‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 553 sur 663 · LE SACRIFICE EUCHARISTIQUE · texte numérisé non relu

LE SACRIFICE EUCHARISTIQUE

du Seigneur que nous avons été sanctifiés, puisque les actes qui nous sanctifient, se bornent à nous mettre en contact, non pas seulement symbolique, mais réel, avec le sacrifice du Seigneur.

On pourra se demander ici pourquoi la Messe se répète, et si cette profusion quotidienne du sacrifice de l'autel n'est pas, selon la doctrine de l'Apôtre, un témoignage de son inefficacité. Il est trop facile de remarquer que la doctrine de l'Apôtre porte sur les sacrifices d'expiation, selon la conclusion du verset 18 : Ubi autem horam remissio, jam non est oblatio pro peccato ; or la Messe est un sacrifice eucharistique ; et s'il est contre nature d'offrir des sacrifices pour obtenir l'effacement d'un péché qui est surabondamment effacé, il est normal de rendre grâces à Dieu pour un bienfait que nous ne pourrons jamais suffisamment reconnaître.

Il est trop simple aussi de remarquer que le sacrifice se redit, il ne se répète pas : c'est le même prêtre, c'est la même victime, c'est le même rite, et l'ensemble du sacrifice a visiblement pour dessein de nous établir en contact, en relation de continuité avec la mort du Seigneur, et de nous faire rejoindre sa vie à travers les siècles écoulés. Mais il l'est peutêtre encore plus d'observer comme nous l'avons fait déjà, que, si nous avons été sanctifiés virtuellement et une fois pour toutes, moyennant l'offrande du corps du Seigneur, moyennant le sacrifice de sa vie, nous le sommes historiquement, et formellement, par le sacrifice liturgique, que Dieu regarde seul, qu'il désire seul, qu'il recherche seul dans le temps et dans l'éternité. Depuis le Calvaire, Dieu ne se satisfait de rien d'autre. C'est sa gloire définitive. Les théologiens éprouvent certainement quelque peine, lorsqu'ils établissent le motif de la création, à expliquer le problème que voici : Dieu possède une gloire essentielle. Sa gloire accidentelle lui est libre, et extérieure à lui : il a vécu sans elle éternellement, elle n'est pour lui que la frange de son manteau. Et chose étonnante ! lorsque cette gloire extérieure et superflue lui manque. Dieu en devient si grandement jaloux que pour la reconquérir, il

envoie son Fils sur la terre afin de la lui revendiquer au prix des souffrances, des douleurs et des humiliations que nous savons. Une telle rançon pour une chose dont Dieu se passe si facilement ! Une telle disproportion entre le bien conquis et le prix dépensé pour le conquérir ! C'est vraiment un problème. Peut-être pourrait-on faire l'économie de la gloire accidentelle comprise comme elle l'est souvent, et se demander si vraiment il y a une gloire accidentelle, si toute la vraie gloire rendue à Dieu n'est pas contenue dans son Fils incarné, et partant si cette gloire de Dieu, voulue premièrement, ne demeure pas une forme de gloire essentielle, venant à Dieu de quelqu'un qui n'est pas étranger à la Trinité. Per ipsum, et cum ipso, et in ipso est tibi Deo Patri in unitate Spiritus sancti omnis honor et gloria.

Quoi qu'il en soit, nous voyons comment le sacrifice du Seigneur est le sacrifice unique, suffisant, éternel, où toute âme puise ; nous voyons comment nous sommes sanctifiés dans la volonté de Dieu qui nous contient, où nous sommes compris ; Dieu, après nous avoir assignés au Seigneur en prédestination, réalise dans le temps, moyennant les actes sacramentels et les actes surnaturels, cette appartenance voulue par lui. Nous reconnaissons en quoi consiste cette volonté : c'est le programme de Dieu : Jésus-Christ et l'Eglise ; l'humanité régénérée entrant, avec le Christ, dans la vie de Dieu; la gloire de Dieu ainsi procurée d'une façon infinie et digne de Dieu même (Eph., I).

Après cette grande formule du verset 10, l'Apôtre revient une dernière fois à sa longue comparaison entre sacerdoce et sacerdoce, entre œuvre sacerdotale et œuvre sacerdotale ; et poussant jusqu'au bout sa démonstration, étudie l'un et l'autre sacerdoce au lendemain de leur sacrifice respectif, au lendemain de l'œuvre sacerdotale accomplie. Là encore, quelle différence !

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