‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 544 sur 663 · ALLIANCE ET TESTAMENT · texte numérisé non relu

ALLIANCE ET TESTAMENT

16 Ubi enim testamentam est : mors necesse est intercédât testatoris. i7 Testamentam enim in mortuis confirmatum est : alioquin nondum valet, dam vivit qai testatus est. is Unde nec primam qaidem sine sangaine dedicatam est. i9 Lecto enim omni mandata legis a Moyse universo populo : accipiens sangainem vitaloram et hircoram cum aqua et lana coccinea, et hyssopo : ipsum quoque librum, et omnem populam aspersit, 20 dicens : Hic sangais testamenti, qaod mandavit ad vos Deus. 2i Etiam tabernacalam, et omnia vasa ministerii sanguine similiter aspersit : 22 Et omnia pêne in sangaine secundum legem mandantur : et sine sanguinis effusione non fit remissio.

L'Ancien Testament avait des promesses, mais il fallait que la réalité et l'accomplissement de ces promesses fussent donnés aux élus, aux appelés, aux choisis de Dieu. Repromissionem a le sens objectif de bona repromissa : l'héritage éternel promis de Dieu. Dans le même verset 15, voici que trois idées se réunissent : l'idée d'un héritage, l'idée d'une mort, l'idée d'une mise en possession de cet héritage moyen-

l'alliance nouvelle 391

îiant cette mort, la mort du Christ. Elle était déjà expiation et réconciliation : elle va devenir ratification de l'alliance nouvelle, considérée cette fois sous un point de vue très nouveau, très spécial.

Le passage que nous abordons a été et est encore considéré comme l'un des plus embarrassants de toute l'Epître. Grâce à une sorte de jeu de mots, l'Apôtre introduit ici un élément inattendu. Le terme hébreu bérith, traduit en grec constamment par Bî-aQ/ixifi, signifie alliance, et dans la langue grecque de l'Ancien Testament, ot-aO/iXTi, n'a qu'une significat'on : aijiance, et surtout alliance de Dieu avec son peuple. Dans le grec classique, BiaS-iôxT], c-uvQtîxt,, signifient pacte, contrat, alliance ; mais le premier signifie aussi testament, con- STitution d'une dernière volonté en vue d'une transmission successorale : les contrats sont des volontés, les testaments, des volontés dernières. L'idée de testament comme expression de volontés dernières, transmettant, par voie d'investiture et de succession, les biens d'un héritage, cette idée demeura étrangère aux Juifs jusqu'à une époque très tardive, l'époque des Hérodes (Josèphe, De Bello jad., II, c. Il, III). La transmission des biens se faisait du vivant du père, avec ou sans intervention d'une volonté spéciale formulée par lui (Cf. Gen., XXV). Il n'y a pas de trace dans le grec de l'Ancien Testament de BiaQ/ixTi pris dans ce sens. L'idée et le fait pénétrèrent en Judée dès que l'on se mit en rapport avec les Grecs et les Romains. Peut-être dans l'épître aux Galates (III, 15-17) trouvons-nous déjà une allusion, d'autant plus remarquable qu'elle est là seule avec celle qui nous occupe ici : Fratres, secundum hominem dico : tamen hominis confirmatum testamentum nemo spernit aut saperordinat. Là encore, il semble que l'Apôtre joue, s'adressant à des Gentils, sur le double sens de otaQ/ixTi, qui signifie tout à la fois alliance, volonté confirmée, volonté dernière.

L'Apôtre a coutume de présenter les réalités surnaturelles aux diverses intelligences, selon l'angle oii elles peuvent le mieux les accueillir. Il s'est fait tout à tous, même Intel-

lectuellement, afin de faire comprendre à tous la vérité de Dieu. Or, cette vérité est multiple et peut être abordée de plus d'un côté. Le diamant divin a mille facettes. Les Juifs sont accoutumés au sacrifice rituel, et aux formes de l'expiation : la rédemption leur sera présentée sous la figure, à eux familière, d'un rachat, d'une rançon payée pour leur délivrance. L'alliance avec Dieu sera, elle aussi, présentée aux Juifs avec cette garantie spéciale du sacrifice, telle qu'elle est fournie par Dieu au chapitre XV de la Genèse ; c'est le summum de la sécurité, équivalant à un serment de Dieu. Aux Gentils, elle sera présentée avec cette immuable garantie qui est celle de la mort, fixant à jamais la volonté de l'homme dans ce qu'elle a définitivement et dernièrement voulu.

Il est à noter que dans l'un et l'autre cas, l'idée de la mort est présente ; de la mort dans le sacrifice garantissant la fidélité de l'engagement ; de la mort garantissant l'immutabilité de l'engagement contracté. Sans doute, ceux à qui parle l'Apôtre sont des Juifs ; mais aussi ils sont à Rome, et ils sont assez mêlés à la vie des païens dont ils ont pris beaucoup, pour savoir ce que c'est que le testament, et l'invariable fermeté dans laquelle il est établi par la mort du testateur. Il se trouve que l'engagement de Dieu, l'alliance nouvelle, peut s'offrir sous ces deux formes, ou d'un pacte consacré par une victime, ou d'une disposition dernière fixée et rendue immuable par la mort. Or, l'Apôtre a été conduit par la marche régulière de sa pensée à une sorte de carrefour, où il se trouve devant les trois idées que nous avons indiquées déjà : l'idée d'un héritage, l'idée d'une mort, l'idée d'une mise en possession de cet héritage moyennant cette mort. Ajoutez-y l'ambiguïté de ce mot o!.a9r|XT„ qui signifie à la fois et alliance et testament. Tous les éléments se trouvdit ainsi réunis qui devaient guider la pensée de l'Apôtre en cette direction nouvelle. On a pu regarder 16 et 17 comme une glose latérale ou marginale qui se serait glissée dans le iQ.xiç^. Mais cette explication, d'ailleurs désespérée, ne saurait être plausible, pour quiconque remarque que dans le v. 15

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