‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 73 sur 663 · CORINTHE · texte numérisé non relu

CORINTHE

Au jugement de Cicéron (De lege agraria, II, c. XXXII),. Corinthe, assise entre deux mers, et à raison de sa situation exceptionnelle, aurait pu rivaliser avec Rome et devenir la capitale du monde romain. Elle est, du moins, la résidence du proconsul. On y aborde de l'Europe et de l'Asie, par le port de Cenchrée sur la mer Egée, de Léchée sur la Méditerranée. C'est une ville dissolue ; sa corruption est proverbiale.. Mais elle possède une population vive et laborieuse ; son commerce, très étendu, y a fixé bien des familles juives. Saint Paul y trouvera plus de facilités qu'à Athènes et lui donnera une plus large part de son temps.

Avant même qu'il y fût arrivé, un Juif de la province du Pont, Aquila, et sa femme Priscille, chassés de Rome par redit de Claude, s'y étaient réfugiés (52). C'était la coutume des Juifs, même d'une situation aisée, de s'adonner à l'exercice d'un art manuel. Aquila fabriquait des tentes tissées de la laine rude des troupeaux de Cilicie : c'était aussi l'occupation de l'Apôtre ; il trouvait à l'exercice d'une œuvre manuelle cet avantage dont il était jaloux, d'annoncer l'Evangile à ses propres frais, comme les nobles font la guerre, sans solde, et sans avoir rien à demander à aucune communauté chrétienne, sauf Philippes (Act, XX, 34 ; I Cor., IX, 12 ; II Cor., VII, 2 ; XI, 9 ; I Thess., II, 9 ; II Thess., III, 8 ; Philipp., IV, 15). Naturellement, et surtout en l'absence de Timothée et de Silas, qui ne l'ont pas encore rejoint, les relations se nouèrent entre Juifs du même métier ; l'Apôtre accepta l'hospitalité d' Aquila et de Priscille.

Comme de coutume, chaque jour de sabbat, il se rendait à la synagogue, et annonçait la doctrine de Jésus et de Jésus crucifié, aux Juifs d'abord et aux Gentils. Lorsque Silas et Timothée revinrent de Macédoine, leur mission achevée, ils trouvèrent saint Paul aux prises avec les Juifs et leur affirmant avec force que Jésus est le Christ et le Messie qu'ils attendent. Soit que Jérusalem et Thessalonique eussent déjà prévenu la synagogue de Corinthe, soit que les mêmes passions produisent partout les mêmes effets, les Juifs de Co-

rinthe s'élevèrent contre la doctrine nouvelle et s'emportèrent à de telles malédictions, que saint Paul rompit avec eux. Comme on secouait la poussière de sa chaussure sur un pays maudit dont on ne voulait rien emporter avec soi, il secoua ses vêtements comme pour renoncer définitivement par un acte symbolique à leur société. Les paroles d'Ezéchiel lui servirent d'adieu : « Que votre sang, leur dit-il, retombe sur votre tête : je suis, moi, innocent de votre perte, et dès maintenant je me tourne vers les Gentils. »

Aquila et Priscille n'étaient peut-être pas convertis encore au christianisme ; et afin sans doute de leur épargner la colère des Juifs, l'Apôtre renonça à feur hospitalité, et se retira dans la maison d'un certain Justus, prosélyte converti, de qui la demeure était contiguë à la synagogue des Juifs. Les deux enseignements ennemis voisinaient ainsi et vivaient côte à côte. Il n'en fallait pas davantage pour exciter la colère des Juifs : elle grandit encore par la conversion de Crispus, un des principaux de la synagogue, qui se fit baptiser avec toute sa maison. Saint Paul fit en sa faveur une exception à sa règle ordinaire : il le baptisa lui-même. Nombre de Corinthiens suivirent l'exemple de Crispus. Sans doute l'hostilité des Juifs monta à un tel degré que l'Apôtre conçut le dessein de se retirer, après avoir simplement jeté le germe d'une communauté chrétienne, comme il avait fait à Philippes, à Thessalonique, à Bérée, à Athènes même. Rome d'ailleurs, l'Espagne et la Gaule s'offraient à lui. Le Seigneur intervint pour le faire renoncer à son dessein. Dans une vision, la nuit, le Seigneur lui dit : « Ne crains pas : parle, parle hautement. Je suis avec toi, nul ne pourra te nuire ; et cette ville renferme bien des âmes qui seront à moi. » L'Apôtre demeura donc à Corinthe, enseignant la parole de Dieu, pendant un an et demi (53 et 54). D'après l'inscription de Delphes dont il sera fait mention plus loin, Gallion a été proconsul d'Achaïe entre 52 et 55. L'édit de Claude, et la magistrature de Gallion beaufrère de Sénèque, nous fournissent donc des points de repère 4:hronologiques d'une exactitude assurée.

l'église de thessalonique 193

La seconde mission apostolique n'est pas achevée. C'est pourtant à l'époque où nous sommes parvenus avec le chapitre XVIII des Actes, que nous devons marquer une période nouvelle de la prédication de saint Paul. Saint Luc n'a parlé d'aucune des lettres de saint Paul ; il n'en a donné que le cadre extérieur. D'orale qu'elle a été jusqu'ici, et sous la pression des* circonstances, la prédication devient écrite. Devant l'opposition violente des Juifs de Thessalonique, l'Apôtre n'a point la ressource de revoir, en revenant sur ses pas, et de fortifier les communautés naissantes, comme il l'a fait au cours de sa première expédition. Par ailleurs, Silas et Timothée ont rapporté à l'Apôtre, avec l'assurance de l'attachement des Eglises, des indices certains que sa doctrine, dont l'exposé a été violemment interrompu, n'a pas été toute comprise, et que sa parole est parfois inexactement commentée. Il ne lui reste d'autre ressource que de s'expliquer par lettres. L'Apôtre n'y renoncera plus ; et nous devons en bénir Dieu.

Les premières de ces lettres sont les deux épîtres dites aux Thessaloniciens.

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