PRIVILÈGE DES PRÊTRES
cation, l'Apôtre tissait la toile des tentes. Il pouvait ainsi vivre de son travail et ne demander à personne ni or, ni argent. Dans les régions de l'Occident, les œuvres manuelles demeurent étrangères aux gens d'une certaine situation sociale. Les prêtres, en particulier, voués par vocation aux fonctions du ctlte sacré, au service des âmes, aux œuvres multiples de l'enseignement et de la charité, à la dispensation des sacrements, au gouvernement et à la direction des communautés, n'y pouvaient suffire qu'à la condition d'être affranchis de la recherche du pain quotidien. Aussi l'Apôtre stipule-t-il pour les meilleurs d'entre eux un surcroît trop légitime : ils ne seront pas maintenus à la portion congrue et pourront ainsi se livrer de toute leur âme à leurs fonctions saintes. Le motif de cette bienveillance spéciale est contenu dans cette disposition de droit naturel et surnaturel, affirmée autrefois déjà dans la première épître aux Corinthiens (IX, 9-14) et répétée ici dans les mêmes termes : ne pas museler le bœuf qui piétine l'aire et sépare la paille d'avec le grain. Selon la parole du Seigneur lui-même, l'ouvrier a droit à son salaire. C'est sur le ton et aussi avec le désordre ordinaire de la conversation que l'Apôtre adresse à Timothée ces diverses recommandations, dont l'unité et le lien ne se trouvent que dans leur intention commune : organiser et gouverner sagement la société chrétienne.
Timothée se tiendra en garde, lorsqu'il s'agit d'un prêtre, contre les dénonciations, peut-être anonymes, toujours familières à la lâcheté. Le prêtre est souvent une cible. Car il doit dire la vérité. Il déplaira. On s'efforcera de se venger. On le dénoncera à son évêque. Un prêtre, quel qu'il soit, peut toujours prêter à la calomnie. Pourquoi s'en étonnerait-il, alors que l'on a dit du Seigneur : homo potator vint, publicanorum ei peccatomm amicus ; Samaritanus et daemonium habens ? Il n'est figure si belle dont la malignité du crayon ne puisse faire une caricature. Aussi l'Apôtre met-il son disciple en garde contre de perfides dénonciations. II est prescrit au chapitre XIX, verset 15, du Deutéronome, de ne rendre de sen-
tence contre un Israélite, que sur la déposition de deux outrois témoins. C'est l'équité même : testis unus, testis nullus. 1/ Apôtre demande finement que le prêtre bénéficie de cette règle juridique. Il ne réclame pas pour lui de privilège, non ; mais le simple bénéfice du droit commun. Nemo malus, nisi probetur.
Mais là où la faute est reconnue, reprenez avec fermeté et devant la communauté tout entière, afin que chacun en conçoive une crainte salutaire. La confession publique et la pénitence publique ne faisaient alors nulle difficulté, et devaient, durer plusieurs siècles encore. L'Apôtre ne semble aucunement se préoccuper de l'étonnement que pouvait provoquer dans la communauté chrétienne, la faute d'un prêtre rendue publique par le châtiment lui-même, non plus que la diminution d'autorité ou d'influence pour le délinquant. La honte allait à la faute, non à la pénitence, et l'ordre un instant méconnu était, aux yeux de tous, restitué par le châtiment. La timidité de Timothée l'eût porté sans doute à des ménagements : Je vous adjure, est-il dit avec solennité, devant Dieu, devant le Christ Jésus et les Saints Anges, d'obéir à ces injonctions avec une âme droite et loyale, sans précipitation dans le jugement, sans acception de personnes, sans aucune prévention : il est si naturel à l'homme de présumer le mal, comme il l'est aussi de nous laisser décevoir par la faveur ou le préjugé. Nos amis n'ont pas de défauts.
C'est par l'imposition des mains, nous le savons, que s'accomplissait l'investiture de l'autorité surnaturelle. Aussi,, pour conjurer les périls et les chutes dont il vient d'être parlé, Timothée devra éprouver, avant de les admettre au ministère de l'Eglise, ceux à qui il imposera les mains. Confier étourdîment l'autorité à des dépositaires indignes, c'est conniver à leurs fautes et entrer avec eux dans une sorte de complicité. La conscience de l'évêque et sa réputation sont toutes deux intéressées au choix de ses prêtres : il ne saurait accueillir des indignes, sans que quelque chose de leur indignité rejaillisse sur lui.