DEVOIRS DES CHRÉTIENS
1 Admone illos principibus, et potestatibus subditos esse, dicto obedire, ad omne opus bonum paratos esse : 2 neminem blasphemare, non litigiosos esse, sed modestos, omnem ostendentes mansaetudinem ad omnes homines. 3 Eramus enim aliquando et nos insipientes, increduU, errantes, servientes desideriis, et voluptatibus variis, in malitia et invidia agenies, odibiles, odientes invicem. * Cum autem benignitas, et humanitas apparaît Salvatoris nostri Dei : s non ex operibus justitiae, quae fecimus nos, sed secundum suam misericordiam salvos nos fecit per lavacrum regenerationis, et renovationis Spiritus sancti ; 6 quem effudit in nos abunde per Jesum Christum Salvatorem nostrum : ^ ut justificati gratia ipsius, heredes simus secundum spem vitae aeternae. s Fidelis sermo est : et de his volo te confirmare : ut curent bonis operibus praeesse qui credunt Deo. Haec sunt bona, et utilia hominibus. 9 Stultas autem quaestiones, et genealogias, et contentiones, et pugnas legis devita : sunt enim inutiles, et vanae. 10 Haereticum homlnem post unam, et secundam correptlonem devita : n ^ciens quia subversus est, qui ejusmodl est, et dellnqult, cum sit proprio judiclo condemnatus.
La perspective surnaturelle qu'il vient d'ouvrir à son disciple, et par lui aux fidèles, est à ce point familière à l'Apôtre €t ravit tellement sa pensée que la lettre ne s'achèvera pas sans qu'il nous la replace une fois encore sous les yeux.
Nous le savons bien, là où il y avait des Juifs, il y avait rébellion. Le pouvoir politique de Rome leur était odieux, et, à Jérusalem, une sorte de sacrilège. Les mouvements séditieux, qui dans quelques années amèneront la destruction de la ville sainte, ébranlent et secouent, avec la Judée, les villes de l'em-
pire où se trouve une forte minorité de juifs. Tandis que leur doctrine trouble les familles (I, II), leur irritation et leur esprit de révolte menacent la paix de l'Etat. Rien n'est plus opportun devant cet effort révolutionnaire que d'incliner les chrétiens à maintenir, par leur obéissance, l'ordre de la société. Recommandez-leur la soumission aux pouvoirs établis, aux autorités qui les représentent, aux magistrats qui en sont les agents. Le devoir des chrétiens est de leur obéir avec docilité, de se prêter avec empressement au bien qu'on leur demande, de n'outrager personne, de se montrer pacifiques, condescendants ; en un mot : modèles de douceur à l'égard de tous,
La raison en est décisive, et, nous ne tarderons pas à le reconnaître, toujours la même. Une grande révolution s'est accomplie. Nous ne sommes plus les mêmes qu'autrefois. Nous ne sommes plus Adam. Hier, nous étions des êtres inintelligents et sans lumière, révoltés, rebelles, vivant au hasard, esclaves d'instincts et de convoitises de tout genre, pleins de jalousie et de malice, dignes de haine et armés contre tous. Nous étions cela. Mais voici que la bonté toute gracieuse, la tendresse de Dieu notre Sauveur, s'est révélée à nous et s'est inclinée vers notre misère. Peut-être en est-il encore parmi les Juifs à prétendre que ce sont les œuvres de justice, accomplies sous le régime de la loi, qui leur ont valu les effusions de la tendresse divine. Non, cette manifestation de l'amour ne vient que de l'amour. Dieu n'a été sollicité que par notre misère, la disposition gracieuse de sa bonté s'est inclinée d'ellemême sur notre néant. Pour nous sauver, il n'a consulté que lui-même, nous a conduits à la fontaine où nous avons puisa une nouvelle naissance, où nous avons été renouvelés, réédités par l'Esprit de Dieu, l'âme de notre âme, le principe en nous de la vie du Seigneur lui-même se poursuivant en nous : ut vita Jesu manifestetur in carne nostra mortali.
L'Apôtre ne se rassasie pas de redire ces profondes et puissantes assertions du réalisme chrétien. Pour lui, ce ne sont ni formules, ni métaphores, et toute réalité est pâle devant cette glorieuse réalité de la vie chrétienne : l'effacement
au baptême de toutes nos fautes, la vie du Seigneur succédant en nous à la vie adamique, l'Esprit de Dieu, qui est l'Esprit du Fils de Dieu, devenu le moteur de cette vie nouvelle, la joie de Dieu versée en nous à flots pressés par la rançon qu'a offerte le Seigneur. Qu'il est simple maintenant, qu'il est doux d'être chrétien au sortir de la vie d'autrefois, alors qu'il ne s'agit pour nous, selon l'incomparable affirmation de l'Apôtre, que de vivre dociles et abandonnés aux directions intérieures de l'Esprit de Dieu : Quicumque Spiritu Dei aguntur, ii sunt filii Dei.
Encore tout cela a été fait de Dieu, non pas seulement pour la. joie présente et pour la paix du temps, mais pour la joie plénière de l'éternité. Nous n'avons été justifiés qu'afin de devenir, dans l'espérance, mais dans une espérance assurée, héritiers de la vie éternelle et cohéritiers de Jésus- Christ, avec qui nous ne faisons qu'un : 5/ filii, et heredes.
La phrase commencée au v. 4 semble suspendue, mais nous devons considérer le v. 7 comme son complément. Elle se termine par l'invitation adressée aux rachetés de se conformer aux exigences de la vie nouvelle créée en eux par la bienveillance et la bonté gracieuse de leur Dieu. La vérité est là, ajoute saint Paul, reproduisant la formule que nous avons trouvée trois fois déjà en la première épître à Timothée. C'est dans cet ordre de pensée et en face de cet ensemble dogmatique que vous devez résolument maintenir les âmes fidèles, afin de les soustraire à toute faiblesse, à toute inattention, afin d'entraîner à toutes bonnes œuvres ceux qui, ayant cru à Dieu, comprennent les exigences de leur vie de foi. C'est de ces vérités belles à regarder, précieuses à pratiquer, que se doit informer un chrétien : elles n'ont rien dé commun, elles, avec les creuses rêveries du gnosticisme.
Quant aux questions vaines, aux généalogies interminables (cf. I Tim. I, 4), aux discussions et aux contestations sur le texte de la loi, à la casuistique juive, recherches inutihs et sans fruit : ne vous y arrêtez 'pas et détournez-en les fidèles. Vous irez plus loin : après un premier et un second
avertissement donné à l'hérétique, évitez même d'entrer en conversation avec lui. Son obstination vous est une preuve qu'il est entièrement perverti et, dans son péché sans repentir, condamné par lui-même.
Les quatre derniers versets forment la conclusion.
12 Cum misero ad te Artemam, aat Tychicum, festina ad me venire NicopoUm : ibi enim stafui hiemare. i3 Zenam legisperitum, et Apollo solicite praemitte, ut nihil illis desit. i4 Discant autem et nostri bonis operibus praeesse ad usas necesscrios : ut non sint infructuosi. is Salutant te qui mecum sunt omnes : saluta eos, qui nos amant in fide. Grafia Dei cum omnibus vobis. Amen.
La mission de Tite en l'île de Crète n'était que momentanée. En y laissant, pour une heure, son disciple, saint Paul songeait déjà à le ramener à lui le jour où il le remplacerait soit par Artémas, que nous ne connaissons que par cette unique mention, soit par Tychicus que nous avons rencontré déjà (Eph., VI, 21 ; Col., IV, 7). Une fois rele\é, Tite dejvra se rendre en toute hâte à Nicopolis où l'Apôtre a résolu de passer l'hiver de 66 à 67. Là, il se trouvait à portée de Rome qui n'avait pas cessé de le préoccuper, et dans une région assez centrale pour agir sur l'Epire, la Dalmatie, la Macédoine. En quoi consistait la mission de Zénas le juriste (peutêtre, le scribe) et d'Apollos, le docteur alexandrin qui nous est connu d'ailleurs, il nous est difficile de le dire, dans la brièveté de l'allusion. Devaient-ils se rendre auprès de l'Apôtre et devancer Tite lui-même, ou bien une mission autre leur avait-elle été confiée : nous ne savons. Du moins, Tite est invité à les munir de tout ce que requerra leur voyage : le zèle et l'attention qu'il y apportera seront, pour tous les chrétiens, l'exemple de ce qu'ils doivent être pour les ouvriers apostoliques : Dieu leur saura gré de leur générosité.
Tous les compagnons de Paul adressent à Tite leur salut. Paul lui-même envoie son salut à tous ceux qui lui sont unis dans la foi. La grâce du Seigneur soit avec tous !