‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 607 sur 663 · LE BIEN DE LA PAIX · texte numérisé non relu

LE BIEN DE LA PAIX

vers l'autorité politique : la soumission, l'impôt, la prière. C'est la forme de notre collaboration à son œuvre qui est d'assurer aux sujets l'ordre, et mieux que cela : la tranquillité dans l'ordre, le loisir d'une vie défendue contre les menaces de l'extérieur, quiétam, et affranchie des troubles de rintérieur, tranquillam. En dernière analyse, le dessein de notre prière, comme aussi le but de la fonction royale, c'est ici de donner aux chrétiens le loisir de mener leur vie dans la piété et dans la pureté, tout en faisant régner l'ordre, la paix, la tranquillité dans le monde civil et politique (cf. S. Thomas, de Regimine Principum, I, cap. XV).

L'Apôtre s'est borné à définir ce qu'il y a, dans la fin sociale, d'obvié et d'essentiel, ce qui devait justifier à lui seul le précepte de prier pour les dépositaires de l'autorité. Car les âmes baptisées jouissent d'une double paix. Il existe pour elles une paix intérieure, une joie surnaturelle qui leur vient de Dieu, que le monde ne peut ni leur donner ni leur soustraire, qui leur appartient à raison de la région où elles vivent et où elles aiment, attachées qu'elles sont à un bien que rien ne saurait atteindre. Mais il est une autre paix : celle de la société humaine, lorsque personnes et choses sont en ordre, chacune à sa place, chacune employée à sa fonction, et que cet ordre est tranquille.

On voit aussitôt la différence de ces deux paix. L'une est d'ordre divin, intérieur, surnaturel. L'autre est d'ordre humain, extérieur, politique. On ne doit jamais sortir de la première. Il faut considérer comme un piège et comme un mal tout ce qui prétendrait la compromettre ou l'altérer. C'est la paix de Dieu : et pax Del... custodiat corda vestra et intelligentias vestras in Christo Jesu (Phil., IV, 7). L'autre paix est moins stable. L'ordre des choses humaines est, de sa nature, si continuellement menacé par l'égoïsme, et la société civile si facilement divisée contre elle-même que cette paix toute extérieure, toute politique, ne dure que si l'autorité la maintient. Et parce que dans cette paix et tranquillité, les chrétiens trouvent la facilité et le loisir pour l'accomplisse-

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ment de leurs devoirs, nous comprenons bien la pensée de l'Apôtre, lorsqu'il invite à prier spécialement pour ceux qui détiennent l'autorité. Ils portent une responsabilité plus lourde. Ils possèdent une influence et une sphère d'action plus étendues. Ils sont les agents et gardiens de cette paix humaine qui nous permet d'accomplir tous nos devoirs dans la piété et la gravité chrétienne. Sur les lèvres de l'Apôtre, nous trouvons le souhait de Zacharie : Ut sine timoré, de manu inimicorum nostrorum liberati, serviamus illi, in sanctitate et justitia.

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