LA VOLONTÉ RÉDEMPTRICE
une même œuvre, nous nous associons à son programme. Dieu fait ce qu'il a voulu, il nous reste à faire ce que nous devons. Si nous ne prions, la grâce, sans laquelle rien ne se fait surnaturellement, la grâce ne viendra pas aux âmes. Souvent en effet, nous sommes en retard, non d'action ni d'œuvres, mais de prière, et c'est ainsi que nous manquons à Dieu. Tout ce que Dieu veut doit être embrassé par notre prière, qui, elle, plus heureuse que l'action, peut s'employer partout où sont engagés les intérêts de Dieu et s'étendre autant que Dieu lui-même. Or, Dieu veut l'universalité, il veut sauver tous les hommes, toute l'humanité.
Il n'a qu'à le vouloir ? Non ; il veut et doit être aidé, aidé par notre prière et par l'adhésion de ceux qui veulent de lui. Il est le Tout-puissant, mais la volonté humaine est maîtresse chez elle et ne cède qu'à la pression de la grâce : or, la grâce n'est accordée qu'à la prière.
Que Dieu veuille sauver tous les hommes, ceci se peut démontrer directement. L'Incarnation, la Rédemption, l'Eglise sont pour toute l'humanité ; c'est à tous sans exception que Dieu a offert les moyens, les préceptes, les conseils, les procédés du salut. Dieu veut donc d'une volonté sirieuse et première le salut de tous les hommes :
puisqu'il fait prier pour tous,
puisque tous ceux-là qui le veulent sont sauvés par son secours,
puisque nulle race, nul peuple n'est excepté et que toute la famille humaine est ramenée à l'unité devant Dieu.
Ce n'est que par une volonté seconde et provoquée par la perversité des hommes que Dieu veut le châtiment et prononce la réprobation de ceux qui n'ont pas voulu de lui : comme un souverain sage et juste veut le bien de tout son peuple, mais néanmoins, d'une volonté déterminée par leurs crimes, veut le châtiment des malfaiteurs. Car c'est un bien que les crimes et les criminels soient punis.
Dieu veut le salut de tous, et, autant qu'il est en lui, appelle chacun à la connaissance de la vérité surnaturelle, en
qui est le salut, à la foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ. Et de ce vouloir universel, l'Apôtre donne aussitôt la raison profonde. Dieu est un, le même pour tous, le Dieu de tous, n'ayant à l'égard de tous qu'un seul et même dessein : An Judaeorum Deus tantum ? demandé-t-il aux Romains. Nonne et Uent'mm ? Immo et Gentium. Quoniam quidem unus est Deus qui justificat circumcisionem ex fide, et praeputium per fidem (Rom., III, 29-30). De plus, le médiateur est un lui aussi (Gai., III, 20), et, par sa nature humaine, frère de tous. Ainsi, toute la famille humaine n'a qu'une fin : Dieu ; et une seule voie pour parvenir à lui : le médiateur, cet homme qui est le Christ Jésus.
L'Apôtre a voulu marquer fermement l'humanité dans le Seigneur, parce que c'est grâce à son humanité qu'il est devenu le lien ontologique entre Dieu et la famille humaine : le nœud de rincréé.,et du créé, la région commune où nous nous rencontrons avec Dieu. On ne saurait théologiquement parler avec plus de mesure que l'Apôtre : il ne dit pas que le Seigneur est un homme, mais que le Seigneur est homme. Et comme s'il voulait réagir une fois de plus contre l'exclusivisme juif, et son particularisme ; comme s'il était jaloux d'affirmer à nouveau l'universalité de la Rédemption,, et, partant, de notre prière, l'Apôtre nous fait remarquer que la médiation du Sauveur n'a pas été seulement ontologique, mais qu'il a été médiateur à ses dépens, en offrant à son Père la rançon exigée par lui. Or, ce n'est pas pour une portion de l'humanité, comme les Juifs le croiraient volontiers, que le Seigneur s'est offert en sacrifice de propitiation : pro toto dédit, quantum dédit, c'est pour l'humanité tout entière.
L'universalité de notre prière est donc impliquée partout : dans l'unité de Dieu, dans l'unité du médiateur, dans l'intention de la rançon offerte, dans l'unité restituée de la famille humaine, dans l'universalité d'une Eglise qui ne connaît pas de frontières. Cette universalité d'aujourd'hui constitue un régime nouveau qui déconcerte l'étroitesse de l'esprit juif.