‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 554 sur 663 · EFFICACITÉ DU SACRIFICE · texte numérisé non relu

EFFICACITÉ DU SACRIFICE

11 Et omnis quidem sacerdos praesto est quotidie ministrans, et easdem saepe offerens hostias, quae numquam passant auferre peccata : 12 hic autem unam pro peccatis offerens hostiam, in sempiternum sedet in dextera Dei, i3 de cetera exspectans donec ponantur inimici ejus scabellum pedum ejus. 14 Una enim oblatione, consummavit in sempiternum sanctificatos. is Contestatur autem nos et Spiritus sanctus. Postquam enim dixit : 16 Hoc autem testamentum, quod testabor ad illos post dies illos, dicit Dominus, dando leges meas in cordibus eorum, et in mentibus eorum superscribam eas : 17 et peccatorum, <et iniquitatum eorum jam non recordabor amplius. is Ubi autem horum remissio : jam non est oblatio pro peccato.

Le prêtre mosaïque, son œuvre achevée, se tient debout dans l'attitude du serviteur qui a toujours quelque chose à faire, des œuvres sacrées à accomplir, des hosties à sacrifier, toujours les mêmes, toujours marquées du même caractère d'inefficacité, toujours incapables de ruiner le seul obstacle qu'il y ait entre nous et Dieu : oh ! quelle misère !

Mais le Pontife de la loi nouvelle (son nom n'est même pas prononcé, il est désigné seulement), il a, lui, offert une fois (Tîpoc-evéyxaç), pour ruiner et effacer tous les péchés, un seul sacrifice ; et sa victoire obtenue, son œuvre achevée, il est entré dans le repos de Dieu. Il n'a plus désormais à accomplir des œuvres sacerdotales nouvelles, périodiques ; car c'est pour jamais qu'il est assis, non plus dans l'attitude laborieuse du serviteur, mais dans l'attitude du repos et de la paix, à la droite de Dieu, oij rien ne change plus.

Mais pourquoi, alors, ne pas avancer la fin des choses ? Pourquoi le temps poursuit-il son cours ? Pourquoi y a-t-it encore des heures, et des années, et des siècles ? Pourquoi, puisque tout est achevé, ne pas ouvrir tout de suite les portes d'or de l'éternité ? Simplement parce que le temps est à Dieu, comme un loisir, une marge requise pour exercer l'efficacitédu sacrifice unique. La succession des temps n'existe plus que

pour permettre l'entier déploiement des énergies du Calvaire, pour amener dans les bras du Seigneur ceux qui l'aiment, pour courber à ses pieds ceux qui n'ont pas voulu l'aimer. Mais le Seigneur, lui, est en possession de l'éternel repos. Par son unique sacrifice, il a assuré l'achèvement surnaturel et la perfection définitive de ses élus, qui désormais pour se sanctifier n'ont besoin que de s'unir à lui, d'appartenir à son Esprit et à sa vie. Dorénavant, entre Dieu et nous, il n'y a plus d'obstacle, plus de cloison, plus de muraille, parce qu'il n'y a plus de péché. Le sang du Seigneur, versé une fois, ne laisse rien subsister des inimitiés d'autrefois ; il fait l'unité, la paix, la pureté partout. Son unique sacrifice lui a suffi pour porter à l'absolue et éternelle perfection les élus de Dieu sanctifiés par lui. Leur sanctification est obtenue puisqu'elle est méritée, et tous les événements de la vie n'ont d'intérêt que dans la mesure oui ils concourent à nous revêtir, par les sacrements, par les actes surnaturels, de cette sanctification prédestinée.

Nous en avons pour garant le témoignage de Dieu même : on dirait que l'Apôtre reprend avec le thème de l'épître aux Ephésiens, chapitre II, le thème de l'épître aux Romains, chapitre VIII, où il affirme, comme ici, qu'il n'y a désormais aucun grief de Dieu contre ceux qui appartiennent à Jésus-Christ : Nihil ergo nunc damnationis est lis qui siint in Christo }esu. Même il invoque, pour le démontrer, le témoignage que l'Esprit de Dieu rend intérieurement à notre esprit, nous attestant que nous sommes vraiment les enfants de Dieu : Ipse enim Spiritus testimonium reddit spiritui nostro quod sunms filii Dei. A l'heure où nous sommes arrivés, l'Apôtre demande la même attestation à la description divine aperçue déjà, que l'Esprit de Dieu nous a laissée en Jérémie, de l'alliance nouvelle. Nous y avons reconnu, nous allons y reconnaître encore le caractère d'intimité vitale qui la dessine d'un trait profond.

Voici le caractère de l'alliance que je contracterai avec mon peuple, lorsque seront passés les jours présents, dit le

PLUS d'obstacle a l'union 409

Seigneur, Il consistera en ceci que ma loi sera dans leur cœur, ma pensée dans leur pensée. Dorénavant, ce ne sera plus une religion de terreur, de contrainte, de servitude, une religion extérieure, mais une religion de « filialité », un esprit d'adoption, une sorte de tendresse intérieure et spontanée qui fera dire à Dieu : Père, Père ! En un mot, ce sera l'intimité dans l'ordre de la pensée, dans l'ordre de l'action, dans l'ordre de la vie : intimité obtenue par l'effacement du péché.

Et pourquoi l'alliance nouvelle aura-t-elle ce caractère d'intimité ? C'est à raison d'un fait nouveau, d'une médiation, d'un sacrifice qui aura effacé vraiment, et au regard de Dieu même, tout ce qui faisait obstacle à cette intimité : c'est que le regard de Dieu sera tout entier appelé ailleurs, et qu'il n'y aura plus devant lui que le sacrifice et le sang de son Christ : Protector noster aspice Deas, et respice in faclem Christi fui !

Or, dit l'Apôtre dans une conclusion dernière, là où il n'y a plus de péché, il n'y a plus d'expiation pour le péché ; on ne ruine pas à grand effort un obstacle qui n'existe plus. Il ne s'agit plus pour tout chrétien que de reconnaître quelles sont les conditions et dispositions intérieures, moyennant lesquelles il s'assurera le bénéfice surnaturel de tout ce qui nous a été acquis par le Seigneur.

Nous parvenons ainsi à la troisième partie de l'épître. Tout ce qui a précédé est doctrinal et abstrait. II est démontré, sans doute, par un parallèle très ample que l'économie chrétienne est achevée, définitive, et qu'elle l'emporte à l'infini sur l'économie mosaïque. Mais enfin, il ne suffit pas que cette alliance nouvelle, que ce système de relations avec Dieu soit présenté aux hommes : encore faut-il que les hommes s'établissent dans les conditions requises pour en bénéficier. C'est un trésor qui s'offre ; c'est bien le moins que chacun étende la main pour se l'approprier.D'avance nous apercevons l'intérêt suprême de la doctrine qui va suivre : elle est provoquée par la situation spéciale des Juifs convertis en face de l'alliance nouvelle où ils sont entrés ; cela est vrai : mais:

il est vrai aussi que cette doctrine pratique a une portée universelle et éternelle, que les dispositions requises des Juifs sont aussi requises de tout chrétien ; en un mot, que l'en- :seignement de l'Apôtre est toujours actuel.

Page 1