RESPECT DU POUVOIR 49T
d'apaiser la sédition : ils y ont perdu leur peine et leur popularité. La révolte ne fait que s'étendre, et c'est Josèphe luimême dans son récit de la guerre des Juifs qui nous apprend que Jérusalem a rompu avec Rome : le capitaine du Temple, pour marquer l'état de rébellion, refuse de laisser immoler les victimes offertes ati nom de l'empereur. Et partout dans le pays, se traduisent violemment les revendications nationales qui, quatre ans plus tard, aboutiront à la prise et à la destruction de Jérusalem. La rébellion s'étend sur toute la Palestine, la Décapole et la Syrie. A Césarée, les Juifs se soulèvent et ont le dessous. A Alexandrie même, ville au tiers juive, cinquante mille Juifs sont massacrés par les légions romaines. Les violences sont infinies, et il faudra sous peu que Néron donne à Vespasien la conduite des opérations militaires contre un peuple fanatique et révolté.
Cette situation connue, et étant donnée l'influence que possédait dans les jeunes communautés chrétiennes l'élément juif, alors même qu'il n'y était qu'en minorité, on observe aussitôt quelle pressante opportunité obligeait l'Apôtre à recommander la soumission au pouvoir politique. Le XIIP chapitre de l'épître aux Romains nous a déjà exposé cette doctrine. Mais ici, l'expression de l'Apôtre va plus loin, il fait entrer le pouvoir politique jusque dans notre religion même ; il justifie d'avance la forte expression de Tertullien qui, ayant à venger les chrétiens de l'imputation d'anarchisme, les proclame fidèles à la religion de la seconde majesté, la première étant celle de Dieu.
Nous devons, non seulement obéir aux rois, mais prier pour eux. Et le motif universel de cette prescription de privilège, ce n'est pas que, devant Dieu, rois et princes aient une valeur plus grande : non. Les distinctions humaines ne font pas la grandeur devant Dieu. Mais les responsabilités sont plus grandes, les pouvoirs étant plus étendus. Un particulier possède une part d'influence, mais il ne répond que de luimême et de ce qui le touche de près. Le roi, le souverain, tout homme ayant une part d'autorité, répond devant Dieu, et de
soi, et de tout ce qui lui est confié. En même temps que sa responsabilité devant Dieu, son pouvoir sur les hommes est d'une étendue redoutable. On peut voir en Angleterre ce qu'ont fait un Henri VIII et une Elisabeth. Il suffit d'un roi qui apostasie, pour faire tomber tout un peuple ; et on s'explique aisément que dans une société chrétienne, les Papes aient, en certains cas, dû déposer les rois, et délier les sujets du serment de fidélité. Laisser à la tête d'un peuple chrétien un roi qui ment à son sacre, c'est livrer le. peuple à l'hérésie, au schisme, à l'apostasie. Le salut des âmes est le premier de tous les biens : et si la bulle de Paul III excommuniant Henri VIII et le déclarant déchu de la dignité royale avait été obéie, l'Angleterre serait peut-être encore catholique aujourd'hui.
Dès lors, on s'explique le privilège ici réclamé en faveur des rois et des princes, dans la prière chrétienne. Ils sont des centres d'action puissante. Celui qui agit sur eux par la prière, agit par contre-coup sur tous ceux qui leur sont soumis. C'est d'eux, en grande partie que dépend le bien de tous. Ce n'est pas que leur dignité les élève devant Dieu : mais ils sont plus responsables, ils sont plus puissants, il faut attendre d'eux plus de bien et plus de mal.
Par notre intercession auprès de Dieu, nous aidons ceux qui détiennent le pouvoir à accomplir leur fonction sociale. La parole de l'Apôtre est infiniment mesurée : il définit le dessein de l'autorité politique. Aujourd'hui, on dirait volontiers que le but et la fin de l'autorité, c'est d'assurer au plus grand nombre possible la plus grande somme de bonheur moyen ; ou biefl, on dirait, dans un sens plus relevé, que l'intention constante de l'autorité doit être de ménager au plus grand nombre possible l'accès à la civilisation : toutes définitions qui s'appliquent à un pouvoir même non-chrétien. Dans une société chrétienne, l'intention et le but de l'autorité devrait être d'aider à l'Eglise de Dieu et de lui faciliter sa tâche divine, de frayer la voie à la civilisation surnaturelle. Sans entrer dans ces questions, remarquons seulement que l'Apôtre a fixé dès la première heure notre triple devoir en-