‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 101 sur 217 · VI. EN ITALIE · texte numérisé non relu

VI. EN ITALIE

païens et chrétiens; tout un monde impossible, vrai rêve d’une cour italienne au xvic siècle, se dresse devant l’esprit qu’il éblouit de ses prestiges, mais pour s’évanouir sans y laisser de traces. Comme poète épique, Bojardo ne peut être pris au sérieux, surtout pour nous qui mesurons la distance entre son échafaudage de théâtre et les vieux monuments de la grande tradition populaire. Sa grande gloire est d’avoir préparé l’Arioste. »

L’Arioste! ceux qui l’aiment passionnément ne sauraient aimer au même degré la Chanson de Roland , et les vrais Rolandiens ne sauraient se passionner à l’excès pour Y Orlando furioso; mais il est équi table, mais il est facile de rendre pleine justice à l’une et à l’autre de ces deux admirables œuvres qui sont si profondément dissemblables et représentent deux époques, deux milieux, deux peuples si divers, pour ne pas dire si opposés. Entre ces rudes barons du xic siècle, chargés de hauberts à double mailles et la tête couverte du heaume à nasal, très abrupts, très simples, très croyants, ne songeant qu’à leurs gros donjons de pierre et à reconquérir le sépulchre du Christ ; entre ces primitifs et les belles cours italiennes du commencement du xvie siècle, très affinées et plus qu’à moitié corrompues, ces femmes magnifiquement vêtues, montant des escaliers superbes ou se promenant indolemment en des galeries qui sont l’œuvre d’un art délicat, s’arrêtant devant le dernier tableau ou la dernière statue d’un maître à la mode, écoutant d’une âme ravie les derniers vers du poète favori, entre ces deux sociétés, entre ces deux mondes, il n’y a rien ou presque rien de commun. Pas n’est besoin de dire ici quel est celui de ces deux aimants qui nous attire le plus vivement. Il n’y a vraiment qu’un Roland qui soit chrétien, qui

I PART. L1VR. If CHAP. XXVIII.

L’Arioste et Y Orlando furioso.

!£!■ ™n- soit français : c’est celui du xie siècle, h' Orlando de

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