‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 558 sur 663 · PRIVILÈGES DU CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

PRIVILÈGES DU CHRÉTIEN

dans le verset 20, et qu'il lui aurait fallu répéter ce qu'il avait dit deux fois déjà, ce sur quoi l'attention du lecteur était amplement fixée. Cette exégèse ne saurait être écartée sans que la pensée de l'Apôtre ne devienne inintelligible : consentons à donner à ce membre de phrase non pas l'acception « la voie qui est sa chair », mais « la voie de sa chair », « la voie qu'a suivie sa chair », et oti elle est entrée la première afin de la frayer pour nous.

En résumé, rien ne manque : le tabernacle, le chemin, le chemin aujourd'hui frayé ; un chemin nouveau, vivant, nous portant au delà du voile, un chemin qui a été ouvert par le Christ dans sa chair, un chemin qui est le Christ lui-même dans sa chair. Avec cela un Pontife, le seul grand, celui qui règne sur tous les enfants de Dieu, sur toute la maison de Dieu. Au lieu que le Grand-Prêtre mosaïque n'exerçait d'autorité que sur la seule synagogue : ici le Pontife nouveau gouverne toute la maison de Dieu. Il règne vraiment sur toute l'Eglise, sur celle du ciel, celle de la terre, celle du purgatoire. Un tabernacle, un chemin, un Pontife qui nous guide : tels sont les privilèges du chrétien. Nous ne les méritons que si notre cœur est droit : ainsi, nous échappons à ce ritualismeextérieur dont le mosaïsme se contentait trop souvent. Approcher de Dieu avec un cœur vrai, c'est traiter avec lui d'un amour non partagé, sans division, d'un cœur où il n'y ait que^ Dieu et ce qui vient de lui. Aller à Dieu avec une âme vraie, c'est aller à lui comme il vient à nous, c'est répondre sur le même ton à cette charité infinie qui le fait s'incliner vers nous, c'est aimer comme il aime, c'est y aller comme lui, de toute notre âme : Et nos cognovimus, et credidimus charitati quam habet Deus in nobis (I Joan., IV, 16).

Le texte ajoute : in plenitudine fidei. Nous avons suffisamment fait remarquer déjà tout ce qui, dans le cœur des juifs convertis, plaidait secrètement en faveur du culte abandonné, au détriment de l'économie où ils étaient entrés par lebaptême. L'obstacle premier était dans la nostalgie qui les ramenait en arrière, dans la vacillation de leur foi. L'Apôtre

leur montre l'inanité de leurs regrets. Les aspersions et les ablutions juives pouvaient sans doute effacer une impureté et une souillure légale, mais elles demeuraient sans efficacité, nous le savons, en face d'une faute intérieure. Quelle différence avec l'unique et définitive ablution qui nous fait entrer dans le Christ ! Qu'est-ce qui pourrait maintenant nous interdire l'accès auprès de Dieu, à nous qui avons été purifiés par l'aspersion du sang du Christ : sanguinis aspersionem mel'ms loquentem quam Abel. Cette aspersion efficace et intérieure a purifié nos cœurs de toute faute que nous reproche notre souvenir, de toute conscience du mal. Pourquoi une hésitation dans notre foi ? Il n'est plus rien qui puisse nous éloigner de Dieu : Nihil ergo mine damnationis est Us qui siint in Christo Jesii.

Après la foi, l'espérance. L'espérance est la traduction même de la foi, et l'indice de sa vigueur. A foi vacillante, espérance incertaine. Il y avait lieu^ à raison des dispositions que nous avons tant de fois remarquées au cœur des Juifs, de les affermir dans leur espérance. Gardons avec fermeté, leur dit l'Apôtre, et sans qu'elle flotte jamais, notre commune espérance. Confessio, oaoAov'-a , s'emploie très habituellement du symbole de la foi : mais il y a pour l'Apôtre entre foi et espérance une telle affinité qu'il applique à l'une les conditions de l'autre, selon ce qu'il nous dira bientôt : Est autem fides sperandarum substantia rerum. N'oublions pas la place éminente qu'occupe l'espérance dans la doctrine de l'épître aux Hébreux : l'Apôtre, à raison même de l'état d'esprit des Juifs convertis, ne se lasse pas d'y faire allusion : III, 6 ; VI, 11, 18, 19 ; VII, 19. Il rappelle ici que la raison dernière de la fermeté de notre espérance est la fidélité même de Dieu qui a promis, et qui a garanti sa promesse par son gage et par son serment.

« Ayons le souci les uns des autres, pour nous exciter mutuellement à la charité et aux bonnes œuvres ». C'est la troisième vertu théologale. Dans la pensée de l'Apôtre il ne s'agit pas de la charité envers Dieu, du moins directement ;

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