FOI D'ABRAHAM
meurant toute attachée à cette ville aux fondations éternelles, dont le Seigneur seul est à la fois l'architecte et l'ouvrier; car en elle il n'est rien qui ne soit de Dieu, et elle est figurée comme descendant de lui. La voie du sanctuaire éternel n'était pas ouverte encore, comme elle l'est aujourd'hui : déjà pourtant le Patriarche trouvait dans cette perspective, si lointaine qu'elle fût, la force et la joie de sa vie mortelle. Il était sûr de Dieu. Les événements ne lui importaient pas. Toute la variété créée et la figure du monde lui étaient indifférentes. Toute souffrance s'évanouissait dans l'espérance : un niveau de paix et de joie était étendu sur toute sa vie.
Avec la foi qui obéit, avec la foi qui attend et qui espère, voici chez Abraham, la foi qui se propage par influence autour de lui, la foi contagieuse et apostolique. Sara avait commencé par la défiance (Gen., XVIII, 10, 15), et la promesse de l'Ange lui avait semblé peu sérieuse. Elle stérile, elle vieille femme de quatre-vingt dix ans : et l'Ange avait dit, elle l'avait entendu : revertens veniam ad te tempore isto, vita comité, et habebif filium Sara uxor tua. Evidemment, ce ne pouvait être qu'une plaisanterie. Mais la foi d'Abraham entraîna la foi de son épouse et obtint à Sara cette miraculeuse et inespérée bénédiction de la fécondité.
Rappeler aux Juifs des souvenirs si glorieux, si familiers, c'était en les ramenant à leur berceau, leur remettre en mémoire qu'ils étaient tous nés d'un acte de foi, c'était les inviter à ne pas trahir leur origine. On leur disait : Ne dégénérez pas, vous, les fils d'une race héroïque qui s'est épanouie en une postérité sans nombre (Gen., XXII, 17), telle que les étoiles du ciel ou les grains de sable de la mer.
Mais . avant même de poursuivre, l'Apôtre comme ravi s'attarde à contempler la plénitude de cette foi patriarcale. Les promesses ont commencé avec Abraham, elles ont été renouvelées à Isaac et à Jacob, qui sont présents à la pensée de l'Apôtre, encore que leurs noms n'aient pas été prononcés, et qu'il se propose, ne l'ayant pas épuisée, de revenir à la foi d'Abraham. Mais ces patriarches, Abraham, Isaac, Jacob,
souche première de tout le peuple prédestiné, ont reçu les promesses, les ont accueillies, et sont morts sans en avoir vu l'accomplissement. L'Apôtre ne dit plus irio-rei, parce qu'en effet leur mort n'est pas l'effet ni le fruit de leur foi : il dit xaxà Ttto-TLv, dans la foi, fidèles à leur foi et à leur espérance, attachés aux biens invisibles et aux biens promis. Car s'il y avait des promisses, le bien promis, ils ne le tenaient pas. Ils le voyaient de loin, le saluaient avec désir et avec amour, mais enfin ils ne le possédaient pas ; et dans leur désir inassouvi, reconnaissaient n'être sur terre que des étrangers, des passagers, des hôtes d'un jour. Allusion à la parole d'Abraham, lorsqu'il demanda aux gens de Heth l'espace d'une tombe pour Sara : Advena sum et peregrinus apud vos : date mihi jus sepulchri vobiscum, ut sepeliam mortuum meum (Gen., XXIII, 4).
Nous parlons autrement aujourd'hui que Dieu nous a été donné ; et en dépit des conditions extérieures qui sont encore de la terre, l'Apôtre dit aux Ephésiens : Jam non estis hospites et advenae ; sed estis cives sanctorum et domestici Dei : les citoyens du vrai sanctuaire et les familiers de Dieu. Aujourd'hui, en effet, que le Seigneur est venu, et qu'il demeure, la terre déjà n'est plus exil : mais alors, l'Incarnation ne s'était pas accomplie. Dieu n'avait pas fourni ses gages, et les hommes même religieux n'avaient point de patrie : ils se sentaient voyageurs, étrangers sur terre. Parler ainsi, infère l'Apôtre, n'est-ce point témoigner ouvertement qu'ils cherchent leur patrie ? Et quelle patrie ? Leur patrie première ? La Mésopotamie ? Celle dont ils étaient sortis sur l'ordre de Dieu ? Si leurs désirs, si leurs regrets, si leurs espérances s'étaient portés vers cette patrie terrestre abandonnée déjà, il était si simple de mettre fin à leur exil et de retourner à cette région délaissée. S'ils ne le font pas, et si néanmoins ils désirent, c'est donc qu'ils songent à une autre patrie, à la patrie céleste, à la vraie terre promise, au séjour de Die\i. Et c'est à raison de leur foi, de leur espérance, de leur attachement, que Dieu ne rougit pas d'être appelé leur Dieu. Dieu