LE SERVICE DE DIEU
l'adoration. C'est là ce que veut le Père céleste, des adorateurs en esprit et en vérité : et notre adoration croît devant Dieu avec notre beauté et notre dignité surnaturelle. Ainsi le terme de notre vie surnaturelle, ce n'est pas nous, c'est Dieu. C'est Dieu, qui en dernière analyse recueille le bénéfice de ce que nous devenons graduellement par sa grâce et sous sa main. Dieu, en nous, travaille pour lui : ad serviendum Deo viventi. C'est la pensée du Seigneur en saint Jean à laquelle nous faisions allusion il y a un instant. C'est la pensée de saint Zacharie, lorsque dans son cantique il rappelle à Dieu sa promesse : ut sine timoré, de manu inimicorum nostrorum liberati, serviamus illi in sanctitate et justifia coram ipso omnibus diebus nostris. Toute notre vie, celle de l'éternité et celle du temps, est liturgique et ordonnée vers Dieu. Si nous nous appliquons au silence, au calme, à la paix, à la pureté, à l'effacement de tout, ce n'est pas pour nous y complaire, pour nous livrer à je ne sais quel dilettantisme supérieur, mais pour mieux servir, pour mieux adorer, pour mieux aimer Dieu. La pureté n'est pas la fin de notre vie surnaturelle; elle n'est qu'un moyen pour la fin de notre vie surnaturelle ; et l'une des tentations les plus perfides et les plus redoutables se rencontre précisément dans une certaine complaisance orgueilleuse où l'on se réjouit de soi, de la vertu acquise et de son propre achèvement. Pour éviter le vertige qui précipite, c'est toujours en haut qu'il faut regarder.
Ainsi se dessinent la médiation sacerdotale et la prêtrise souveraine du Seigneur. Nous voyons bien maintenant en quoi consiste sa médiation. Nous embrassons mieux son sacrifice, et la plénitude d'efficacité qu'il implique. Nous tenons maintenant le fait nouveau qui a abrogé l'économie ancienne, pour lui substituer une dispensation de confiance et de tendresse : spiritum adoptionis filiorum, in quo clamamus : Abba, Pater (Rom., VIII, 15). Car c'est à raison de l'efficacité souveraine et spirituelle de son sang, que le Christ est le médiateur de la nouvelle économie : le sang des boucs et des génisses n'y pouvait rien ; le sang du Christ^ par son incom-
parable efficacité, inaugure une situation religieuse tout autre: il purifie, il réconcilie, il consacre l'alliance, il renouvelle l'homme dans la vie du Seigneur (Eph., II).
Il nous demeure ainsi trop démontré que l'Ancien Testament n'a pas conduit les hommes à l'union parfaite avec Dieu. Par les réserves mêmes et les détails de sa liturgie, la loi mosaïque, nous venons de le voir, a témoigné elle-même de son impuissance. Aussi voici venir une alliance nouvelle, où, moyennant un sacrifice et une mort volontaire, le péché est effacé, l'homme racheté de cette lourde servitude qui pesait sur lui dans l'ancienne loi ; où le Christ constitue aux mains des élus de Dieu les biens qui furent autrefois promis, mais non accordés à nos pères.