ALLIANCE ET TESTAMENT
se trouvent déjà réunis tous les éléments que suggèrent les deux versets suivants.
Or, là où il y a testament et constitution d'héritage, ow8ti/.ïi, dit l'Apôtre s'emparant de cette ambiguïté du terme et de l'affinité des situations, il faut qu'il y ait eu mort du testateur. De même que la volonté absolue de l'alliance (Gen. XV ; Jerem., XXXIV, 18) n'est consacrée et confirmée que par la mort de la victime, entre les divisions de laquelle passent les deux parties contractantes ; de même aussi la volonté absolue du testateur n'est immuablement consacrée que par la mort du testateur. De part et d'autre une volonté, de part et d'autre une même volonté, la mort scellant sans retour la fermeté, soit de l'alliance, soit du testament
C'est dans cette idée plus générale d'un vouloir consacre par la mort que se place l'Apôtre, pour y réconcilier deux points de vue divergents, alliance et testament. En effet, sous l'angle spécial où il s'établit, testament et alliance ont une même idée générique, ils ont tous les éléments nécessaires pour être interchangeables. C'est un cas d'isomérisme théologique, dirais-je volontiers. De part et d'autre volonté bienveillante, volonté bienveillante fixée, volonté bienveillante fixée par le sang, par une vie immolée, par une mort. Alliance et testament forment un couple de dispositions volontaires qui obtiennent ainsi leur effet, après et moyennant la mort. Là où il y a testament, dit l'Apôtre, la mort du testateur doit intervenir : le testament en effet n'est définitivement ratifié que par la mort, et n'a point de force aussi longtemps que le testateur, vivant, conserve le pouvoir de modifier sa volonté.
Après cette courte digression vers l'acception de testament, l'Apôtre revient à un développement compatible avec l'acception de l'alliance. Il a été beaucoup parlé du sang et de la mort, de victimes et de sacrifices, depuis le commencement du chapitre : et la suture est telle entre l'alliance et le sang qu'on la retrouve partout (Gen., XV, et en particulier dans le cas de l'alliance mosaïque, Jerem., XXXIV, 18). Les
deux éléments sont à ce point liés ensemble que l'ancienne alliance, encore qu'imparfaite, ii'a pu être conclue et inaugurée que moyennant l'effusion du sang, grâce à une vie offerte et immolée (v. 18-23).
On nous reporte au chapitre XXIV de l'Exode, où est décrite l'alliance contractée entre Dieu et le peuple d'Israël. Le peuple est près du Sinaï au moment où la Théocratie, ou le gouvernement de Dieu sur le peuple, va être inaugurée. Dieu a donné ses conditions : les dix commandements (voir Ex., XX, 1-18), et le code de l'Alliance (Ex., XX, 23; XXIV), où sont contenues les règles de la vie religieuse et sociale du peuple juif. Ces conditions sont acceptées par le peuple (XXIV, 3). La suite, v. 4-9, nous apporte la forme solennelle du contrat. C'est à ce passage que l'Apôtre fait allusion.
Moïse commence par lire au peuple chaque commandement, chaque prescription divine, comme il en avait reçu l'ordre de Dieu. Le peuple accepte. Il semble que l'Apôtre, comme d'ailleurs çà et là dans l'épître, ajoute aux prescriptions rituelles écrites certains détails qui lui viennent de la tradition. La mention des boucs, -rpàytov, n'existe pas au chapitre XXIV de l'Exode, non plus d'ailleurs que l'eau ni la laine écarlate, ni l'hysope, que nous ne trouvons qu'au Lévitique, XIV, 4 et 50, et aux Nombres, XIX, 18-19, Alors même que ces détails n'étaient pas formellement prescrits, ils faisaient partie des cérémonies habituelles de l'expiation, et se lisaient au rituel : et c'est ainsi qu'on retrouve la mention, tantôt de l'un, tantôt de l'autre, dans les cérémonies mosaïques : en particulier de l'hysope le jour de Pâques pour l'aspersion du sang de l'agneau pascal. Ce n'est pas le seul élément additionnel que nous rencontrions icL
Les deux parties contractantes étaient ainsi réunies dans une même vie : le sang de la victime validait et consacrait leur alliance.
Et alors s'élevait la parole de Moïse : Ecce, hic est sanguis foederis quod pepigit Deus vobiscum super hls verbis-
l'alliance par le sang 395
C'est la traduction de l'hébreu. L' Apôtre a cité plus rapidement : Hic sanguis testamenti, quod mandavit ad vos Deus. Les Evangélistes l'ont reproduit : S. Matthieu, XXVI, 28 ; S. Marc, XIV, 24; S. Luc, XXII, 20; (cfr. I Cor., XI, 25). Tout ce qui est baigné de ce sang entre par là dans l'alliance: le tabernacle avec tout le mobilier sacré est trempé dans ce sang, et reçoit de lui sa consécration. Avec le sang la pureté et la vie prennent possession de tout.
Ce long exposé nous montre que, même dans l'ancienne loi, il a fallu du sang et une vie répandue, afin que le tabernacle créé, que tous les objets de culte, que tous les instruments de l'alliance fussent purifiés, rendus aptes à se prêter à la majesté divine, dignes, autant qu'ils pouvaient le devenir, d'accueillir Dieu. Ils étaient profanes, dans leur être premier ; le sang de la victime avait pour dessein et pour effet de les purifier, pour qu'au milieu d'eux Dieu et l'homme pussent se rencontrer. Et pourtant, tabernacle mosaïque, objets du culte mosaïque, mobilier sacré, instruments de l'alliance ancienne, tout cela était simplement provisoire et figuratif : si donc des éléments terrestres, à raison de leur affectation au culte de Dieu, ont eu besoin d'être purifiés par le sang, comment le cadre céleste lui-même, le lieu où Dieu révèle sa majesté aux Anges et aux hommes, n'aurait-il pas besoin,, lui aussi, lui surtout, d'être purifié, et par un sang meilleur, par une victime plus haute, moyennant un sacrifice d'une plus éminente dignité ?