‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 111 sur 217 · VI. EN ITALIE · texte numérisé non relu

VI. EN ITALIE

les histoires de Constantin, de Renaud et d’Ogier » . Il eut l’idée, plus tard, de se mettre à la recherche « de ce dernier représentant d’une littérature éteinte,

et finit un jour par le découvrir . dans un dépôt

de mendicité ». Voyez-vous le Danois, voyez-vous

est consacré aux aventures de la reine Blanchefleur et d’un traître du nom de Macario. Ce poème a été écrit en Italie et y a circulé avec plus ou moins de succès; mais, d’ailleurs, la légende a revêtu là-bas plus d’une forme. L’auteur des Nerbonesi, en ses premiers chapitres (liv. I, chap. ii-vii et x-xn, éd. Isola, pp. 6 et ss.) nous raconte une histoire' qui diffère notablement des rédactions françaises de Macciire ou de la Reine Sibille. Le seul fait d’avoir rattaché ce récit à la geste de Guillaume est tout à fait caractéristique. Les Spagna en vers et en prose ne mettent en relief que l’épisode du traître, et nous aurons lieu plus loin (t. III, pp. 695-697) de placer, en regard l’une de l’autre, les deux affabulations de la Spagna in rima et du Viaggio, en les opposant au poème d’Enenkel.

Roland. Il en a été trop souvent question plus haut, il en sera trop souvent question plus loin, pour que nous en fassions ici l’objet de développements qui seraient excessifs : quelques lignes suffiront. = Le nom et la légende de Roland sont populaires en Italie, selon toute probabilité, depuis le xie siècle, et, à coup sûr, comme en témoignent l’inscription de Népi en 1131 et les statues de Vérone, depuis le xiiô siècle. En cette première période, les poèmes qui sont consacrés à Roland passionnent à la fois les chevaliers et le peuple. Ces poèmes venaient de France ; mais, pour qu’ils fussent plus clairement compris, on leur faisait subir une déformation nécessaire en les italianisant avec plus ou moins d’intensité, et tel est, entre autres, le très célèbre Roland du ms. fr. IV de Venise. On ne s’étonnera point que les Italiens aient transformé dès lors notre héros national en un champion, en un gonfalonier du Pape ; mais on ne s’est pas encore bien rendu compte du motif qui les a amenés à intercaler dès lors une « Prise de Narbonne » dans le Roland. = L’idée de composer eux-mêmes des poèmes sur un tel héros, au lieu d’en demander à la France, cette idée dut venir de bonne heure à ces tributaires de notre poésie : ils en composèrent, en effet, et de là cette Berta e Milone, de là cet Orlandino qui, dans le ms. XIII de Venise, ont pour objet les enfances de Roland. Mais ces Enfances, après tout, n’étaient pas ce qui électrisait les foules, et c’était l’Espagne, c’était la guerre d’Espagne qui attirait tous les regards et enflammait tous les cœurs. L’Espagne, c’était en quelque manière, l’abrégé de Roland, et c’est le nom, ce sont les exploits de Roland que l’on trouve, en réalité, dans toutes ces œuvres que l’on peut confondre sous le nom de Spagna, dans la Spagna in rima, dans la Rotta di Roncisvalle qui en est le remaniement, dans la Spagna en prose et dans le Viaggio di Carlomagno in Ispagna. Malgré cette popularité qui remplit et anime les xive et xve siècles, il était visible que le nom de Roland allait enfin s’éteindre, inglorius , en ces centaines de méchants petits poèmes qui pullulent avant, pendant et après l’éclosion des trois grandes œuvres de Pulci, de Bojardo et de l’Arioste; mais ces vrais poètes Ont revigoüré cette

F aîné des fils cFAimon enfermés au dépôt avec leur ~ infortuné narrateur? M. Fusinato ne se découragea pas et se fit raconter par le bonhomme la Rotta di Roncisvalle 1 . En 1878, Pio Rajna, qui sait chercher, avait encore pu trouver, à Naples, trois « chantehistoires »; mais l’un d’eux, ô décadence, lisait plus qu’il ne contait. Ces cantastorie de Naples, qui vulgarisaient surtout la gloire de Rinaldo, étaient connus des Napolitains sous le nom de Rinaldi 2 ; mais ce n’est pas seulement en Italie que ces conteurs populaires exerçaient leur intelligente industrie. G. Pitré nous apprend qu’en Sicile, on met perpétuellement en scène Renaud, Roland et Olivier sur le teatro delle marionnette (je dois dire que je préfère ces person-

gloire et rallumé cette auréole. Sans doute leur Roland n’est plus notre Roland primitif : il est moins rude et plus fantaisiste, moins héroïque et plus empanaché, moins grand enfin et plus romanesque; mais enfin c’est toujours Roland, le très brave et très français Roland, et l’Arioste lui-même n’a pas osé choisir un autre héros. (Cf. plus loin, notre t. III, pp. 554 et ss., etc., etc.)

Siège de Barbastre. V.? les Nerbonesi, liv. VI, chap. xiv et ss. L’influence est très lointaine, si tant est qu’elle existe.

Siège de Narbonne. Les Nerbonesi nous en offrent une version qui est absolument differente de la nôtre et est peut-être plus ancienne. (Livre II, chap. i-xxxiii, éd. Isola, I, pp. 140 et ss.) Cf. l’analyse que nous en avons donnée, t. IV, pp. 36-38 et 322, 323.

Ugo d’Alvernia, poème franco-italien, découvert par M. A. Graf. Le sujet de ce poème est une mission donnée par Charles Martel à Huon d’Auvergne pour aller réclamer son tribut à Lucifer dans l’enfer, etc. La donnée ne semble pas primitive, et l’on peut se demander si nous avons vraiment à faire à une chanson de geste. Cf. Li un poema inedito di Carlo Martello e di Ugo, conte d’Alvernia, art. de A. Graf, dans le Giornale di Filologia romanza, I, 2, p. 92. Cf. Romania, 1878, pp. 626, 627, et Ad. Gaspary, Storia délia letteratura italianci, I, pp. 107, 108.

Voyage de Charlemagne à Constantinople et à Jérusalem . V. le Viaggio di Carlo Magno in Ispagna, (éd. Ceruti, Bologne, 1871, t. II, pp. 170 et ss.) L’aventure des gabs, dans cette oeuvre italienne du xive siècle, est attribuée au roi de Portugal. Le fonds, d’ailleurs, est le même.

1. Giornale di Filologia romanza, 1883, p. 170, n° 9 (t. IV, fasc. 3, 4; Romania, 1885, p. 303, article de P. Meyer). — 2. Nuova antologia , 15 déc. 1878, art. de P. Rajna : I Rinaldi o cantastorie di Napoli ( Ro mania , 1879, p. 137).

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