‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 10 sur 217 · CHAP. XIX. 7 X TL · texte numérisé non relu

CHAP. XIX. 7 X TL

- trous, qui mérite d’être regardé comme le type de

tous les autres et avait probablement un son analogue à celui de notre clarinette. Enfin, et à l’avant dernier rang de notre orchestre théorique, nous logerons tous les instruments à bocal, tous les cuivres, les ar aines et les buisines 2 qui sont des trompettes aigues ou graves, les cors 3 et les olifants 4 « qui répondent assez bien à notre trompe de chasse », et les graisles enfin 5, qu’on doit peut-être assimiler à nos clairons. Dans un coin, on a gardé une place modeste pour deux musettes et cornemuses, qui figurent ici toute la série des instruments « à réservoir ». C’est bien, et ces instruments doivent en effet jouer un certain rôle dans une orchestration bien comprise ; mais il ne saurait être ici question, comme faisant vraiment partie d’un orchestre, des grandes orgues 6 qu’on sait si bien utiliser

1. Violletle Duc, Dictionnaire, du Mobilier, II, p. 246; Lavoix, 1. c. p. 330. — 2. Les buisines sont sans doute ces trompettes très longues et légèrement cambrées que les sculpteurs placent aux lèvres des Anges dans les représentations du Jugement dernier. — 3. « Sur le cor, qui était de moindres proportions que la buisine », cf. Viollet le Duc, Dictionnaire du Mobilier, II, 256. — 4. Les olifants avaient la forme d’une corne, et étaient parfois très richement sculptés. Voy., sur ces instruments d’ivoire, un Mémoire très intéressant du P. Cahier, au tome II de ses Nouveaux mélanges d’archéologie, p. 35 et ss. Cf. Viollet le Duc, (1. c. II, pp. 295, 296) qui signale le bel olifant de Vezelay porté par un ange, et formule en deux mots toute sa théorie sur l’olifant : « C’était la trompe du noble.» — 5. Voy. Viollet le Duc, 1. c., p. 275. Le graisle menuier, dont il est si souvent question dans nos textes poétiques, « était un cornet que les chevaliers portaient suspendu à l’arçon pour appeler leurs écuyers et valets ». — 6. « Depuis que les Francs avaient emprunté aux Byzantins les orgues au ixe siècle, ils avaient fait de cet instrument leur véritable maître de musique, tant en théorie qu’en pratique... Sa facture cependant n’était pas encore bien avancée: soufflerie primitive mue à grand renfort d’hommes, touches de plus d’un mètre de long vigoureusement enfoncées à coups de poing, tel était le grossier mécanisme de l’orgue à cette époque. De pédales et de pédalier il ne fut pas question jusqu'au xive siècle. » (H. Lavoix, 1. c. p. 333.) Il est assez difficile de préciser à quelle espèce d’orgues nous avons affaire, dans un Compte de Mahaut on date du 26 juin 1319 : « Un menestrel qui joua des orgues à Conflans le jour qu'il y disna. » ( Mahaut , comtesse d’Artois, p. 110.) « L’auditoire

aujourd’hui dans les orchestrations solennelles, ni 1 uvr- «•

meme de ces orgues portatives à courts tuyaux et à clavier « que l’on pouvait porter sur le bras et dont on trouve la figuration sur tant de monuments religieux ou profanes1 ». Il ne reste plus décidément à placer que la « batterie », les timbres qui ressemblent à nos tambours de basque; les nacaires qui sont des timbales; les tabors 2 et les tambourins (seul instrument qui, aidé du galoubet, ait pu lutter victorieusement contre la vielle) et, enfin, toute la gamme claire ou grave, bruyante et cependant charmante, des cloches, clochettes et carillons 3. C’est tout 4.

de ce menestrel, ajoute M. J.-M. Richard, était tel que n’en trouvent plus nos meilleurs chanteurs. Il se composait du Roi, du comte de Valois et de son fils Charles, du comte de Beaumont, du sire de Noiers, d’Aymar de Poitiers, d’Hugues de Châlon et de la suite de ces grands personnages réunis à la table de la comtesse d’Artois. »

1. H. Lavoix, 1. c., p. 335. On trouvera dans le Dictio?maire du Mobilier (II, p. 298), le dessin d’un de ces orgues à la main, du xme siècle. = Le moyen âge a connu, lui aussi, le fléau des orgues mécaniques qui étaient également d’origine byzantine. — 2. Les tambours peuvent être ramenés à quatre espèces : les tabors proprement dits, les tambours de basque et les tambours doubles ou timbales dont il vient d’être question, et enfin les tambourins dont on va parler ( Die tionnoÀre du Mobilier, II, p. 309). — 3. « Généralement le musicien frappait avec un ou deux marteaux sur des cloches de différentes grandeurs qui étaient suspendues devant lui. » (Lavoix, 1. c., p. 341.) V. le fameux chapiteau de Saint-Georges de Boscherville, plusieurs fois reproduit, et notamment par Schultz (1. c. lre éd. p. 430). Cf. le Dictionnaire du Mobilier (II, pp. 254, 255). — 4. Nous ne pouvons citer ici toutes les représentations d’instruments qui abondent et surabondent en tous nos documents figurés. Il y en a qui nous en offrent des « séries » plus ou moins complètes, et ce sont les plus précieux. Tel est, pour les xie-xne siècles, le ms. de la Bibl.nat. lat. 1118, qui provient de Saint-Martial de Limoges (décacorde, f° 110; psalterion, cor ou cornet, f° 111 ; vielle, f° 104 ; flûte, f° 112, trompette, f° 105) ; — tel est, pour le xme siècle, le ms. 212 de l’ancien fonds de Saint-Victor (cornemuse, f° 6 v° et 63 v° ; tambour et flageolet, f° 14 r° et v° ; décacorde, f° 21 v°; vielle, f° 34 r° ; cor ou cornet, f° 64 r° ; flûte, f° 50 v° et 59 r° ; — telles sont, pour le xive siècle, ces sculptures charmantes de la Minstrels gallery à la cathédrale d’Exeter qui représentent tous les instruments de musique joués par des Anges. Encore ici nous ne mentionnons que des types; mais on dressera quelque jour le tablau complet et raisonné de toutes ces représentations scientifiquement classées et clairement cataloguées.

I PAKT.

CHAI*

tvn. ii. L’orcheslre que nous venons de décrire est certai-

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