RÉCOMPENSE ASSURÉE
laquelle on n'aurait pu être diacre qu'à la condition d'avoir une femme et des enfants : ce qui est purement bouffon.
Ceux qui auront exercé fidèlement leur office de diaconat, s'acquièrent un rang honorable : que veut dire l'Apôtre ? Veut-il proposer comme récompense à la fidélité des diacres l'accession à une situation plus haute : la prêtrise, l'épiscopat ? C'est peu probable. Outre que le rang ou degré dont il parle est dit au positif, la pensée de saint Paul n'est pas d'encourager les diacres au bien par un motif d'ambition. Veut-il simplement parler de l'estime que les diacres fidèles obtiendront dans l'Eglise, et de leur assurance dans le ministère ? Il est assez étranger à l'Apôtre d'exciter au bien par la promesse d'une haute réputation auprès des hommes. Il est plus naturel qu'il songe à une autre récompense, la seule, de fait, qui puisse être proposée à une âme baptisée : la situation éternelle que Dieu donnera à la fidélité, la confiance grande avec laquelle nous paraîtrons devant lui, forts de nos mérites et beaucoup plus encore de notre foi dans le Seigneur. Car notre foi est notre principe d'union au Seigneur. Etre dans la foi, c'est s'appuyer sur le Seigneur et n'avoir avec lui qu'une même pensée, une même âme. Quelle serait notre vie, si le Seigneur était notre âme, la vie de notre vie, au centre de notre cœur ! N'est-il pas vrai qu'alors nous aurions grande confiance à paraître devant lui ?
l'ordre dans l'église de dieu
14 Haec tibi scribo, sperans me ad te ventre cito. is Si autem tardavero, ut scias quomodo oporteat te in domo Dei conversari, qaae est Ecclesia Dei vivi, columna et firmamentum veritatis. ^^ Et manifeste magnum est pietatis sacramentum, quod manifestatum est in carne, justificatum est in spiritu, apparuit angelis, praedicatum est Gentibus, creditum est in mundo, assumptum est in gloria.
Et ayant ainsi terminé ce qui est relatif à l'organisation
hiérarchique de l'Eglise, l'Apôtre se réserve de compléter oralement par les détails que les circonstances lui suggéreront. Il a dit, du moins brièvement, l'essentiel de ce qui doit être fait pour organiser et régir la communauté. Ce que je vous écris, dit-il, je le fais brièvement, espérant d'ailleurs venir à Ephèse sans retard, -rày eiov, avec le comparatif : ce qui nous laisserait peut-être supposer que l'Apôtre veut dire : plus tôt que vous ne pensez. La lettre de saint Paul ferait allusion à une lettre de Timothée demandant à l'Apôtre une ligne de conduite et lui témoignant le désir de le revoir. L'Apôtre rassure son disciple, de nature timide et inquiète. En tout cas, si malgré moi je tarde, vous saurez du moins, par les indications de cette lettre, comment il faut se conduire dans l'Eglise : le grec n'a pas l'équivalent du «fe» de la Vulgate, et saint Paul a en vue ce que doit être l'ordre dans l'Eglise et non ce que doit être le ministère de Timothée. Il veut montrer comment tout doit être ordonné dans l'Eglise de Dieu, dans la maison de Dieu, dans la maison où est Dieu, où il habite, dans la réunion ou communauté chrétienne à laquelle Dieu préside en personne, ubi sunt duo vel très : l'évêque, selon la doctrine de saint Ignace martyr, faisant fonction de Dieu le Père, le prêtre de Dieu le Fils, le diacre de Dieu le Saint- Esprit. C'est à Timothée, comme chef de la communauté, qu'il revient de faire observer les prescriptions de l'Apôtre, afin que soit garantie la dignité de la maison de Dieu, disons-le encore : la maison où Dieu demeure avec toute sa famille, dans l'intimité, dans la foi sans doute, mais avec le présage de la vision.
Nous sommes de longue date préparés à cette conception. La demeure de Dieu, aujourd'hui, ce n'est plus le temple ae Jérusalem (Hebr., III, 2-6 ; I Cor., III, 9-18 ; II Cor., VI, 16-18 ; Eph., II, 19-22). Cette demeure, commune à Dieu et à sa famille, c'est l'Eglise du Dieu vivant, la réunion des âmes baptisées et portées dans le sanctuaire incréé de Dieu Père, Fils et Saint-Esprit. Dans la pensée de l'Apôtre, nous le savons, est toujours présent le mystère du Christ, avec
l'église du christ 517
toutes ses conséquences, pour le temps et pour l'éternité. L'Eglise est moins une de ces conséquences, que le mystère réalisé du Christ lui-même, son application, son extension au temps et à l'éternité, le terme infini du dessein de Dieu, la gardienne, la garantie, la promulgation, la prédication vivante du mystère du Christ. L'Eglise est une création nouvelle, une théophanie, une manifestation de Dieu. Elle parle de Dieu : mais aussi, elle est Dieu même, se montrant et se témoignant lui-même dans une oeuvre inimitable. L'Eglise est la colonne qui porte haut la vérité ; l'Eglise est le fondement inébranlable qui ne permet pas que la vérité soit renversée. Aussi n'est-il pas à craindre que la vérité soit inaperçue : elle est colonne, non potest abscondi civitas supra montem posifa ; ni que la vérité soit altérée ou ébranlée : l'Eglise est le fondement de la vérité, la fondation inébranlable sur laquelle elle repose. Ah ! Que nous vivons et que nous pensons à l'aise ! Car nous savons bien de quelle vérité l'Eglise est la gardienne ' et la promulgation vivante. C'est la vérité de tout l'ensemble surnaturel contenu dans le mystère du Christ, depuis le conseil de Dieu qui l'a résolu : simile factum est regnum caelomm homini régi qui fecit nuptias Filio suo ; depuis la création qui l'a préparé, depuis Adam et sa chute qui l'ont rendu nécessaire, depuis la Synagogue qui l'a dessiné, depuis l'Annonciation qui nous l'a promis, depuis Noël qui nous l'a donné, depuis le Calvaire qui l'a virtuellement réalisé, depuis l'Ascension qui en a porté à Dieu le fruit et la rançon, depuis la Pentecôte qui en a semé le bienfait sur le monde, depuis la création de l'Eglise qui l'applique à tous les âges et à toutes les contrées qui se donnent à elle, jusqu'à l'éternité qui achèvera et consommera le dessein de Dieu, je sais, grâce à l'Eglise, la pensée de Dieu, je sais l'intention du temps, je sais l'unité des choses. Comme il m'est égal et souverainement indifférent d'ignorer -toute science humaine, toute littérature, de ne savoir que cela, la douce pensée de mon Père et de mon Dieu ! Et c'est par l'Eglise que je sais cette vérité, la vérité, le seul bien intellectuel qui en vaut la peine.
Et là, en face de cette vérité divine, le cœur de l'Apôtre s'échappe en une exclamation de tendresse et d'admiration qu'on a crue empruntée à une hymne liturgique :
SÔiXaiW^'^ £V TTVEUtJiaT'.,
èxr\pùy^B'r\ sv è'^'vec-i.v, èTzi<s'zeùB'f\ sv x6ar|j.({),
aVEÀTltJLCp^'T, SV ÔOÇVj.
Ah ! décidément, dit l'Apôtre, il est grand le mystère qui est le centre de notre piété et de notre vie religieuse : le mystère du Christ :
Dieu qui se montre dans la chair
Riche de toute la justice de Dieu, Qui est connu par les Anges,
Qui est révélé aux hommes, à toutes les nations. Qui a reçu la foi des hommes,
Qui est entré dans la gloire de Dieu.
C'est, en six petits versiculets, les étapes de toute la vie du Seigneur. Sa condescendance infinie et sa tendresse le portent à se faire homme : mais, dans son humanité, se traduit la justice qui vient de l'esprit de Dieu ; il est ainsi connu par les Anges, puisque c'est dans l'Eglise que se montre à leurs yeux la Sagesse de Dieu : ut innotescat Principibus et Potestatibus multiformis sapientia Dei, en même temps qu'il est révélé à tous les hommes : il est accueilli et des hommes et de Dieu. Il est naturel d'observer le rythme binaire qui groupe deux par deux, dans une opposition trois fois répétée, les six vers de cette strophe liturgique.