A L'ARÉOPAGE
les hommes à se repentir et à changer de mœurs. Car nous porterons devant lui toute notre vie morale. Et il a fixé un jour où il jugera selon l'équité toute la terre, dans la personne de celui qu'il a choisi, et qu'il a accrédité auprès de tous en le ressuscitant d'entre les morts.
Sans doute, ces mêmes intelligences qui avaient accueilli les larges aperçus de l'Apôtre, commencèrent à se troubler devant les exigences d'une réforme morale, comme devant la perspective du jugement de Dieu.
Ce n'est ni la première ni la dernière fois que les exigences de la loi de Dieu et la menace des sanctions futures troublent les consciences et inquiètent la pensée : un jour viendra où le proconsul romain entendant l'Apôtre parler de justice, de pureté, et du jugement de Dieu, effrayé de la doctrine, rompra, lui aussi, un entretien importun : « C'est bien, c'est bien : assez pour le moment. Je vous ferai venir lorsque j'aurai besoin de vous » (Act, XXIV, 25). Il se passa à l'Aréopage quelque chose de semblable ; mais les dernières paroles de saint Paul sur la résurrection d'entre les morts étonnèrent le public athénien : les uns plaisantèrent : Est-ce que les atomes de Démocrite, une fois dissociés, vont se rejoindre encore ? L'épicuréisme ne peut rien comprendre à la résurrection. Le corps n'est estimé que par ceux qui le respectent ; là où il n'est qu'un instrument de jouissance, il cesse d'avoir une dignité quelconque. Pourquoi se relèverait-il ? A quoi pourrait-il servir ?
Parmi des âmes plus pures et plus droites, les paroles de saint Paul, sans avoir sur l'heure déterminé la foi, éveillèrent un écho. Il y en eut qui dirent à l'Apôtre : « Nous serons bien aises de vous entendre encore sur tout cela. »
Ayant ainsi parlé, saint Paul se retira. Son discours recueillit autre chose que les moqueries des uns, et l'inquiétude des autres. Plusieurs s'attachèrent à lui et crurent : parmi eux Denys, un des juges de l'Aréopage, qui, selon Eusèbe, fut évêque d'Athènes et martyr ; et avec lui une athénienne du nom de Damaris, que saint Ambroise et saint Jean Chrysos-
tome ont supposée, sur la foi d'un texte différent du nôtre, être l'épouse de Denys.