ÉLOGE DES THESSALONICIENS
facile aux Thessaloniciens de s'en souvenir, l'attitude de l'Apôtre envers chacun des croyants a été celle d'un père avec ses fils, les exhortant au bien, les consolant au milieu des épreuves, les sollicitant à répondre dignement, par une sainte vie, à la grâce de Dieu qui les appelle à entrer dans son royaume et à partager sa gloire. Telles ont été les dispositions de l'Apôtre et de ses compagnons, et telle est leur œuvre. Ce qui le prouve mieux que tout au monde, c'est l'accueil que les Thessaloniciens ont fait à leur parole.
13 ideo et nos grattas agimus Deo sine intermissione : quoniam cum accepissetis a nobis verbum auditas Dei, accepistis illud, non ut verbum hominum, sed (sicut est vere) verbum Dei, qui operatur in vobis, qui credidistis. i4 Vos enim imitatores facti estis, fratres, ecclesiarum Dei, quae sunt in Judaea in Christo Jesu : quia eadem passi estis et vos a contribulibus vestris, sicut et ipsi a Judaeis : is qui et Dominum occiderunt Jesum, et prophetas, et nos persecuti sunt, et Deo non placent, et omnibus hominibus adversantur, i6 prohibentes nos gentibus loqui ut salvae fiant, ut impleant peccata sua semper : pervenit enim ira Dei super illos usque in finem. i7 jsios autem, patres, desolati a vobis ad tempus horae, aspectu, non corde, abundantius festinavimus faciem vestram videre cum multo desiderio : i» quoniam voluimus venire ad vos : ego quidem Paulus, et semel, et iterum, sed impedivit nos satanas. i» Quae est enim nostra spes, aut gaudium, aut corona gloriae ? Nonne vos ante Dominum nostrum Jesum Christum estis in adventu ejus ? Vos enim estis gloria nostra et gaudium.
< Que Dieu en soit à jamais béni, vous avez reçu de nous la parole de foi qui vous était adressée de Dieu, non comme une parole humaine, mais, selon ce qu'elle est vraiment, comme la parole de Dieu » : parole qui montre son efficacité et sa force divine par les fruits de vertu qu'elle produit dans les croyants. Et c'est ainsi que, selon la pensée
d'un ancien, la vertu témoigne en faveur de Dieu de qui elle vient ; notre fidélité montre la valeur de notre doctrine : Doctrinae index disciplina est
La parole de Dieu a produit à Thessalonique de tels fruits, que l'Eglise de la Macédoine, par sa foi et par ses vertus, n'a rien à envier aux Eglises chrétiennes de la Judée, leurs aînées, leurs modèles. C'était vers ces Eglises primitives, nées en la patrie même du Seigneur, que se portait comme vers un idéal le regard des communautés nouvelles, pour en reproduire la perfection : et l'Apôtre inspirait à Thessalonique une sainte fierté en lui assurant qu'il y avait vraiment ressemblance. Il n'en pouvait être autrement lorsque les souffrances avaient été les mêmes et infligées par les mêmes ennemis. Sans doute, et nous l'avons vu (Act, XVII, 5), les Juifs ne s'étaient pas démasqués à Thessalonique, et, afin de se défaire de l'Apôtre, ils s'étaient dissimulés derrière des agitateurs de profession. Mais le rideau s'était déchiré, l'acharnement des Juifs à décrier saint Paul les trahissait ; et encore bien que l'Apôtre à propos des persécutions infligées à Thessalonique ne parlât pas de Juifs, mais de concitoyens, il était notoire qu'en Judée et en Macédoine c'étaient mêmes persécutions et mêmes persécuteurs.
Les ennemis sont désignés sans qu'on puisse s'y méprendre : ils font à Thessalonique, ce qu'ils ont fait en Judée. Ils ont mis à mort le Seigneur, persécuté les prophètes ; ils nous ont chassés de partout, ils se font les ennemis de Dieu et des hommes, ils mettent le comble à leurs iniquités par leur opposition à notre apostolat et au salut des nations. Mais ils échoueront dans leur dessein, la colère de Dieu se hâte et les atteindra pour toujours.
Il n'est pas impossible qu'afin d'ébranler la communauté chrétienne, les Juifs aient commenté le départ précipité de l'Apôtre, et suggéré qu'il n'y avait plus à compter désormais avec le séducteur, une fois disparu. C'est, il nous semble, à c&iie perfide insinuation que l'Apôtre ne cessera de répondre jusqu'au chapitre IV, en montrant aux Thessaloniciens la
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persévérance de sa sollicitude et de son affection. Il n'est pas sorti de Thessalonique, il en a été violemment arraché, mais de corps seulement et pour un temps ; son âme y est demeurée tout entière. Et de Bérée, où il s'était réfugié au sortir de Thessalonique, comme d'un poste d'observation, il attendait la fin de la bourrasque, et épiait, dans la vivacité d'un désir accru par la séparation elle-même, le jour où il pourrait revoir face à face les fidèles de sa chère communauté. «Aussi au cours de notre séjour à Bérée, avons-nous projeté de retourner vers vous, moi en particulier, une première et une seconde fois. » Thessalonique était une petite capitale : l'Eglise qu'il y avait fondée avait à ses yeux, à raison de sa situation centrale, un intérêt considérable : et comme nous avons cru pouvoir le penser, saint Paul se proposait de visiter les Eglises, en revenant sur ses pas, comme il avait fait au cours de sa première expédition. Mais l'adversaire diabolique, par ses suppôts, a déconcerté le dessein de l'Apôtre. Néanmoins, il ne se désintéresse pas : non, il n'a pas cessé de porter au cœur le souci de ceux qu'il a donnés à Dieu. Comment pourrait-il les oublier, leur être indifférent ? Au jour du second avènement du Seigneur, et à son jugement, ne sont-ce pas les Thessaloniciens convertis qui seront le titre de son espérance, sa joie et la couronne de triomphe dont il se glorifiera devant Dieu ? « Oui, c'est vous, ajoute l'Apôtre, qui êtes notre gloire et notre joie. » Et le cœur de l'homme n'oublie pas ce qui lui est cher à ce point.
SOLLICITUDE DE L'APOTRE
1 Propter quod non sastinentes amplius, plaçait nobis remanere Athenis, solis .-^ et niisimus Timotheum fratrem nostrum, et ministrum Dei in Evangelio Christi ad confirman-
dos VOS, et exhortandos pro fide vestra : s ut nemo moveatur in tribulationibus istis : ipsi enim scifis quod in hoc positi sumus. 4 Nam et cum apud vos essemus, praedicebamus vobis passuros nos tribulationes, sicut et factam est, et sciiis. 5 Propterea et ego amplius non sustinens, misi ad cognoscendam fidem vestram : ne forte tentaverit vos is, qui tentât, et inanis fiât labor noster.
C'est durant son séjour à Bérée que l'Apôtre avait à deux reprises nourri le dessein de retourner à Thessalonique, et que deux fois l'opposition violente des Juifs l'en avait détourné. Son départ forcé de Bérée ayant fait évanouir tout espoir de revoir Thessalonique sur l'heure, l'Apôtre s'est résigné à la solitude, qui lui coûtait, nous te savons. Il a pris son parti de faire voile pour Athènes, et d'y demeurer seul ; et de Bérée, où il était venu le rejoindre, il a envoyé à Thessalonique Timothée, son collaborateur en l'œuvre de Dieu et l'Evangile du Christ. Se séparer de Timothée, son disciple très aimé, et consentir à l'absolue solitude dans Athènes, n'était-ce pas une preuve singulière d'attachement pour les Thessaloniciens ? L'œuvre de Timothée maintenu à Thessalonique, c'était l'œuvre même que saint Paul n'avait pu, devant l'acharnement des Juifs, accomplir en personne : affermir les fidèles, les encourager dans la foi, n'en laisser faiblir aucun devant les tribulations actuelles. « Des tribulations, s'écrie l'Apôtre, vous le savez bien, c'est notre vocation, cela ! Elles n'ont pas dû vous surprendre, car lorsque nous étions au milieu de vous, nous vous avons annoncé d'avance qu'il nous faut souffrir : et notre parole s'est réalisée, vous le voyez, s»
« Ainsi, dans l'intérêt de la Communauté, n'y tenant plus, je me suis séparé de Timothée et l'ai envoyé vers voiis, afin de savoir comment votre foi supportait cette crise. Le tentateur, rne demandais-je, n'a-t-il pas réussi à les ébranler ? Mon travail parmi eux sera-t-il réduit à néant ? »
Tout ce qui suit en cette première partie n'est plus, après
le message apporté par son disciple, que joie, que félicitations, que reconnaissance envers Dieu, et souhaits de persévérance.
^ Nunc autem veniente Timotheo ad nos a vobis, et annuntiante nobis fidem et charitatem vestram, et quia mémoriam nostri habetis bonam semper, desiderantes nos videre, sicut et nos quoque vos : 7 ideo consolati sumus, patres, in vobis in omni necessiiate, et tribulatione nostra per fidem vestram, s quoniam nunc vivimus, si vos statis in Domino. ^Quam enim gratiarum actionem possumus Deo retribuere pro vobis in omni gaudio, quo gaudemus propter vos ante Deum nostrum, lo nocte ac die abundantius orantes, ut videamus jaciem vestram, et compleamus ea, quae desunt fidei vestrae ? ^^ Ipse autem Deus, et Pater noster, et Dominas noster Jésus Christus dirigat viam nostram ad vos. 12 Vos autem Dominas multiplicet, et abundare faciat charitatem vestram in invicem, et in omnes, quemadmodum et nos in vobis : 13 ad confirmanda corda vestra sine querela in sanctitate, ante Deum et Patrem nostrum, in adventu Domini nostri Jesu Christi cum omnibus sanctis ejus. Amen.
« Mais voici que Timothée revient vers nous, qu'il nous apporte la bonne nouvelle de votre foi et de votre charité : il y ajoute le souvenir reconnaissant que vous gardez de nous, le désir très partagé que vous éprouvez de nous revoir ; dès lors, frères bien-aimés, il n'y a plus pour nous ni épreuve ni tribulation : tout disparaît pour nous dans la certitude que nous avons de votre foi. La vie est rude à Corinthe, mais tout est bien, puisque vous , demeurez debout dans le Seigneur. »
« Quelles actions de grâces pourrons-nous rendre à Dieu en échange de toute la joie surnaturelle dont nous sommes remplis ? Nuit et jour notre prière s'élève vers Dieu dans le dessein de vous revoir, d'achever votre foi, de mettre la dernière main à l'œuvre de votre éducation. Puisse Dieu notre Père, et Notre-Seigneur Jésus aplanir notre chemin, et diriger
nos pas vers vous. Quant à vous, que le Seigneur fasse abonder et surabonder en vous à l'égard de vos frères, à l'égard de tous, cette même charité que nous avons pour vous tous. C'est, plus sûrement que les dons charismatiques, la voie qui mène à Dieu. Ainsi s'affermiront vos cœurs dans la sainteté, ainsi paraîtrez-vous sans reproche devant Dieu et notre Père, au jour ou le Seigneur, entouré de tous ses saints, accomplira son second avènement. » Cette pensée de l'avènement du Seigneur est, à l'heure actuelle, toujours présente à l'esprit de l'Apôtre (Act, XVII, 31 ; I Thess., I, 10 ; II, 19).
Dans cet avènement futur, le Seigneur sera accompagné de tous ses saints ; et nous comparaîtrons aussi devant Dieu son Père : il s'agit donc du jugement dernier ; et en relisant II, 19, nous reconnaissons la conception que l'Apôtre se fait de sa vie : un combat soutenu sous l'œil de Dieu, qui vaudra au vainqueur une couronne : et cette couronne ce seront les âmes sauvées par lui.