CONSEILS DE VAILLANCE
1 Tu ergo fui mi confortare in gratia, quae est in Christo Jesu : 2 et quae audisti a me per malt os testes, haec commenda fidelibus hominibus, qui idonei erunt et alios docere. 3 Labora sicut bonus miles Christi Jesu. * Nemo militons Deo implicat se negotiis saecularibus : ut ei placeat, cui se probavit. 5 Nam et qui certat in agone, non coronatur nisi légitime certaverit. 6 Laborantem agricolam oportet primum de fructibus percipere. ^ Intellige quae dico : dabif enim tibi Dominus in omnibus intellectum.
Devant ces défections, pour les compenser, pour demeu^ rer fidèle à votre vocation, vous, mon fils, soyez ferme dans la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Faites l'œuvre d'un vrai Apôtre. Consolez et continuez Paul qui est maintenant sur son déclin. Ce que vous avez appris de ses lèvres, ce qu'il vous a enseigné au jour de votre ordination devant les prêtres réunis, enseignez-le à des auditeurs fidèles : à leur tour, ils le rediront à d'autres. Ainsi, se constitue l'organe de transmission de la vérité, la tradition ecclésiastique dont la voix assurera partout l'intégrité de la doctrine. On le dirait calqué sur le procédé patriarcal dessiné au Psaume LXXVII. L'Eglise ne l'oubliera jamais.
L'Apôtre recueille de partout des conseils de force : le soldat, l'athlète, le laboureur, tout lui semble inviter au courage l'ouvrier apostolique. Travaillez et peinez, dit-il, comme un brave soldat du Christ Jésus. Consentez à tous les renoncements, afin d'appartenir entièrement à l'œuvre qui est vôtre. Gardez-vous de la compliquer et de vous amoindrir en dispersant votre activité dans d'autres directions. Un soldat est voué à une œuvre déterminée. Il ne se mêle pas aux affaires
et aux contestations de la vie civile : il y perdrait son temps. Son affaire à lui, c'est de plaire à celui qui l'a pris à son service ; il est modèle de renoncement. L'athlète, lui, est modèle de persévérance ; il n'obtiendra la couronne qu'à la condition de s'être exercé au combat.
Vient ensuite le laboureur, auquel nous devons nous arrêter un instant. Ce laboureur, selon l'Apôtre, doit tout d'abord et le premier bénéficier de son travail. Il ajoute sous forme discrète et presque énigmatique : Entendez bien et comprenez ce que je vous dis à demi-mot, le Seigneur, en toutes choses, vous donnera la sagesse. Au premier abord, il semble naturel de voir ici une allusion au droit que possède l'ouvrier évangélique de vivre de l'autel. Ce ne serait qu'une réplique du précepte antique : non alligabîs os bovi trituranti.
Si on regarde de plus près, cette explication se soutient mal. Quelle que soit la liberté d'allure d'une lettre familière, la recommandation du verset 6 s'harmonise peu avec les conseils de vigueur que nous ont suggérés l'exemple de l'athlète, l'exemple du soldat. L'exemple du laboureur est en l'air, sans appui. C'était non à Timothée, mais à la communauté d'Ephèse qu'il convenait de répéter le précepte que l'on croit trouver au verset 6. Il n'est pas jusqu'à la formule déontologique {oeï, oportet) qui refuse de se prêter à l'expîication commune. Enfin, cette même explication admise, il est impossible de rendre raison de ce qu'il j- a d'enveloppé et d'énigmatique dans la réflexion qui suit : entendez bien ce que je vous dis, le Seigneur en toutes choses vous ouvrira les yeux. Il n'était aucun besoin d'en appeler à la perspicacité de Timothée pour entendre, au sens obvie et vulgaire, la leçon du verset 6. Hasardons-nous à trouver dans l'exemple du laboureur la même invitation discrète contenue dans l'exemple de l'athlète et du soldat. Entendez-moi bien, dit l'Apôtre : le laboureur dans son travail, doit, le premier, bénéficier de son travail, et, le premier, en recueillir le fruit. C'est ainsi que l'ouvrier évangélique doit être le premier à recueillir le fruit de sa prédication, le premier à se l'appliquer, le premier à