AVIS PATERNELS
Véternité, de jeter un regard sur sa vie et dé bénir le Dieu que 3es aïeux lui ont appris à servir dans la droiture de sa conscience. Et de quoi rend-il donc grâces à Dieu ? De tout, et de la disposition divine qui le veut prisonnier. Il ne le dit pas, mais la réticence sera ' comprise par Timothée qui n'ignore pas la captivité de son maître.
La formule de reconnaissance : gratias ago Deo, si familière à l'Apôtre, prend ici, par le mouvement affectueux de sa pensée, une valeur nouvelle, bien que voisine : testis est mihi Deus (Philip., I, 8). Il n'est pas sans exemple que, dans une phrase complexe, la signification du verbe se modifie en chemin pour s'adapter à la variété des circonstances ou à la mobilité de la pensée : per diem sol non uret te, neque luna per noctem. Il faut en ce cas donner au verbe unique une signification générique qui enveloppe dans sa souplesse deux sens assez différents. Le merci général une fois adressé au Dieu de son enfance et de toute sa vie, l'Apôtre invoque le témoignage de ce même Dieu, pour assurer à Timothée le souvenir constant qu'il lui garde dans sa prière du jour et de la nuit. Saint Paul n'oubliait pas ; mais, en prison, il avait plus de loisir. Il peut parler longuement à Dieu de ce qu'il aime. Son cœur répond à celui de Timothée. Sa force s'incline vers cette chère faiblesse. Au jour récent encore de la séparation, quelques mois auparavant, il avait vu avec émotion les larmes de Timothée, quand il le laissait à Ephèse pour s'en aller, lui, en Macédoine. Mais aujourd'hui, dans le repos forcé de sa prison, il n'aura de joie complète que lorsque Timothée sera, près de lui. Il a sans cesse devant les yeux la foi sincère de son disciple, et, après s'être glorifié doucement de ceux qui lui ont appris à adorer Dieu, la pensée de saint Paul se porte vers ceux qui ont assuré à Timothée le même incomparable bienfait. Le père de Timothée était païen (Act, XVI, 1 ) : son; nom n'est pas prononcé. Mais ce sont les influences maternelles qui sont souveraines : Timothée a été élevé et formé" par deux saintes : Lois, sa grand'mère, et Eunice, sa mère. Comment ne continuerait-il pas cette tradition ? Gomment lax
foi de ces saintes femmes ne serait-elle pas en lui ? On a dit d'une grande famille qu'elle était une bonne action qui a duré huit cents ans. C'est un sérieux encouragement que d'appartenir à une telle lignée.
Tout cela est tendre et délicat, mais très persuasif aussi. Timothée avait besoin d'être soutenu. Ceux qui ont dans leur tempérament une part de faiblesse sont habituellement incapables de continuité. Durer, pour eux, et maintenir semble de l'héroïsme. Aussi l'Apôtre revient-il à son conseil d'autrefois. Réveillez, lui dit-il, sous ses cendres la grâce de Dieu, l'activité de ce don sacré qui vous a été confié dans l'imposition de mes mains (I Tim., IV, 14) au jour de votre ordination. Vous êtes jeune, vous êtes de nature faible et timide : mais ce n'est rien. L'esprit qui nous a été donné, soit au baptême, soit dans la mission apostolique, n'est pas un esprit d'hésitation et de crainte, mais un esprit de force, de charité active qui nous doit porter à ramener les autres au bien, dût-il nous en coûter, dût notre sécurité courir des risques.
Saint Paul était en situation de donner un conseil de courage, lui, prisonnier pour la cause de Jésus-Christ. Mais on conçoit que des âmes moins vigoureuses et moins trempées aient pu ressentir, devant la captivité de saint Paul et les menaces du lendemain, une secrète inquiétude. Les Apôtres ne comprenaient pas, autrefois, que le Fils de Dieu pût souffrir. Les épreuves de saint Paul atteignaient Timothée dans sa foi, dans son affection, dans sa faiblesse. Ne vous laissez pas abattre, lui disait-on, ni par la souffrance de votre maître, ni par les aspérités de votre ministère. Ne rougissez ni de l'Evangile ni de moi. Avec moi, près de moi, revêtu de la force de Dieu, consentez à souffrir pour l'Evangile de Dieu. L'invitation est infiniment aimable : c'est, avec un sourire d'encouragement transposé et devenu chrétien, le mot charmant d'Arria à son mari : Non dolet, ça ne fait pas mal.
Mais l'exhortation s'élève plus haut. Ce grand réaliste qu'est l'Apôtre n'ignore pas dans quelles perspectives notre .âme trouve sa sécurité ; et, afin d'affermir entièrement l'âme
de son disciple, il lui rappelle sa condition surnaturelle et la série des actes divins qui doivent lui donner assurance. Notre salut date réellement de l'éternité. Nous n'avons été appelés dans le temps à la sainteté chrétienne de la vie qu'en vertu d'un concert divin et d'une élection éternelle, non pas provoquée par nos œuvres ou nos mérites, mais naissant d'une disposition divine et d'une bienveillance toute gracieuse qui, dès avant les siècles, nous a assignés à Notre-Seigneur Jésus- Christ. Ce programme éternel, né de Dieu, a été d'abord gardé dans la pensée de Dieu, puis s'est réalisé par la venue en la chair de Jésus-Christ notre Sauveur, par son triomphe sur la mort, enfin par l'effusion sur le monde de la vie et de la pureté chrétienne au moyen de l'Evangile, la vertu de Dieu, vertu souveraine, appliquée à sauver celui qui croit : Virtus Dei ad salutem omni credenti. En faut-il davantage, au milieu même de toutes les menaces et de tous les périls pour bannir de nos cœurs toute crainte et toute timidité ? Dieu ne saurait être vaincu.
La prédication de cet Evangile, qui est la souveraine et toujours efficace vertu de Dieu, m'a été confiée, à moi, Paul, comme héraut et ambassadeur de Dieu, comme envoyé de lui, comme prédicateur de sa vérité auprès des Gentils. Il ne parle de sa fonction personnelle et de ses dispositions, nous allons le voir, que pour entraîner son disciple dans son sillon.
C'est précisément à cause de cette vocation et de cette fonction apostolique, complément de l'œuvre de Dieu, que j'ai maintenant à souffrir. Mais, de cette souffrance, je ne veux ni m'attrister, ni rougir. Non sunt condignae passiones hujus temporis ad futuram gloriam, quae revelabitur in nobis. Momentaneum et levé tribulationis nostrae, supra modiim in sublimitate aeternum gloriae pondus operatur in nobis. Les choses du temps n'importent pas. Je sais, pour m'en affranchir, à qui j'ai engagé ma foi et porte en moi la conviction tranquille qu'il a la toute-puissance voulue pour me garder et me rendre, en joie et en gloire, au jour de l'éternité, le dépôt que j'ai placé en ses mains : le travail de ma vie. En;
attendant, c'est au continuateur de l'œuvre apostolique, à Timothée, qu'il incombe de veiller sur la pureté et l'intégrité de la vérité religieuse. Les formules consacrées et ciselées par l'Esprit de Dieu devront être gardées avec un soin jaloux. Timothée les a recueillies avec foi, avec l'empressement de la charité, des lèvres de l'Apôtre. Il les maintiendra exactes, comme un dépôt sacré : l'Esprit de Dieu, qui anime l'Eglise et habite l'âme de ses Apôtres, cultivera en lui cette fidélité attentive. — Ce n'est pas la première fois que l'Apôtre parle de ce dépôt sacré de la foi (I Tim., VI, 20). Mais il semble ici établir un parallèle entre deux dépôts et deux fidélités : le dépôt confié à Dieu, et le dépôt confié à l'Apôtre ; le dépôt du mérite et le dépôt de la foi ; la fidélité de Dieu n'étant assurée, et Dieu ne devenant débiteur, qu'à la condition de la fidélité dans son ministre.
15 5c/s hoc, quod aversi sunt a me omnes, qui in Asia sunt, ex quitus est Phigellus, et Hermogenes. i^ Det misericordiam Dominus Onesiphori domui : quia saepe me refrigeravit, et catenam meam non erubuit : i^ sed cum Romam venisset, solicite me quaesivit, et invenit. is Det illi Dominus invenire misericordiam a Domino in illa die. Et quanta Ephesi ministravit mihi, tu melius nosti.
L'exhortation s'interrompt un instant, sauf à reprendre bientôt, afin d'avertir Timothée de la défection des Asiates qui se sont éloignés de Paul prisonnier, soit réelle infidélité, soit dans la crainte de courir quelque danger. De ce nombre sont Phigellus et Hermogenes, dont nous ne connaissons que les noms. Du moins, un citoyen d'Ephèse, Onésiphore, étant venu à Rome, sans doute pour affaires, s'est diligemment enquis de l'Apôtre, a consolé sa captivité et n'a pas rougi de ses liens. Dieu soit miséricordieux pour lui, pour sa famille, au jour du jugement : car il a témoigné à l'Apôtre, à Rome même, et au milieu de périls qui ont effrayé les autres, l'affection dévouée qu'il avait montrée déjà à Ephèse, et que Timothée n'ignore pas.