‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 102 sur 217 · CHAI*. AA. V · texte numérisé non relu

CHAI*. AA. V

l’Àrioste ne va qu’à l’esprit ; l’autre pénètre au plus profond du cœur.

On ne saurait se faire aujourd’hui une idée du succès de Y Orlando furioso .‘jamais chef-d’œuvre ne fut salué d’une telle acclamation. Il faut tout dire : même après Bojardo, c’était une délicieuse surprise que ce poème aux riches couleurs, à la fois sérieux et ironique, héroïque et moqueur, mythologique et chrétien ; mais toujours classique, toujours idéal, et dont chaque vers, objet d’un long travail, avait été longtemps ciselé avec amour. Mais ce n’est pas à des ciselures qu’il faut comparer cette riche et luxuriante composition: c’est à d’immenses fresques, à des fresques sans fin, brossées par des Véronèse et des Corrège, très chaudes de ton, très mouvementées et surtout très . lumineuses. Quant au sujet, il n’est pas utile d’en parler. C’est une guerre quelconque de Charlemagne contre les païens ; ce sont les amours de Bradamante et de ce Boger qui tient trop souvent la première place dans un poème consacré à Roland; c’est la jalousie et la folie de Roland lui-même. Pour trouver là des éléments français \ il faut faire preuve, non seulement d’une critique aiguisée, mais d’une patience à toute épreuve. Qu’il est loin, le rocher de Rôncevaux où notre Roland tend à Dieu le gant de sa main droite et expire entouré d’anges! Qu’elle est loin, la belle Aude qui, en apprenant la mort de son iiancé, tombe et meurt! Non, cet Orlando furioso n’a décidément rien de français que le nom de son héros, les conceptions légères de notre Table ronde et quelques traits de légende, comme la lutte éternelle contre les Sar-

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