LA SANCTIFICATION PERSONNELLE
I Spiritus autem manifeste diclt, quia in novissimis temporibus discedent quidam a fide, attendentes spiritibus errons, et doctrinis daemoniorum, 2 in hypocrisi loquentiam mendacium, et cauieriatam habentium suam conscientiam, ^à prohibentium nubere, abstinere a cibis, quos Deas creavit ad percipiendum cum gratiarum actione fidelibas, et iis, qui cognoverant veritatem. * Quia omnis creatura Dei bona est, et nihil rejiciendum quod cum gratiarum actione percipitur : -'' sanciificatur enim per verbum Dei, et orationem.
II y aurait grande méprise à ne voir dans la finale enthousiaste du chapitre précédent qu'une belle citation théologique ou le cri de la prière extatique. Si l'Apôtre nous rappelle que l'Eglise est le mystère du Christ réalisé, étendu, perpétué, proposé à toutes les âmes, c'est sans doute que son intelligence s'est depuis longtemps familiarisée avec cette vue d'ensemble qui embrasse toute l'œuvre de Dieu ; mais, à l'heure présente, c'est surtout parce qu'il veut établir et maintenir Timothée, et, en lui, tous les ouvriers évangéliques dans cette région haute, d'où ils peuvent repousser victorieusement tous les assauts des doctrines de mensonge : c'est de là que l'Apôtre a écarté souverainement l'erreur colossienne.
Or, il y avait, à ce rappel de la doctrine surnaturelle et de la conception divine des choses, un motif pressant et très actuel : car, en même temps que la réalité historique montrait aux yeux de tous la défection de beaucoup, la voix de l'Esprit jetait une vive lumière sur- ce que serait le lendemain. Les communautés en étaient averties. Ces novissima tempora ( év itffTÉpoi.; xaipoiTç dans le grec) ne signifient pas les derniers jours du monde, mais les temps qui vont suivre et qui sont
ouverts déjà, où nombre de chrétiens se laisseront séduire et s'éloigneront de la doctrine de la foi dès lors définie et précise. L'indocilité, une curiosité orgueilleuse, une affinité maladive pour l'erreur leur feront prêter l'oreille aux docteurs de mensonge, aux enseignements de Satan et de ses suppôts.
Afin de provoquer l'apostasie, le mensonge s'enveloppera de fourberies (sv ÛTtoxpicre'.) et de dissimulation. Il ne se présentera pas, du moins d'abord, sous la forme d'une négation violente et résolue. Au lieu que la vérité a des contours précis, un dessin exact, des formes arrêtées, les doctrines d'erreur sont d'expression fuyante, quelquefois insaisissable, comme si leur dessein était de disperser le regard et d'aveugler la pensée : un formulaire nuageux qui ne laisse après lui que vide et inquiétude : « Que veut-il dire ? Où se propose-t-il d'arriver enfin ? » Car, dans le verbiage embarrassé, toutes les lignes s'estompent, les contours s'effacent, la réalité s'évanouit. C'est le triomphe de ces docteurs. Ils découragent de la vérité. Leur hypocrisie a ses habiletés, le loup saura s'envelopper d'une toison d'agneau et se dissimuler sous les dehors d'un faux ascétisme et d'une feinte sévérité. Mais ils soni et demeurent les ennemis de la morale et de la vérité tout à la fois, et leur apostolat diabolique s'inspire de leurs dispositions intérieures. Elles sont mauvaises. Leur conscience est rongée jusqu'au dernier vestige et comme cautérisée par le vice invétéré et consenti.
Ce ne sont là que des généralités sur les docteurs de mensonge. Mais voici venir des précisions où nous reconnaissons des indices de doctrines déjà connues : gnosticisme commencé ou manichéisme. Ils proscrivent le mariage et travestissent en une interdiction universelle et sauvage ce qui n'est que pour quelques-uns une pratique de conseil et de perfection. A ce dangereux ascétisme les mœurs publiques n'ont rien à gagnerj ni le diable rien à perdre. N'insistons pas. Ils jettent aussi l'interdit sur certains aliments, sans doute les viandes (Col.j li, 21). Tout cela n'est que manichéisme avant Manès, et ce n'est pas d'aujourd'hui que, pour réagir contre le judaïsme.