LE CHEMIN FRAYÉ
ivexaîvicrsv 'riidy, en disant : in introitu.. quam initiavif : le rapport grammatical, qui existe entre ziaoloy et son relatif -^v n'existe plus entre introitu et quam ; et le texte méritait à coup sûr de n'être pas compliqué par des insuffisances de traduction.
Ainsi non seulement il y a un tabernacle où les élus sont avec Dieu : mais il y a un chemin frayé pour nous, frayé par le Seigneur, et qui nous conduit à l'intérieur du voile ; l'Apôtre ajoute, en le personnifiant, que ce chemin est nouveau, et qu'il est vivant : ce qu'il faut comprendre. Ce chemin est nouveau, car c'est récemment qu'il a été inauguré : il y a quelques années seulement qu'il est ouvert à l'humanité; il est nouveau, parce qu'il ne vieillit pas, à la différence du système mosaïque, VIII, 13. II est ouvert à jamais, et toujours nouveau. L'Apôtre ajoute : c'est un chemin vivant. Nous voyons à chaque pas ce chemin ne faire qu'un avec Celui qui a dit de lui-même : Ego sum via, ego sum ostium. Nema venit ad Pairem nisi per me. Celui qui nous guide vers l'éternité est une Personne vivante, il nous guide, il nous porte, il nous fait marcher : et in semitis meis ambulare eos faciam : et faciam ut in praeceptis meis ambuletis, et judicia mea custodiatis et operemini.
Le verset 20 ne manque pas de difficulté. Le sens général une fois reconnu, que nous avons un tabernacle et un chemin qui y conduit, il y a lieu de se demander ce que signifie la dernière partie du verset : per velamen, id est, carnem suam, oià 'zoû xaTaueTàcriJ-a-roç, xoù-z ïav.v ttJç (rapxôç aûxoO. Considérer la chair du Christ comme étant le voile, le voile qui est entre Dieu et nous, le voile qui nous empêche de voir Dieu, est-ce dire une chose intelligible ? La nature humaine du Christ peut être regardée comme le voile de la divinité en Notre-Seigneur, mais peut-elle être regardée comme le voile qui nous dérobe Dieu, l'équivalent du voile qui fermait l'entrée du tabernacle, comme si nous avions à traverser, à écarter la chair du Christ pour arriver jusqu'à Dieu ? Et alors que la chair du Seigneur nous est le moyen, comment peut-on la
considérer ici comme l'obstacle ? C'est chose plus qu'extraordinaire, puisqu'au verset 21 ce même Jésus qui vient d'être comparé au voile, devient subitement le médiateur et le prêtre qui nous unit à Dieu. Et la difficulté est inévitable, si, comme on le fait d'ordinaire, on considère les deux génitifs reliés par tout' Eo-Tiv ; xaTa7rsTdc(7u.aToç et ttjç o-apxoç, comme des appositions l'un de l'autre, et, dans la circonstance, des équivalents. Comment traverserons-nous la chair de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour arriver jusqu'à Dieu ?Tout cela paraît bien difficile, bien tourmenté, tout autre que ce à quoi on s'attendait ici, et en désaccord avec la pensée de l'Apôtre.
Pourquoi ne pas remarquer tout d'abord que le tout' ItTTtv, le « c'est-à-dire » de l'Apôtre n'a pas toujours la prétention d'unir ensemble les substantifs immédiatement voisins ? Nous rencontrons une construction semblable (VII, 5), où id est unit deux termes isolés l'un de l'autre par secundum legem. Cette remarque faite, je me demande si on ne pourrait pas lire, en ne faisant de viam per velamen qu'un large substantif composé : le chemin au delà du voile, le chemin vers l'intérieur du voile, comme l'Apôtre nous a dit déjà (VI, 19-20). Car enfin, ce n'est pas seulement d'un chemin quelconque qu'il est question, mais d'un chemin donnant accès ad înteriora velaminîs : c'est le terme ôSov du verset 20 qui est l'opposition de ero-oSov du verset 19.
Dans cette hypothèse la pensée de l'Apôtre se développe régulièrement, et d'une façon cohérente : Ayant pleine assurance en notre entrée, grâce au sang du Christ, dans le sanctuaire éternel par cette voie à l'intérieur du voile, que le Seigneur nous a inaugurée, nouvelle et vivante, c'est-à-dire la voie de sa chair, (comme s'il y avait, tout' è'o-tiv T->iV ôoôv ttjç crapxà; auToû), la voie qu'il a foulée le premier, la voie qu'il a inaugurée en la parcourant pour nous et pour lui, la voie où est passée sa chair, et où passera la nôtre. Mais, demandera-t-on, pourquoi l'Apôtre n'a-t-il pas glissé ce simple mot T71V ôoov, qui aurait simplifié tout commentaire ? Simplement parce qu'il y avait déjà ttjv eî'o-ooov dans le verset 19, ô5ôv