ABROGATION DU JUDAÏSME
Pour l'Apôtre, il s'agit de provoquer une franche rupture avec le mosaïsrae et de conjurer tout esprit de retour vers lui : puis de conclure comme il le fera au v. 13 : Exeamus igitur ad eum extra castra, impraperium ejas portantes. Nous avons beaucoup parlé déjà de la fête de l'Expiation, de son sacrifice vraiment extraordinaire et mystérieux, du sang porté par le Grand-Prêtre dans le Saint des Saints (ch. IX de l'épître aux Hébreux, et ch. XVI du Lévitique, v. 27). Le sang des victimes était alors offert dans le Saint des Saints, mais îa victime était consumée au dehors. Deux autres fois (Lev., IV, 11 et 21), lorsqu'il s'agit du sacrifice expiatoire pour une faute du prêtre, ou pour un péché de la communauté, nous tiouvons la même disposition mystérieuse : le sang versé dans le tabernacle sur l'autel des parfums, et le corps de la victime porté dans un lieu pur, mais hors* du camp d'Israël, extra castra. Toute la liturgie d'Israël est en fonction des conditions du désert où on est campé : et il se trouve que la pensée de l'Apôtre est aussi de nous faire sortir du judaïsme. Selon lui c'est hors de la Jérusalem d'aujourd'hui qu'il faut nous tenir si nous voulons être avec Jésus-Christ, partager son opprobre, communier à son sacrifice et à. sa vie. C'est d'après les dispositions mêmes de cette économie périmée, "que l'Apôtre définit l'attitude que nous devons garder envers elle et que le Seigneur nous a enseignée dans sa mort même. Les victimes dont le sang est par les mains du pontife porté à l'intérieur du tabernacle, au lieu d'être consumées sur l'autel des holocaustes, ou mangées par le peuple, sont consumées hors du camp. C'est là une figure prophétique accomplie déjà par le Seigneur. Il est victime expiatoire. Son sang versé pour le peuple purifie devant Dieu, et enveloppe de sa vie tout ce qui vient à lui. C'est avec cette rançon qu'il est entré dans le vrai Tabernacle. Tous les symboles anciens se sont accomplis en lui puisqu'il a souffert hors du camp, hors de la ville : Extra portam passas est. Prope civitatem erat locus. En le frappant hors de Jérusalem, le judaïsme a fait aux chrétiens une loi de sortir de Jérusalem et de chercher le Seigneur là
OÙ il est ; de nous attacher à celui que la Synagogue a deux fois excommunié. Prenons notre parti d'être excommuniés avec lui.
Et si l'on nous dit que Jérusalem, c'est la ville sainte d'où nul ne doit sortir, nous répondrons qu'ici-bas nous n'avons pas de cité permanente, ni de vraie patrie. La Jérusalem terrestre n'est qu'une ébauche. Nous cherchons, nous, celle qui est fondée de Dieu, celle qui, au lieu d'être une tente bonne à être repliée au soir du mosaïsme, est pour nous la Jérusalem permanente et définitive, où on habite pour toujours avec Dieu : tabernaculum Dei cum hominibus.
Dorénavant c'est par le Christ seul, non par des procédés vieillis et abrogés que devenus prêtres, selon la parole de saint Pierre (II Petr., II, 5), nous offrons à Dieu non des animaux, mais nous-mêmes. Nous sommes tous les prêtres d'un sacrifice qui s'offre à Dieu à toute heure, selon la promesse de Malachie ; non une hostie pour le péché, mais un sacrifice de louange et d'action de grâces, notre vie tout entière dépensée sans trêve à adorer Dieu, à l'aimer, à le bénir.
Afin de définir cette hostie de louange, devant qui s'efficent les sacrifices de l'ancienne loi, l'Apôtre nous dit : fructum labiorum confitentium nomini ejus, le fruit des lèvres bénissant son saint noin. Il est vrai que la gloire de Dieu, la fin des choses, est procurée déjà par l'être et la beauté de la création : Caeîi enarrant gloriam Dei. Mais cette gloire objective est peu de chose, s'il n'existe pas une intelligence qui la recueille et l'interprète. Car enfin cette beauté, cette gloire închoata, les cieux qui la possèdent ne la connaissent pas ; la création ne comprend pas son propre cantique. La gloire réelle et formelle de Dieu ne commence que lorsqu'une pensée comprend, lorsqu'il se trouve un prêtre qui fait remonter à Dieu cette louange inconsciente. Encore pour que Dieu soit glorifié, ne suffit-il pas de savoir et de comprendre. Il en est qui, ayant connu et n'ayant pas glorifié, sont inexcusables, parce que Dieu s'était manifesté à eux. Ils ont connu Dieu par le témoignage des créatures : mais ils ne l'ont ni glorifié,.