LE DEVOIR DE LA CHARITÉ
attentive ; ils ne sauraientj dès lors, être surpris par l'avènement du Seigneur. Les chrétiens, les baptisés s'appelaient les (BWTii^ofxevot, les éclairés et les disciples de la lumière. Tandis que d'autres dorment, nous veillons, nous, et jeûnons. — Ce qui suit n'est que le développement du thème de la lumière, adopté par l'Apôtre. La division commune de la journée assignait le jeûne et le travail aux heures de lumière ; l'ivresse et le sommeil aux heures de la nuit. C'est là ce que veut dire l'Apôtre : on mange, on s'enivre, et on dort, quand c'est la nuit, et parce que c'est la nuit. Mais ceux pour qui règne la lumière, afin de s'accorder avec la lumière, ils sont vigilants et sobres. Ce devoir de la vigilance est même d'autant plus pressant et plus impérieux que nous sommes non seulement des ouvriers, mais des soldats. Et une première fois, — car il y reviendra avec plus de détail et de soin dans l'épître aux Ephésiens (VI, 13-17), — l'Apôtre nous décrit l'armure du chrétien ; ici, l'armure défensive, celle qui a pour dessein de nous abriter contre les traits de l'ennemi (cf. Is., LIX, 17). Ne craignons pas de redire à la fin de l'Epître ce que nous firent remarquer les formules du commencement : la valeur essentielle accordée aux vertus surnaturelles : la cuirasse formée ici par la foi et la charité ; le casque qui défend la iête, c'est l'espérance du salut ; ni les coups, en effet, ne sauraient nous étourdir, ni la patience nous manquer si notre espérance est ferme, si nous nous souvenons que le Seigneur nous a marqués, non pour exercer sur nous sa colère, mais pour nous procurer le salut. « Voyez, ajoute l'Apôtre, il s'y est employé sérieusement par son Fils, Notre-Seigneur Jésus- Christ, crucifié et mourant pour nous, qui étions voués à la mort, afin de nous réconcilier à Dieu, et de nous faire vivre avec lui, tous tant que nous sommes, vivants et morts, à titre égal. » C'est ainsi qu'il conclut sa réponse à l'ensemble de la question des Thessaloniciens. Encouragez-vous mutuellement, leur dit-il, et édifiez-vous ensemble comme vous le faites.
Avant d'arriver à la conclusion dernière de l'Epître,
(verset 25), quelques recommandations assurent le bon ordre de la société chrétienne.
12 Rogamus autem vos, patres, ut noveritis eos, qui laborant inter vos, et praesunt vobis in Domino, et monent vos, 13 ut habeatis illos abundant'ms in caritate propter opus illorum : pacem habete mm eis. i* Rogamus autem vos, fratres, corripite inquiétas, consolamini pusillanimes, suscipite infirmas, patientes estote ad omnes. is Videte ne quis malum pro malo alicui reddat : sed semper quod bonum est sectamini in invlcem, et in omnes. i6 Semper gaudete. i7 Sine intermissione orate. is Jn omnibus gratias agite : haec est enim voluntas Dei in Christo Jesu in omnibus vobis. i9 Spiritum nolite extinguere. 20 Prophetias nolite spernere. 21 Omnia autem probate : quod bonum est tenete. 22 Ab omni spécie mala abstinete vos : 23 ipse autem Deus pacis sanctificet vos per omnia : ut integer spiritus vester, et anima, et corpus sine querela in adventu Domini nostri Jesu Christi servetur. 24 p/ delis est, qui vocavit vos : qui etiam faciet.
A l'occasion de l'expression Ecclesia Thessalonicensium, \, 1, nous avons fait remarquer que dès lors, et aux premières heures de sa naissance, ceiie société chrétienne était construite sous forme inégale et hiérarchiquement dirigée. Les deux versets 12 et 13, nous en fournissent la preuve. II n'importe pas du tout que les nom.s, depuis fixés par l'usage, ne soient pas employés, alors que les fonctions auxquelles ils répondent ne sauraient être méconnues. L'Eglise de Thessalonique date de quelques mois ; Silas et Timothée n'y sont plus, mais elle compte des hommes qui y travaillent, c'està-dire qui évangélisent, (xoTr'.wvraç) : qui sont à la tête des fidèles pour les guider dans les voies de Dieu ( TzpoïarTafjiévou; év Kup'!'^), qui reprennent et corrigent ( vouOsToOvTaç ) : les Thessaloniciens leur doivent des égards particuliers ; et, â raison de leur travail, un surcroît de charité. C'est la même conception hiérarchique que nous ont montrée les Eglises de
Jérusalem et d'Antioche ; c'est déjà, sous la plume de l'Apôtre, le précepte qu'il adressera aux Hébreux : Obedite praepositis V est ris, et subjacete eis, ipsi enim pervigilant, quasi rationem pro animabas vestris reddituri (XIII, 17).
Le bon ordre de la société chrétienne à Thessalonique sera assuré si, à la soumission envers les prêtres, se joignent la bienveillance mutuelle et l'esprit de paix. Quant à ceux qui sont à la tête de l'Eglise et à qui l'Apôtre donne le nom de frères, leur devoir est de reprendre les désobéissants, d'encourager les tièdes, de soutenir les faibles, d'user de patience envers tous. Que nul ne rende à aucun le mal pour le mal, que chacun cherche le bien de ses frères et de tous.
Puis vient une série de recommandations générales qui sont pour nous d'un intérêt extrême, parce qu'elles définissent la physionomie des âmes chrétiennes : vivre dans la joie qui naît spontanément de la charité, dans la prière et l'action de grâces continuelles : c'est là ce que le Seigneur demande à ceux qui appartiennent à son Fils, le Christ Jésus, parce que c'est dans la joie, la prière, l'action de grâces que se traduit la vie surnaturelle. Si elle se traduit en outre par les dons charismatiques, fruits alors ordinaires de la grâce chez les baptisés, ne pas entrer en défiance, ni chercher à éteindre l'Esprit qui parle et souffle où il veut, ne pas mépriser ses indications, éprouver sagement toutes choses, recueillant ce qui- est bon, vous gardant avec soin de tout ce qui aurait l'apparence du mal. — Ces notations rapides nous montrent assez que la vie chrétienne s'était, à Thessalonique comme ailleurs, traduite extérieurement par les dons surnaturels. Y eut-il quelque surprise et inquiétude à la vue de ces manifestations ? Y eut-il dans l'usage de ces dons des indiscrétions, comme celles qui plus tard obligeront l'Apôtre à écrire les chapitres XII, XIII et XIV de la Première aux Corinthiens? Et ces indiscrétions, ces désordres partiels amenèrent-ils une part de déconsidération sur les manifestations spirituelles au point d'en proscrire l'usage ? Les paroles de l'Apôtre le laisseraient supposer ; c'est là ce qui lui aurait dicté le pro-
gramme de sage mesure auquel il s'est arrêté. Même dans l'exercice des dons spirituels, et sous l'influence de l'Esprit de Dieu, l'homme compose avec Dieu ; il reste une part due à l'alliage humain, le discernement spirituel l'éliminera.
Et la lettre s'achève sur un dernier souhait. Dans une autre circonstance, les Philippiens entendront mêmes conseils et mêmes vœux, l'Apôtre se servira seulement d'une formule un peu différente : il dira la paix de Dieu. Ici il dit : « Puisse le Dieu de la paix vous sanctifier jusqu'à la perfection entière, et garder en vous, pour que vous paraissiez sans reproche à l'avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, tout l'ensemble vivant que vous êtes : l'esprit, c'est-à-dire la portion haute, celle qui regarde Dieu, celle qui reçoit la grâce et les vertus surnaturelles ; l'âme, c'est-à-dire ce même esprit dans ses fonctions qui le font informer et vivifier le corps ; enfin le corps lui-même. Car tout a été racheté par le Seigneur, et nous devons évangéliser toute la créature que nous sommes. Si le programme nous semble ardu, si nous reconnaissons sagement qu'il faut pour le remplir quelque chose de plus que l'effort humain, souvenons-nous que Dieu est fidèle, qu'il nous a appelés à cette sainteté, et qu'il l'accomplira dans une âme docile.
CONCLUSION
25 Fratres, orate pro nobis. 26 Salutate fratres omnes in osculo sancto. 27 Adjuro vos per Dominum ut legatur epistola haec omnibus sanciis fratribus. 28 Gratia Domini nosiri Jesu Christi vobiscum. Amen.
On a pu supposer que l'Apôtre avait dicté la lettre, et que ces quatre derniers versets seuls étaient de sa main ; c'est ainsi qu'il en usait afin de donner à ses lettres le signe de l'authenticité. Il ne cesse pas d'unir à sa personne la personne de Silas et de Timothée, et dit : « Frères, priez pour nous. » Le terme de frères, àoeX<pot, employé ici encore, signi-
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fie peut-être le conseil des jprêtres aux mains de qui la lettre devait être remise. Ils salueront, au nom de l'Apôtre lui-même, tous les frères ou fidèles de Thessalonique dans la collecte ou réunion sainte. « Je vous adjure, par le Seigneur, dit-il à ces mêmes prêtres, de faire lire cette lettre à tous les frères. > Venant de l'Apôtre, adressée à l'Eglise, lue à tous les frères pour être la règle de leur pensée et de leur vie, il ne lui manquait rien pour entrer dans le canon de la sainte Ecriture, au titre de l'inspiration et de l'autorité apostolique de saint Paul. « Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec vous ! »