‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 115 sur 217 · SYMPTOMES DE DÉCADENCE · texte numérisé non relu

SYMPTOMES DE DÉCADENCE

fois digne d’inspirer une véritable épopée, Jeanne n’a pas été aussi heureuse que Bertrand ; mais elle aura mieux, et sera sainte Jeanne.

Au reste, l’épopée ne vit que de légende, et les siècles où nous allons entrer ne croiront plus à la légende. Les siècles du chant ont fait place à ceux de l’écriture. L’histoire est née, et l’on sait que, dès

que l’Histoire paraît à une porte, l’Epopée sort par l’autre. La critique est née aussi : donc, plus de candeur. Le peuple restera longtemps crédule, mais les nobles et les riches vont devenir rapidement sceptiques. Est-ce qu’ils pouvaient sincèrement aimer le Roland, les lecteurs raffinés de la Rose, les lecteurs gouailleurs des fableaux. On est épouvanté quand on lit le Renart : c’est du Voltaire, disions-nous plus haut, et l’on peut affirmer qu’après une telle œuvre, il n’y avait plus d’épopée possible en France. Les bourgeois malins des xive et xvc siècles devaient rire de Durandal, surtout à Paris, et l’on peut dire qu’avant d’être écrit par Cervantes, Don Quichotte fut écrit tout au long dans le cerveau sceptique de nos pères. Cervantes, aussi bourgeois dans son œuvres qu’il fut chevalier dans sa vie, n’a fait que donner une forme immortelle à toutes les railleries des bourgeois contre la chevalerie et contre la poésie chevaleresque.

La grande cause de la mort de notre épopée, c’est le commencement du scepticisme, c’est l’avènement de la critique moderne.

L’Église a survécu, parce qu’elle est divine ; mais nos pauvres épopées n’avaient rien de divin : elles sont mortes.

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