‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 92 sur 663 · FIN DU SÉJOUR A CORINTHE ET RETOUR A ANTIOCHE · texte numérisé non relu

FIN DU SÉJOUR A CORINTHE ET RETOUR A ANTIOCHE

12 Gallione autem proconsule Achaiae, insurrexerunt unoanimo Jiidaei in Paulum, et adduxerunt eum ad tribunal, 13 dicentes : Quia contra legem hic persuadât ho minibus colère Deum. i4 Incipiente autem Paulo aperire os dixit Gallio ad Judaeos : Si quidem esset iniquum aliquid, aut facinus pessimum, o viri Judaei, recte vos sustinerem. is 5/ vero quaesiiones sunt de verbo, et nominibus, et lege vestra, vos ipsi videritis : judex ego horum nolo esse. i6 Et minavit eos a tribunali. i7 Apprehendentes autem omnes Sosthenem principem synagogae, percutiebant eum ante tribunal : et nihil eorum Gallioni curae erat.

Au milieu de ses sollicitudes pour Thessalonique, l'Apôtre poursuit durant un an et demi sa prédication à Corinthe. Un instant, l'opposition des Juifs aigrie encore par la conversion de Crispus, l'un des principaux de la synagogue, avait presque déterminé saint Paul à reprendre sa vie errante, lorsqu'il fut, comme nous l'avons vu, rassuré par une vision.

C'était en l'an 726 de Rome qu'Auguste avait divisé en sénatoriales et impériales les provinces de l'empire romain. La province d'Achaïe, capitale Corinthe, était redevenue province sénatoriale, et dès lors gouvernée par un proconsul, àvO-j-âToç, qui nous est connu d'ailleurs.

Une inscription récemment découverte à Delphes (Revue biblique, Janvier-Avril 1913) nous apprend que Gallion était à Corinthe en 52 et 53. Gallion était frère de Sénèque le philosophe, oncle du poète Lucain. Ce que Sénèque lui-même (Epist. C, 4) et Tacite (Ann., XV, 73 ; XVI, 17) nous ont dit de son esprit de douceur et de mesure est exactement conforme au récit des Actes : noms, date, caractère, tout: concorde.

Les Juifs, répétant à Corinthe le coup d'audace qui leur avait réussi à Thessaîonique, se saisirent de l'Apôtre, et confiants dans leur grand nombre, le traduisirent au tribunal de Gallion, sous une accusation de forme ambiguë. « Cet homme, disent-ils, entraîne le peuple à honorer Dieu autrement que ne le prescrit la loi. » Quelle loi ? La loi romaine ? Mais ellt n'avait pris encore aucune disposition contre le christianisme. La loi juive ? Mais quelle pouvait être la compétence de Gallion dans une question de cette nature ? Il eût été facile à l'Apôtre de montrer l'inanité de l'accusation, et sans doute il allait prendre la parole, lorsque l'équité tranquille de Gallion le devança : « S'il s'agissait ici, dit-il aux Juifs, d'une injustice ou d'un méfait, je vous donnerais main-forte selon la loi. Mais dès que ce sont questions de doctrine ou questions de mots (Christ et Messie ne signifiaient rien de clair pour Gallion), ou encore discussions relatives à votre loi religieuse, voyez entre vous. Rien de tout cela n'est de mo!i ressort, je ne m'en occuperai pas. » Et il fit expulser les Juifs de son tribunal. Chassés avec un dédain si peu dissimulé, les Juifs tournèrent leur colère contre Sosthène, un des anciens de la synagogue, et le maltraitèrent dans le tribunal même, sans que Gallion consentît à s'en émouvoir.

Ce Sosthène est-il celui-là même que saint Paul s'es* associé dans l'adresse de la Première aux Corinthiens ? D'autre part, quel pouvait être le grief des Juifs contre lui ? Avait-il comme chef de la synagogue témoigné déjà quelque sympathie pour l'Evangile, et son attitude devant Gallion avait-elle, par sa mollesse, trahi la cause juive ? C'est ce que le livre des Actes ne nous permet pas de dire avec assurance. Il est d'ailleurs d'une sobriété excessive sur ce ministère de saint Paul pendant les dix-huit mois passés à Corinthe : et c'est aux deux épîtres aux Corinthiens qu'il faudra demander quel en fut le succès. Saint Luc est absent ; retenu en Macédoine, il n'a rien su que ce que l'Apôtre lui en a voulu dire, et se borne à nous apprendre, après l'incident de Gallion. que l'Apôtre demeura encore de longs jours à Corinthe.

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