‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 547 sur 663 · PURIFICATION NÉCESSAIRE · texte numérisé non relu

PURIFICATION NÉCESSAIRE

Ces passages de l'épître aux Colossiens et de l'épître aux Ephésiens sont intéressants, parce qu'ils ont une parenté visible avec la doctrine ici proposée ; mais eux non plus n'indiquent pas en quoi le sang du Seigneur a pu exercer cette fonction de purifier le tabernacle éternel, le tabernacle céleste, le lieu où vivent aujourd'hui le Seigneur et sa Mère, le lieu où Dieu se manifeste aux Anges et aux Elus. Encore une fois, comment expliquer cette nécessité, ce besoin de purification et d'expiation dans un tabernacle que sa nature maintient à l'abri de toute souillure ? Le problème est tel que la plupart des commentateurs, en désespoir de cause, sousentendent dans la seconde partie du v. 23 un verbe plus adouci que celui qui est employé dans la première : au lieu de xaOapiÇscj-^a!,, la deuxième portion n'aurait qu'un équivalent èyxai.vîv^£<3-^a',, et le verbe serait ainsi ramené à une expression tolérable pour le tabernacle éternel.

La véritable explication est dans ce sens, il nous semble. Evidemment il s'agit d'une souillure et d'une purification compatibles avec la condition même de ce tabernacle. En vérité, comme il y avait deux régions dans le tabernacle, il y a lieu de distinguer deux régions dans le ciel : il y a le ciel éternel, incréé, qui est Dieu, qui est le sein de Dieu : Unigenitus qui est in sinu Patris. Il y a le ciel, qui est le Saint, c'est-à-dire le lieu, où qu'il soit, où le Seigneur se manifeste à ses Elus et à ses Anges. Dans leur vie ressuscitée, le Seigneur et sa Mère doivent être quelque part. Ecce tabernaculum Dei cum hominibus. Le premier, le Saint des Saints, le ciel éternel et incréé, encore qu'il n'ait jamais été atteint par le péché, (Dieu habite une lumière inaccessible et que le péché ne saurait ternir), avait besoin d'être renouvelé néanmoins dans la mesure où l'éternelle lumière et l'éternel amour s'étaient éclipsés, et comme obscurcis devant les exigences de la justice et de la vengeance de Dieu, provoqué par le péché de l'homme. Grâce au sang du Christ, l'amour de Dieu, l'amour-Dieu reparaît dans tout son éclat.

Le second ciel, le Saint, le lieu où Dieu se manifeste à

ses Elus avait aussi besoin d'être purifié, non sans doute au sens qu'il eût été non plus souillé par le péché ; mais en ce sens que, nous étant devenu inaccessible par le péché, nondum propalatam Sanctorum viam, vetene tabernacalo habente statum, il devait, toujours par le sang du Christ, nous être rendu accessible, et redevenir pour nous le lieu de la vision de Dieu.

Et maintenant nous pressentons, il me semble, la pensée de l'Apôtre : c'est une loi divine, la seule qui, en ces choses, puisse créer une nécessité : la loi du sang ; si le tabernacle figuratif, où. rien de définitif ne s'accomplissait, le tabernacle, qui n'est qu'une copie et un décalque de celui de l'éternité, a subi cette exigence d'être purifié par le sang ; le tabernacle éternel, définitif, réclamait un sang infiniment plus pur : per proprium sanguinem introivit semel in Sancta. Sanguis Chrîsti emundabit conscientiam nostram ab operibus mortuis, ad serviendum Deo viventi.

Car ce n'est pas dans un tabernacle matériel et créé que le Seigneur est entré, mais dans le ciel, c'est-à-dire dans le sein de Dieu, en présence de Dieu, dans le vrai sanctuaire, afin en sa personne d'y introduire l'humanité. Tels sont les avantages obtenus par l'œuvre sacerdotale du Seigneur : Entrer dans le vrai sanctuaire, paraître devant Dieu, de façon constante. En d'autres termes, comme il a été dit déjà, c'est une fois pour toutes, IcpàTûa;, que le Seigneur est entré dans le sanctuaire de Dieu, pour se tenir devant lui comme une intercession qui ne se tait ni jour ni nuit.

A la différence du pontife de l'ancienne loi, ce n'est donc pas dans un sanctuaire figuratif et créé qu'est entré le Seigneur : non plus qu'il n'y est entré d'une façon précaire et monïentanée, mais une fois pour toutes : non plus avec le retour périodique d'une cérémonie une fois l'an, comme le Grand-Prêtre aaronique, grâce au sang des génisses ! Ah ! que nous sommes loin aujourd'hui de ces procédés infirmes ! Si le sacrifice du Christ n'avait pas été à lui seul suffisant, si l'expiation accomplie par lui n'avait été qu'un à-compte, si

Page 1