‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 113 sur 217 · CHAP · texte numérisé non relu

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xxix aux PaYs germaniques, et deux poèmes allemands, le

- Ruolandes liet et le Willehaim , qui ne sont que des

imitations de nos poèmes français, sont consacrés là- ♦ bas à la gloire de nos deux plus grands héros épiques, de Roland, neveu de notre Charlemagne, et de ce Guillaume Fièrebrace qui mérite d’être appelé le Charlemagne du midi. Elle voyage aux pays néerlandais où l’on admire, où l’on traduit, où l’on imite un plus grand nombre de nos poèmes, mais où, dès la fin du xiiic siècle, une réaction très vive est organisée contre l’influence de nos romans. Elle voyage en Angleterre, où elle fait son entrée au son des clairons normands, de ces buisines triomphales, le jour même de la bataille d’Hastings, et où on n’a eu que le tort de se passionner pour ceux de nos romans qui peuvent être comptés parmi les plus médiocres. Elle voyage dans cette fière Espagne qui prête d’abord une oreille attentive aux chants de nos jongleurs, mais dont l’orgueil ne tarde pas à s’irriter contre ce Roland décidément trop vainqueur et trop grand, et auquel elle oppose un héros de sa fabrication, une sorte de Roland « supérieur au nôtre » et qui en triomphe : Rernard del Carpio. Elle voyage enfin dans cette Italie où tous les savants proclament aujourd’hui, avec une noble loyauté, son influence longtemps méconnue ; dans cette Italie qui a commencé par écouter les jongleurs français, chantant nos poèmes en français; dans cette Italie qui a voulu plus tard, en une langue hybride, mi partie italienne et française, composer elle-même des romans dont la matière était française et français les héros ; dans cette Italie enfin, qui a rejeté décidément notre langue pour ne garder un jour que nos personnages et nos fictions et qui s’est prise à leur consacrer de longs poèr

mes en ottaverime, qui devaient un jour aboutir, dans ,PART- LIVR’ n

une vraie splendeur de poésie et d’art, aux chefs- -

d’œuvre immortels de Bojardo et de l’Arioste.

L’Épopée française est surtout populaire en France.

Tous nos personnages épiques y sont partout célèbres; mille proverbes amènent sans cesse leur souvenir dans tous les discours, dans toutes les conversations, sur toutes les lèvres; les murs des palais et des maisons, les ameublements et les bijoux, reçoivent les images glorieuses des Roland, des Renaud, des Ogier et des Charlemagne ; les enseignes immenses, qui donnèrent longtemps un si singulier aspect aux rues de nos villes, offrent aux yeux les mêmes images de ces illustres et légendaires chevaliers; les auteurs de Mystères jettent sur la scène ces grands personnages de notre épopée nationale dont la seule apparition provoquait sans doute de longs et frénétiques' applaudissements. On visite en pleurs les tombeaux plus ou moins authentiques de Turpin, de Roland, de Guillaume, et nos paysans dans leurs veillées se racontent avec un enthousiasme effrayé les grands coups d’épée des douze pairs. Les sermonnaires eux-mêmes ne craignent pas de citer comme exemple à leurs auditeurs, aux hommes désordonnés et aventureux des xive et xv° siècles, la vaillante austérité de Roland et d’Olivier. Leurs noms courent partout, dans les campagnes, dans les villes, depuis le Rhin jusqu’aux Pyrénées comme aussi depuis les glaces de l’Islande jusque sous les cieux torrides de la Sicile. Et un jour, quand on inventera ces petits morceaux de carton peint, ces cartes qu’on a fait servir depuis lors à de si puérils et de si détestables usages, on y gravera la représentation de Charles et celle de notre Ogier, en sorte qu’aujourd’hui même, au milieu de nos distractions les

1 chap.xS.11' P^us banales, nous pouvons contempler la trace visible de la gloire de ces héros et de la popularité de nos vieux poèmes.

Décadence future. Telles étaient aux xnc et xmG siècles, telles devaient être plus tard encore les conquêtes et les gloires de l’Epopée française.

Mais, hélas ! dans ces conquêtes et dans ces gloires elles-mêmes, il était facile de découvrir les symptômes alarmants d’une décadence prochaine, d’une irrémédiable décadence.

Il est trop clair que les poètes contemporains de saint Louis (je parle des épiques) n’ont déjà plus ni originalité, ni idées. Les uns se contentent de remanier péniblement quelque vieux roman qu’ils prétendent rajeunir, et qu’ils profanent. Les autres, plus hardis, imaginent de donner aux antiques chansons des Prologues inattendus ou des Suites invraisemblables. Mais ce qu’il y a de plus attristant, c’est que, même dans leurs œuvres prétendues nouvelles, il n’y a effectivement rien de nouveau. Ce n’est pas là de la poésie, mais de la marqueterie. Ils ont devant eux, ces médiocres, ils ont une vingtaine de pièces ou de machines prétendues poétiques dont ils se contentent de changer la place en chacun de leurs romans : c’est un traître qui ourdit un complot ; c’est une jeune effrontée qui a des impudeurs aggressives; c’est encore une bataille interminable contre les mécréants, une embuscade dans un bois, un emprisonnement de quelque baron chrétien dans quelque horrible cachot dont il ne sortira que grâce à l’amour sensuel de quelque princesse sarrazine. Puis, c’est tout, et ce n’est rien.

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