qui efface le péché.
Il sera bon de lire le Lévitique, chapitre XVI, en relation avec le chapitre X, 1, 9 (Cf. Levit, XXIII, 26, 32 ; Exod.,
XXV, 9 ; XXIX, 7-11 ; XXX, 10 ; Ezech., XL, 1 ; XLV, 18). Outre que le rituel de la fête de l'Expiation exigeait un double sacrifice, un pour le Grand-Prêtre, un pour le peuple ; le Grand-Prêtre entrait deux fois dans le Saint des Saints avec le sang des victimes, une fois pour son compte, une fois pour le peuple : chaque fois il purifiait le sanctuaire avec ce sang, afin que malgré ses fautes, malgré les fautes d'Israël, le sanctuaire ainsi purifié de toute souillure devînt vraiment un lieu où se pût manifester la gloire de Dieu.
Cela suffit, à part un trait que nous rappellerons à la fin, pour reconnaître le caractère de la cérémonie à laquelle l'Apôtre fait ici allusion. L'essentiel est d'observer que, dans sa pensée, c'est grâce à un sacrifice, à un sacrifice d'expiation, que nous avons accès au sanctuaire, auprès de Dieu. Cela est vrai de l'ancienne loi, vrai de la nouvelle, pourvu que l'on se souvienne de la parole de saint Jean-Baptiste ; Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccatum mundi, et de la relation qui existe entre l'expiation et l'alliance, possible seulement après l'expiation.
Mais que de restrictions, et dans quelle mesure étroite était accordé, sous l'ancienne loi, l'accès à ce sanctuaire figuratif : un seul homme, un seul jour dans l'année, sans suite ni témoin, avec la rançon du sang versé !
Ces restrictions dessinent l'Ancien Testament, l'époque où Dieu ne se livre pas à un peuple encore grossier et matériel. L'Esprit de Dieu qui avait inspiré ces rites, en interdisant aux Juifs l'accès du Saint, en proscrivant aux Juifs et aux prêtres eux-mêmes l'accès du Saint des Saints, en ne le permettant au Grand-Prêtre qu'une fois l'an, dans les circonstances et les conditions que nous venons de dire, signifiait symboliquement que le vrai Saint des Saints, le sanctuaire où Dieu se montre, demeurait inaccessible, que la voie n'en était pas frayée encore et aplanie, aussi longtemps que subsistait de droit le tabernacle de l'ancienne économie. Le voile n'était pas déchiré, le trône de Dieu demeurait caché à tout mortel.
l'expiation définitive 387
L'Apôtre se place pour un instant et par la pensée dans le milieu du judaïsme qu'il décrit, et dans une condition antérieure (v. 1 1 ) à la venue du Seigneur. Tout ce qui précède est en effet une allégorie en action, le croquis de cette économie où s'offraient, où s'offrent encore des hosties et des victimes incapables de sanctifier intérieurement et d'unir à Dieu celui qui les offre ; parce qu'elles ne consistent qu'en prescriptions matérielles, relatives aux aliments, aux boissons, aux ablutions variées des Juifs ; toutes choses extérieures, toutes prescriptions matérielles qui pesaient sur l'homme jusqu'à l'heure de son relèvement. Mais à l'heure où le mosaïsme déroule encore ce froid et lointain symbolisme, voici que se présente le Christ, dans l'éminence infinie de son sacerdoce.