THESSALONIQUE, BÉRÉE, ATHÈNES
1 Cum autem perambulassent Amphipolim, et Apolloniam, vénérant Thessalonicam, ubi erat synagoga Judaeorum. 2 Secundum consuetudinem autem Paulus introivit ad eos, et per sabbata tria disserebat eis de Scripturis, ^ adaperiens et insinuans quia Christum oportuit pati, et resurgere a mortuis : et quia hic est Jésus Christus, quem ego annuntio vobis. 4 Et quidam ex eis crediderunt, et adjundi sunt Paulo, et Silae, et de colentibus, Gentilibusque multitude magna, et muUeres nobiles non paucae. 5 z étantes autem Judaei, assumentesque de vulgo viros quosdam malos, et turba facta, concitaverunt civitatem : et assistenfes domui Jasonis quaerebant eos pro^ ducere in populum. ^ Et cum non invenissent eos, trahebant Jasonem, et quosdam fratres ad principes civitatis, clamantes : Quoniam hi, qui urbem concitant, et hue venerunt, 7 quos suscepit Jason, et hi omnes contra décréta Caesaris faciunt, regem alium dicentes esse, Jesum. s Concitaverunt autem plebem, et principes civitatis audientes haec. 9 Et accepta satisfactione a Jasone, et a ceteris, dimiserunt eos.
Au sortir de Philippes, saint Paul et Silas suivent la voie Egnatienne, ne font que traverser Amphipolis et Apollonia pour se rendre à Thessalonique, en direction de Rome qui semble déjà solliciter l'Apôtre. Le récit des Actes nous montre comment les grandes villes provinciales, foyers et centres de l'administration romaine, boulevards de sa domination politique ; comment aussi les grandes routes romaines tracées dans le dessein de porter rapidement les légions partout où elles seraient appelées ; comment en un mot la structure de l'Empire romain aide à l'Eglise, et se prête à la diffusion de la doctrine nouvelle. Saint Paul, dans son humeur de conquérant, abordera l'une après l'autre toutes les villes considérables du littoral méditerranéen : Rome viendra à son' tour.
THESSALONIQUE I8l
Thessalonique étatt la capitale de la Macédoine, ville libre, populeuse, où le pouvoir de Rome était représenté par un proconsul, gouvernant la province au nom du sénat. Elle était régie intérieurement comme Rome, avait conservé une large partie de son autonomie, et demeurait soumise, au point de vue civil, à sept magistrats ou politarques recrutés dans son sein. Tout en bénéficiant de la paix romaine, ces grandes cités provinciales pouvaient conserver l'illusion de leur indépendance ; et souvent elles reconnaissaient, par une large part de déférence, l'habile discrétion dont usait envers elles le pouvoir romain. Notons, ici encore, l'admirable exactitude de l'auteur des Actes dans la rapide indication qu'il donne des conditions spéciales et variées du régime politique propre à chacune des villes visitées par l'Apôtre, Paphos, Antioche, Philippes, Thessalonique, Çorinthe.
Alors même que Thessalonique n'eût pas été en possession de son importance politique, comme capitale de la province romaine, sa situation admirable au fond du golfe Thermaïque en eût fait, ce qu'elle est encore aujourd'hui, un grand comptoir de commerce. A ce titre Thessalonique était peuplée de Juifs et possédait, non, comme Philippes, une simple Tcpoo-suy;/;, mais une synagogue. Selon sa coutume, saint Paul se met en rapport avec les Juifs. Il est facile de reconnaître la matière de son enseignement. Auprès des Juifs, les Ecritures lui fournissaient un thème commun, un ensemble de principes agréés par eux, dont il pouvait user pour les amener à la foi. Durant trois semaines, le jour du sabbat, il lut avec eux les livres sacrés pour leur en donner le vrai sens, à l'exemple du Seigneur (en saint Luc XXIV, 45, 46), leur montrant dans les prophéties la voie des souffrances qui méritait au Messie d'entrer dans sa gloire. « Or ce Messie, ajoutait l'Apôtre, ce Messie souffrant, mourant, puis ressuscité, c'est le Jésus dont je vous parle. »
Il y eut parmi les Juifs des hommes de bonne foi qui se rangèrent à la doctrine de Paul et de Silas. Ces conversions furent néanmoins, semble-t-il, plus rares chez les Juifs de
naissance, mais nombreuses chez les prosélytes et- chez les Grecs ; parmi elles, plusieurs femmes de qualité. L'Eglise de Thessalonique accuse dès la première heure son caractère : elle est surtout empruntée à la gentilité : là où l'élément purement juif était plus considérable, l'Apôtre devait se heurter aux préjugés et à l'opposition qu'il avait rencontrés à Jérusalem.
Lorsque les Juifs demeurés réfractaires à la doctrine apostolique, vfrent la foule des prosélytes, des Gentils, et les dames de la société riche se tourner vers Paul et Silas, il y eut une explosion de jalousie. Toutefois l'émeute ici diffère • de celle qui a secoué la ville de Philippes. Les Juifs soudoient des agitateurs de profession, des piliers d'agora, qui se répandent par la ville, recrutent tous les éléments séditieux, et cernent la demeure de Jason, peut-être un parent de l'Apôtre, chez qui Paul et Silas étaient descendus ; à défaut de l'Apôtre qui s'est dérobé, ils s'emparent du maître de la maison, et de quelques convertis qu'ils amènent aux politarques ou magistrats de la cité. Là, devant l'assemblée populaire, ils se répandent en bruyantes accusations où il est facile de reconnaître un écho : les Juifs de Thessalonique ont été antérieurement avisés, et la réputation de saint Paul l'y a précédé: « Ce sont, disent les voix, des séditieux qui ont semé partout le désordre. Ils sont arrivés ici depuis peu : Jason les a hébergés. Ils ne veulent pas des lois de César, et disent qu'ils ont un autre roi, Jésus. »
De tels griefs mettaient en cause les droits de la paix romaine, et l'attachement de Thessalonique à la métropole. Les politarques et l'assemblée populaire en furent émus. En l'absence des principaux incriminés on ne pouvait procéder à une enquête régulière ; il fallut donc surseoir : on relâcha Jason et les autres chrétiens, mais sous caution.
10 Praires vero confestim per noctem dimiserunt Paulam, et Silam in Beroeam. Qui cam venissent in synagogam Jadaeorum introierunt. n Hi autem erant nobiliores eorum, qui