ATHÈNES
politique intense : l'époque de Périclès et de Démosthène n'y est plus qu'un souvenir. Les victoires d'Alexandre et la conquête romaine l'ont découronnée ; elle semble avoir épuisé son génie. A l'époque glorieuse et féconde a succédé pour elle la période du dilettantisme. Elle n'a pas cessé de goûter les lettres, les arts, la parole, la philosophie, même la religion, du moins la religion comme les Athéniens la comprennent, une religion d'artistes, curieuse et raffinée, mais sans action sur la vie morale : du reste, éclipse momentanée de tout grand mouvement littéraire ou philosophique : Athènes semble fatiguée de sa gloire ; l'avenir politique lui étant fermé, elle regarde en arrière, légère, frivole, dédaigneuse des grands et sérieux problèmes, pardonnant à grand peine un geste brusque ou une phrase qui sent l'étranger. La grande ironie de Socrate, qui avait eu pour dessein d'affranchir la pensée, est devenue, aux mains de la nouvelle Académie, une disposition à douter de tout et à décourager l'intelligence d'elle-même, jamais encore l'Apôtre ne s'est trouvé en un tel milieu ; et il est trop aisé de comprendre comme son âme se révolte contre ce qu'il voit à Athènes, où il est plus facile, dit un auteur du temps, de trouver des dieux que des hommes. Athènes possédait une synagogue ; Paul y trouvait donc la ressource ordinaire de parler doctrine avec les Juifs et les prosélytes ; mais ils étaient en petit nombre ; Athènes était peu commerçante et n'avait dès lors que peu d'attraits pour les Juifs. Mais à côté de cette minorité initiée, qu'on n'apercevait que les jours de sabbat, et qui semble n'avoir pas pris grand intérêt à la parole de l'Apôtre, il y avait foule de païens venus de partout, réunis à l'agora, avec qui l'Apôtre entrait chaque jour en conversation. A la foule se trouvaient mêlés des épicuriens, des stoïciens, soucieux des questions morales, et qui entrèrent en discussion avec lui. Ce petit Juif ardent, intelligent, à la parole rapide et comme dardée, ne pouvait nulle part passer inaperçu. Ce qu'il y avait en lui d'étranger et de résolument réfractaire aux formes délicates du parler athénien était fait pour piquer la curiosité. « Qu'est-ce donc que veut
dire ce semeur de paroles ? » disaient les uns, en faisant allusion sans doute aux phrases hachées et peut-être entrecoupées de l'Apôtre. « C'est un oriental, disaient d'autres, prôneur, comme tous les siens, de divinités inconnues et nouvelles. » En effet, comme il parlait de Jésus et de résurrection, Jésus, Anastasis, la frivolité athénienne entendait par là une double divinité, masculine et féminine, selon la théorie depuis familière au gnosticisme.
On le voit, ce n'étaient que des éléments de hasard, recueillis au cours de la conversation sans méthode suivie. Les Athéniens piqués de curiosité voulurent en savoir davantage et provoquèrent saint Paul à un exposé d'ensemble de sa pensée. Il ne semble pas que l'Apôtre s'y soit prêté facilement : il avait trop conscience de ce qu'il y a de vain et de frivole dans les foules, et il savait trop combien le grand public d'Athènes était peu préparé à la gravité de l'enseignement chrétien. Il ne parut devant l'assemblée permanente de l'Aréopage qu'à son corps défendant et ne pouvant se dérober. La curiosité, encore courtoise, de ceux qui avaient insisté auprès de lui, lui demanda : « Peut-on savoir au juste en quoi consiste cette doctrine nouvelle dont vous parlez? Ce que vous nous dites ne ressemble à rien de ce que nous avons entendu jusqu'ici. Voulez-vous nous en parler plus clairement ? » D'un seul trait, où il reproduit quelque chose de l'apostrophe classique de Démosthène, saint Luc dessine la physionomie des Athéniens, sans cesse en quête de la dernière nouveauté.
22 Stans autem Paulus in medio Areopagi, ait : Viri Athenienses, per omnia quasi superstitiosiores vos video. 23 Praeieriens enim, e^ videns simulacra vestra, inveni et aram, in ^ua scriptum erat : Ignoto Dec. Quod ergo ignorantes colitis, hoc ego annuntio vobis. ^^Deus, qui jecit mundum, et omnia quae in eo sunt, hic caeli et terrae cum sit Dominas, non in manufactis templis habitat, 25 nec manibus humanis colitur indigens aliquo, cum ipse det omnibus vitam, et inspirationem,