SYMPTOMES DE DÉCADENCE
La différence entre Fart et l’industrie, c’est que l’art crée un objet unique, et que l’industrie multiplie un même objet mille et dix mille fois. Ëh bien! nos vieilles chansons des xi° et xnc siècles étaient de l’art : celles-ci ne sont que de l’industrie.
Le style lui-même devient aussi médiocre que le fond et tourne à la formule. C’est toujours l’ancien style national, mais qui s’est figé. On se préoccupe à l’excès de la disposition des mots et de la sonorité des rimes. Une sorte de « décadisme » avant l’heure.
Puis, on abuse visiblement des généalogies cycliques, et l’on enrégimente de force chaque roman dans une geste d’où il lui est défendu de sortir. C’est de l’administration, ce n’est plus de la vie.
Mais le pire mal est dans les idées dont nos poèmes sont le reflet. Sous l’influence des romans de la Table ronde, une sorte de chevalerie de théâtre commence à remplacer la vieille chevalerie austère et rude. Si l’on aimait jadis les coups de lance et d’épée, c’était surtout pour la cause, mauvaise ou bonne, au service de laquelle on les mettait; mais voici qu’on commence à les aimer par esprit de parade et pour eux-mêmes. Ce qui passionne, c’est l’aventure, et la guerre n’apparaît plus que comme un tournoi. Le luxe, d’ailleurs, fait d’effroyables progrès, et il y a un sensible amoindrissement de virilité dans les âmes les plus fortes. Vienne l’horrible guerre de cent ans, et tout sera perdu, jusqu’à l’amour du cher pays de France, jusqu’à l’esprit de moralité dans les actes humains, jusqu’au sens même de la justice. Quelles épopées voulez-vous qu’on écrive au milieu d’une pareille époque, et n’est-ce pas un miracle que Cuvelier ait pu consacrer à Du Guesclin une véritable, une dernière chanson de geste? Jeanne d’Afc qui était mille