SAINT PAUL A ÉPHÈSE
Même parfois, des essais de contre-façon ne firent que grandir l'autorité de saint Paul. Nous savons que les Juifs usaient de l'exorcisme (Matth., XII, 27) ; et saint Luc nous a appris (IX, 49) qu'à côté même du Seigneur, il était des Juifs qui, sans être ostensiblement de ses disciples, usaient pourtant de son nom pour parler avec autorité aux démons.
L'Apôtre ne faisait rien que par ce nom béni. Des exorcistes itinérants, Juifs de nation, s'emparèrent du procédé, et en usèrent sur les énergumènes pour expulser le démon, au nom, disaient-ils, de ce Jésus que prêche Paul. Parmi eux se trouvaient les sept fils d'.un prince des prêtres du nom de Scévas. Mais il n'est pas permis de tenter Dieu, ni d'aborder des œuvres au-dessus de soi, ni de prétendre commander au diable sans être revêtu des conditions qui sont requises chez l'exorciste, le spiritualîs imperafor. Satan le leur fit bien voir. Un jour que l'adjuration ordinaire lui avait été adressée, il usa de la langue de l'énergumène pour répondre : « Jésus, je le connais, et Paul aussi : mais vous, qui êtes-vous donc ?» Et l'énergumène, avec la fureur du diable qui le possédait, se jeta sur deux des exorcistes, les maltraita si durement qu'ils s'enfuirent de la maison leurs habits déchirés et le corps couvert de blessures.
Le bruit s'en répandit parmi tout ce qu'il y avait de Juifs bt de Grecs à Ephèse : tous furent frappés de crainte, et le nom du Seigneur en fut grandement glorifié. A propos de Simon le magicien, nous avons eu déjà l'occasion de reconnaître la place que la magie et l'occultisme avaient prise dans la société d'alors. Après que le pouvoir du nom de Jésus se fut ainsi affirmé et montré supérieur aux sortilèges de l'ennemi, plusieurs des fidèles qui s'étaient adonnés autrefois aux pratiques de la magie, s'en vinrent avouer et dénoncer leurs erreurs passées. Un grand nombre de ceux qui avaient trempé dans la sorcellerie, afin de montrer la plénitude de leur conversion, remirent publiquement leurs livres, amulettes, et tous instruments de l'art magique ; on estima à 50.000 drachmes d'argent la valeur de tout ce qui fut consigné aux mains de
l'Apôtre, ce qui laisse supposer un développement considérable de la superstition et de l'art occulte. Un immense mouvement religieux se produisit ainsi à Ephèse, et explique l'épisode violent qui, dans la suite, mit fin à la prédication de l'Apôtre.
Mais avant de le raconter, suspendons ici encore le récit des Actes, pour y insérer à sa place naturelle la première épître aux Corinthiens.
PREMIÈRE ËPITRE