‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 122 sur 217 · IV. CHARLEMAGNE A JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

IV. CHARLEMAGNE A JÉRUSALEM

1° Le pèlerinage de Jérusalem ( Karls reise. 2°Galiens li restorés (éd. Stengel, pp. 3 et 4). éd. Koschwitz, vers 98 et ss.).

Orevaitl’Emperere od ses granz cumpagnies.. E brochent à la tere u Deus reçut martirie. Veient Jérusalem, une citet, antive.

Li jurz fut bels e clers : herberges unt pur-

[prises

E vienent à 1’ mustier : offrendes i unt mises. As herberges repairent les fières cumpagnies. ★

Mult est genz li presenz que Carlemaigne i

[offret.

Entrât en un mustier de marbre peint à volte. Là en z at un alter de sainte paternostre : Deus i cantat la messe, si firent li Apostle,

E les duze caeres i sunt tûtes uncore.

La trezime est en mi, bien seielée e close. Carlemaigne i entrât, bien out à l’ coer grant

[joie.

Cum il vit la Caere, icele part s’aprocet. L’Emperere s’asist, un petit se reposet ;

Li duze Per as altres envirun e en coste. Ainz n’i sist alcuns hoem, ne unkes puis

[uncore.

Mult fut liez Carlemaigne de cele grant beltet: Vit de cleres colurs le mustier peinturet,

De martirs e de virgenes ede granz majestez,

Quant en Jherusalem la cité seigneurie Fu Charlez et Roulant de France la garnie, Olivier et duc Naymes et l’autre baronie,

Là où virent l’eglise, s’en vont celle partie. Les liuys treuvent fermez, la porte verroulie: « He Dieu ! dist l’Empereur, fils à saincte Marie, « J’ayla terre de France, de Champagne et

[de Brie,

« De Flandre et d’ Alemaigne pour venir cy

[laissie,

« Pour vous venir requerre, et pour ce je

[vous prie

« Qu’à cestc saincte eglise, par vostre courtoisie,

« Vous me laissés entrer et vostre baronnie. » Dieu ouy sa priere, de ce n’en doubtez mie. Les portes vont ouvrir tout à sa commandie. Lors entrent en l’eglise qui fu belle et jolie ; Là ot .xu. chaeres faictes par grant maistrie. Avec les .xu. fu la xut° establie :

Ce fu celle où Dieu sist qui vint de mort à vie Celle belle chaere que j’ay ja annoncie Encontre Charlemagne maintenant s’umilie Et Charlez s’i assist qui Dieu du cuer mercie Pour la belle miracle que Dieu fist celle fie.

Or fut li Emperière dedens l’eglise entrez

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Mais il y a d’autres compilateurs, moins séniles, et nu

qui s’attachent seulement à écrire un résumé succinct et clair de certaines œuvres de leurs contemporains ou de leurs devanciers. Ils ne pillent pas les vers des autres : ils les refondent, les délaient ou les abrègent.

Tel est ce Girart d’Amiens, qui écrivait durant les Le cimriemagne premières années du xivc siècle et qui est l’auteur Gir^tn^,^ens d’un Charlemagne que nous avons pu naguère signa- des ' c o mpha ains . 1er comme le type exact de ce genre de compilations.

Ce Girart était bien l’une des plus pauvres et des plus étroites cervelles de son temps. Si le mot médiocre n’existait pas en notre langue, il faudrait le créer au bénéfice de Girart. Ce méchant versificateur eut cependant une fortune qu’il ne méritait pas. Il fut, à tout le moins, bien servi par les circonstances, et c’est à lui que l’on confia le soin d’écrire envers toute la légende de Charlemagne, éparse en vingt chansons, et dont

E les curs de la lune e les festes anvels,

E les lavacres curre e les peissuns par mer. Caries out fier le vis, si out le chief levet.

Uns Judeus i entrât, ki bien Tout esguardet. Cum il vit Carlemaigne, cumençat à trembler : Tant out fier le visage ne l’osat esguarder.

A poi ke il ne chiet, fuiant s’en est turnez E si muntet d’eslais tuz les marbrins degrez E vint à 1’ Patriarche, prist l’en a à parler :

« Alez, sire, à 1’ mustier pur les funz aprester. « Or en dreit me ferai baptizier e lever.

« Duze cuntes vi ore en cel mustier entrer) « Avoec els le trezime, une ne vi si furmet. « Par le men escientre, ço est meïsmes Deus. « Il e li duze Apostle vus vienent visiter. » Quant l’ot li Patriarches, si s’en vait cunreer E out mandet ses clers en albe la citet,

Il les fait revestir e capes afubler ;

A grant proccssiun en est à 1’ Rei alez. L’Emperere le vit, si’ st encuntre levez,

E out trait sun capel, parfunt l’at enclinet. Vunt sei entrebaisier, nuveles demander,

E dist li Patriarches : « Dunt estes, sire, nez? « Unkes mais n’osat hoeni en cest mustier

[entrer,

« Se ne li cumandai u ne li oi ruvet.

« — Sire, jo ai nom Caries, si sui de Franco

[nez. »

Et tous les .xii. Pers environ en tous lez, Chascun en sa chaere de renc en renc posez. La couronne et les cloz dont Dieu fut couronnez

Eust en devocion requis et aourez.

Leur offrande y ont faicte de fin or esmerez ; Mais quant le Patriache ot les mos escoutoz Que Sarrazins lui ont et dit et devisez, Legiôrement s’en est vers le sépulcre alez A grant procession de prestres ordonnez. Quant le voit l’Emperière, contre lui est levez Et tous les .xii. Pers sont vers lui enclinez. Lors a le Patriache Charles araisonnez :

« Sire, dist il au Roy, moult par estes osez « D’estre céans entré, quant congié n’en avez « N’à moy n’àmez prelasn’ànul de mes privez. <l Dont venez ? où alez ? de quel terre estes

[nez ?

« Et cornent avez nom ? Ne me soit pas celez. « — Sire, dist Charlemagnes, assez lost le

[sçaurez

« Je suy roy des François : Charles suis

[appeliez. »

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i part. uvR.ni. l’un des hommes les plus illustres de la France voulait ~ posséder le magnifique et incomparable ensemble.

Le comte de Valois, qui joua un rôle si considérable sous le règne de son frère Philippe le Bel, ce capitaine général des armées chrétiennes que la grande âme de Benoît XI voulut mettre un jour à la tête d’une nouvelle et décisive croisade, et qui faillit un instant devenir empereur de Constantinople; cet ambitieux, qui put se croire appelé à jouer le rôle de Charlemagne, voulut un jour posséder dans sa bibliothèque la vie de son modèle et chercha autour de lui un poète pour l’écrire. Ce qu’il souhaitait, sans se l’avouer, c’était l’histoire poétique, c’était la légende de Charlemagne. Girart d’Amiens fut présenté au comte de Valois et reçut, quoique indigne, cette importante commande1. Oui, commande : le mot est des plus justes. Aux époques de décadence, on fait faire un poème comme un habit, et la versification devient un commerce.

Girart se mit à l’œuvre et dut tout d’abord se livrer à un travail préparatoire : il réunit un certain nombre de chansons ou de chroniques plus ou moins fabuleuses que la lecture attentive de sa triste compilation nous permet aujourd’hui de reconnaître et d’énumérer : c’étaient surtout Mainet , les Enfances Rolant, Ogier , Aubry le Bourgoinq, la légende latine du Pèle-

1. « Et ce dist sains Lyons qui nous en est garans — Qui de Challon sot bien touz les fez apparans — Par quoi decrez en fist qui nous est descleirans — Les fez que Challes fist : traiz est en ce romans. — Et

EST FAIT AU COMMANT AU FRERE AU ROY DES FRANS, — Le CONTE DE

Valois, qui estre ramembrans — Veut de si nobles fez où touz est apendans — Le bien de toute honneur en touz bons convenans. — Et ge, Gyrart d’Amiens, qui tout sui desirans — De fere son plesir de cuer liez et joians, — Ai fet cest livre ci dont fet me fu commans. » (Bibl. nat., fr. 778, f° 143 r°.) — « Et moi, Gyrart d’Amiens, qui toute l’ordenance — Ai es croniques pris qui en font ramembrance — Par

LE COMMANDEMENT LE FRERE AU ROY DE FRANCE — Le CONTE DE VALOIS,

ai pris cuer et plesance — De recorder les fez Challon. » (Ibid., f° 169 r°).

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rinage à Jérusalem et la Chronique de Turpin. Il cite la 1 ™;ÎAp™' m Chanson des Saisnes , mais ne s’en sert pas et y renvoie bonnement son lecteur. Comme on le voit, ce premier travail fut mal fait. Un compilateur intelligent eut — autant du moins qu’il l’aurait pu, — utilisé Aspremont, Fierabras, Renaut de Montauban , le texte original ou les remaniements du Rolant, Huon de Bordeaux, les Saisnes et le Couronnement Looy s 1 . Le pauvre Girart ne voulut pas sans doute se donner autant de peine, et en fut puni. On lui avait commandé un long poème, et l’infortuné ne tarda pas à s’apercevoir qu’il n’en possédait pas les éléments. Que fit-il? Il prit le parti héroïque de mélanger, dans une œuvre hybride, les annales et les chansons de geste, la légende et l’histoire, et mit vaillamment son projet à exécution.

Il traduisit en mauvais vers la bonne prose des annalistes de Charles et la poésie vigoureuse de notre antique épopée, et résolut le problème de rester à la fois au-dessous de l’histoire et au-dessous de l’épopée. On n’a jamais gâté plus pitoyablement un sujet aussi magnifique, et l’on ne peut lire sans colère une aussi irritante et intolérable rapsodie.

Elle est divisée en trois livres, cette compilation sans lumière et sans vie. Le premier est aux trois quarts fondé sur la légende ; les deux tiers du second sont historiques ; tout le troisième est légendaire ; mais une telle constatation est insuffisante autant que sèche, et une analyse exacte peut seule donner quelque idée de ce singulier mélange 2. Une compi-

1. Il est vrai qu’il y a une lacune dans son poème entre les fos124et 125 du ms. 778. — 2. C’est cette analyse que nous voulons ici donner à nos lecteurs. Nous avons imprimé en italiques tous les éléments légendaires de la compilation de Girard ; en romains tous les éléments historiques (qui sont d’ailleurs plus ou moins exacts). Plus loin (III, pp. 30-52) nous publions un résumé plus étendu sous une forme plus littéraire.

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GHAP. I.

Les Nouveautés et les Suites.

lation de ce genre, ingénieusement conduite, eut été du plus haut prix pour les érudits modernes qui ont tant de peine à combler aujourd’hui les vastes lacunes de notre répertoire épique. Il est vraiment regrettable que le comte de Valois n’ait pas eu la main plus heureuse.

Nous avons dû plus haut établir une distinction entre nos romans de la décadence qui sont de vérita-

Premier livre. Prologue où Girart d’Amiens se nomme et expose le sujet de son poème (f° 22 v°, 23 r°). — Naissance et éducation de Charles (f° 23 r°). — Les deux bâtards de Pépin , les deux fils de la Serve , perdent leur mère qui leur lègue de grandes richesses dont ils se servent pour se créer un parti (f°23 r°). — Cour tenue par Pépin à Orléans (f° 23 v°j. — Les deux serfs, Heudri et Pain f roi, empoisonnent Berte aux grans piès (f° 24 r°), et Pépin meurt lui-même, empoisonné par eux (f° 24 r°). — C’est à eux cependant qu’est confié le gouvernement du royaume (f° 24 r°). — Premier complot des deux serfs contre Charles, qui est sauvé par Milon d’Ayglent (f° 24 v°). — Second complot d’ Heudri et de Rainfroi qui veulent attirer le jeune Charles à Reims sous prétexte de l’y faire couronner (f° 24 v° — 27 r°). — Charles est une seconde fois sauvé : dévouement de David au jeune prince (fo 27 r° — 30 r°). — Le fils de Pépin s’enfuit en Espagne et trouve un asile à Tolède chez le roi païen Galafre (f° 30 r° et v°). — Premiers exploits de Charles, qui a pris le nom de Mainet. Ll tue l’amiral Bruiant, ennemi du roi Galafre (f° 30 vü. — Mainet est fait chevalier (fi> 35 r° et v°). — Guerre contre Braimant qiti a demandé en mariage la belle Galienne, fille de Galafre (35 v°, — 38 r°). — Amours de Galienne et de Mainet (38 r° — 41 r°). — Mainet tue Braimant (f° 46 v°). — Le secret de la naissance de Mainet est révélé à Galafre; il est reconnu pour Tlioir de France, et épouse Galienne (f° 49 r° — 50 v°). — Haine de Marsile, fils de Galafre, contre Mainet; il essaye de le tuer dans une embuscade (f° 50 v° — 55 r°). — Expédition de Charles contre les Sarrasins qui assiègent Rome (f° 55 r° et v°). — Victoire de Charles ; son triomphe à Rome (f° 55 v°, — 60 r°). — R traverse la Toscane et la Lombardie ; il arrive en France, et s’arrête à Lyon (f° 60 v° — 61 r°). — Il reconquiert tout son royaume usurpé par les fils de la Serve (f° 62 r° — 66 r°). — Il est enfin seul roi de France (f° 66 r°). — Mort de Galienne. — Ici s’achèvent les Enfances Mainet (f° 65 v°). — Le poète aborde le récit historique de la vie de son héros. — Règne de Carloman conjointement avec Charlemagne; guerre contre le duc d’Aquitaine Hunault; premières expéditions contre les Saxons; mariage de Charles avec la fille de Didier, roi des Lombards ; mort de Carloman (66 v° — 69 r°).

Second livre. Le pape Adrien appelle Charles à son secours Expédition du roi de France contre les Lombards. — Didier vaincu Charles à Rome (f° 71 r° et v°). — Prise de Pavie, soumission de Didier

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blés Suites et ces autres œuvres, qu’il est permis, avec 1 ,n-

un peu de complaisance, de regarder comme de véri- — -

tables Nouveautés. Cette, classification a sa raison d’être, et nous la devons maintenir; mais on comprendra sans peine qu’au point de vue littéraire, ces prétendues Suites et ces soi-disant Nouveautés ont absolument le même caractère, le même agencement, le même style. Voici, d’une part, Bauduin de Sebourc que nous étudierons tout à l’heure comme le type exact de toutes les Suites, et dont l’auteur a eu, en

(f° 72 r°). — Les Saxons se révoltent; ils brûlent les églises. — Apparition miraculeuse de deux Anges qui mettent en fuite les païens (f° 72 v°). — Guerre contre les Saxons (f° 72 v°, — 78 r°). — Charles prend ses quartiers d’hiver à Aix-la-Chapelle ; son mariage avec Hildegarde (f° 72 v°). — Nouvelle guerre contre les Saxons (f° 73 v°). — Les Lombards se révoltent et sont une seconde fois soumis (f°75 v°). — La guerre recommence contre les Saxons; première apparition de Guitequin (Witikind). — Baptême des Saxons : Guitequin en Danemark (f° 75 v°, — 76 v°). — Mort du roi Galafre (f° 77 r°). — Expédition de Charles en Espagne; prise de Pampelune et de Saragosse. L’arrièregarde des Français est surprise par les Gascons et par eux taillée en pièces. Châtiment terrible des Gascons (f° 77 r° — 78 v°). — Soumission de la Saxe (f° 78 v° — 80 r°). — Charles demande raison au roi de Danemark, qui a donné asile à Guitequin : Godefroi se soumet au roi de France et lui laisse son fils Ogier comme otage (f° 81 r°). — Ogier le Danois chez le châtelain de Saint-Omer ; ses premières amours (f° 81 r° etv°). — Guerres contre les Saxons et contre les Esclavons (f°81 v°— 83r°).

— Charles donne la Lombardie à son fils Pépin, l’Aquitaine à son fils Louis (f° 83 v°). — Nouvelles expéditions contre les Saxons ; contre Tassillon, duc des Bavarois; contre les Bretons, les Huns, les Esclavons (f° 83 v°, — 87 r°). — Charles refuse sa fille à l’empereur Constantin de Constantinople et bat les troupes grecques (f°87 r°, — 88 r0). — Révolte contre Charles d’un de ses bâtards nommé Pépin (f° 89 r°). — Guerres contre les Saxons, les Esclavons, les Sarrasins d’Espagne et les Huns (f° 89 r°, — 91 r°). — L’évêque de Bordeaux, ayant erré contre la foi, est brûlé vif (f° 91 r°). — Voyage de Charlemagne à Rome : l’impératrice Hélène lui envoie de magnifiques présents (f° 91 v0.— Mort du pape Adrien, élection du pape Léon (f° 92 v°), qui est attaqué dans Rome et délivré par Charles (f° 92 v° — 93 r°). — Nouveau voyage à Rome: Charles couronné empereur. Les Romains crient : «Vive Auguste César » (f° 95 r°). — Expédition en Espagne ; prise de Barcelone (f° 96 r°,

— 97 r°). — Le roi de Perse envoie une horloge à l’empereur de France; guerres contre les Saxons et les Huns (f° 97 r°, — 99 v°). — Expédition de Pépin contre Gênes et Venise ; sa mort; guerres de Charles contre les Grecs et les Bretons (f° 100 r°, — 104 v°). — Concile: canons touchant la divinité de Jésus-Christ et la grâce (f° 104 v°). — Adoption de la liturgie romaine (f° 104 v°). — Construction de la chapelle d’Aix (f° 105 r°). —

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I PART. LIVR. III. effet, la prétention de compléter le geste du Cheva-

- lier au Cygne; et voici, d’autre part, Hugues Capet et

Charles le Chauve que nous choisirons, si vous le voulez bien, comme les types classiques de tous les romans « nouveaux » des xivc et xvc siècles. Entre ces diverses chansons, la ressemblance est frappante ; elle est complète. Il y a, je le veux bien, plus de talent dans les unes que dans les autres; mais les procédés de fabrication ne diffèrent pas, et il semble que les ouvriers aient travaillé dans le même atelier, sous

Traité de paix entre Charles et Nicéphore (f° 106 r°). — Les cinq grands Conciles (f° 107 r0).— Charles associe à l’Empire son fils Louis ; les Normands (f° 107 r° — 109 \°). — Légende des moines de Tours (f° 110 r°). — Mort de Müon d’Ayglent; Charles va rendre visite à sa sœur; première apparition du petit Roland, fils de Müon et neveu de l’Empereur , qui tue les veneurs et bat les huissiers de son oncle (f° 110 r°, — 112 v°). — Seneheut, fille du roi de Bavière et mère du duc N aimes (f° 113 r° et v°). — Institution des douze Pairs (f° 113 v°). — Mort de Guitequin (f° 113 v°). — Mention d’un frère de Roland, nommé Baudouin (f° 114 r°). — Le roi pàien Corsuble débarque en Sicile et menace Rome; le Pape appelle l’Empereur à son secours (f° 114 r°). — Naimes fait sortir Ogier de Saint-Omer ; guerre contre Corsuble; exploits d’ Ogier ; sa lutte contre Banemont ; sa victoire. — Bataille dernière ; Charles tue Corsuble, et Rome est délivrée (f° 114 v°, — 120 r°).

— Règne de Naimes en Bavière (f° 121 r°). — Portrait de Charlemagne (f° 121 r°). — Jérusalem est prise par les Sarrasins ; ses habitants sont massacrés ; les saints lieux sont profanés. Charles part avec Turpin à la tête d'une armée de croisés, passe par Constantinople, traverse l’Asie et met le siège devant Jérusalem (f° 121 r°, — 124 r°). Lacune...

Troisième et dernier livre. Saint Jacques apparaît à Charles dans un songe ; le « Chemin de saint Jacques » (f° 125 r°). — Charlemagne part pour l’Espagne et met V Aragon « en feu et en charbon » (f° 125 v0)- — Prise de Barcelone, siège de Pampelune (f° 125 v° — 126 r°). — Les murs de Pampelune tombent comme ceux de Jéricho (f°126r°). — Siège deLuiserne « qui est fondue comme plomb (f° 126 v°). »

— Charles revient à Saint-Denis (f° 127 r°). — Puissance d’Agolant en Espagne; nouveau départ de Charles; tous ceux qui ne voudront pas le suivre seront réduits en servage (f° 127 r° et v°). — Première bataille entre Agolant et Charles ; Agolant vaincu se fortifie dans Pampelune (f° 127 v°, — 129 v°). — Charles à Pampelune (f° 129 v°). — Episode du chevalier qui laisse tout son bien à son ami pour le distribuer aux pauvres ; châtiment du mauvais dépositaire (f° 129 v°, — 130 v°). — Agolant rassemble une nouvelle armée; chrétiens et infidèles combattent par champions; défaite des païens (f° 130 v° — 131 r°J. — Une bataille générale s’engage ; Agolant vaincu s’enfuit jusqu’à Agen (f° 131 v° — 133 r°). — Il est forcé d’ abandonner Agen (f° 133 v0)- —

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la direction d’un seul et même maître. Encore lin coup, c’est de l’industrie plutôt que de l’art.

Hugues Capet, qui (malgré certaines opinions toutes récentes) nous apparaît dans l’histoire comme un prince intelligent et habile, n’était pas, à vrai dire, un personnage épique ; mais ce fondateur de la troisième race de nos rois pouvait être et fut, en effet, populaire pour d’autres motifs. Une légende, née avant Dante et la Divine Comédie, mais qui ne remonte guère plus haut, le représentait comme le fils d’un boucher. Quel que fût l’inventeur, quelle que fût l’antiquité de cette fable, la bourgeoisie parisienne ne s’en montra pas médiocrement flattée. Or, cette bourgeoisie était puissante au xiv° siècle ; surtout, elle était riche. Pour encenser la puissance et la richesse, les poètes n’ont jamais manqué : il s’en rencontra un pour chatouiller agréablement la vanité des bourgeois de Paris en pre-

Miracle des lances qui fleurissent (f° 134 v°). — Grand combat à Taillebourg ; Agolant vaincu se réfugie à Saintes (f° 135 r° et v°) — d'où il se retire, vaincu (f° 136 r°). — Nouvelle expédition de Charles contre Agolant, qui s’est une seconde fois enfermé dans Pampelune (f° 137 r°).

— Longue dispute théologique entre Agolant et Charles (f° 137 r° et y0). — Agolant vaincu refuse de se convertir pour le même motif que Marsile dans le roman d’Anséis de Carthage (f° 139 r°). — Dernière bataille; défaite et mort d’ Agolant (f° 140 r°). — Miracle des croix vermeilles, qui désignent les chevaliers français destinés à mourir le lendemain; ils essayent en vain d’échapper à la mort (f° 142 r° et v°).

— Les Sarrasins taillés en pièces (f° 143 r°). — « Comment Rolla?is se combattit à Ferragus de Gadres » (f° 143 r° — Bataille sous les murs de Cordres ; prise de cette ville (f° 151 r° et v°). — Église fondée à Compostelle (f° 152 v°). — Guerre contre Marsile; trahison de Ganelon; Roland à Roncevaux ( Girart d’Amiens suit la Chronique de Turpin, et conduit près de Roland agonisant le jeune Baudouin , son frère). Mort de Roland; représailles de Charles; châtiment de Ganelon (f° 154 r°). — Expédition de Charles contre les Saxons; le poète renvoie ses lecteurs à la Chanson des Saisnes (f° 165 r°). — Tristesse de V Empereur depuis Roncevaux (f° 166) — Mort de Turpin (f° 167). — Dernières années de Charles, son testament, sa mort d’après la Chronique de Turpin (f° 164-168 r0).— Cf. l’excellente analyse de Gaston Paris, en son Histoire poétique de Charlemagne (p. 471 et ss.)

Hugues Capet considéré comme le type des

« Nouveautés ».

428 LES DERNIERS ROMANS EN VERS

nant le fils de boucher , le boucher devenu roi, pour le héros d’une de nos dernières chansons de geste. 'Nous voilà bien loin de la Chanson de Roland et de la noble inspiration qui nous valut ce chef-d’œuvre immortel.

Tout le poème, d’ailleurs, répond bien aux préoccupations de l’auteur d 'Hugues Cctpet et au caractère de l’époque où il vivait. Le héros de ce roman, comme l’a fait remarquer son trop spirituel éditeur, est une sorte de Henri IV aussi paillard que courageux, « un roi, ajoute-t-il, comme on les aime en France ». Nos goûts ont changé.

Hugues nous apparaît comme le parlait modèle de ces mauvais gentilshommes qui pullulaient déjà au xive siècle et pensaient racheter cinquante adultères et la ruine de cent créanciers par quelques beaux coups d’épée et par les excès d’un courage mal dépensé. Fils du sire de Beaugency et « petit-fils » d’un boucher, il refuse énergiquement de se livrer au commerce maternel, déclare (comme Vivien et Hervis de Metz) n’aimer que les femmes et les lévriers, et se fait donner de beaux florins par son oncle, le boucher Simon. Il commence dès lors à courir le monde, où il met à mal je ne sais combien de pauvres filles. Sa morale est des plus accommodantes : c’est celle d’Ovide qui se résume en deux mots : « Vive l’amour. » Ce libertin cynique fait montre de son libertinage : « Si l’une me repousse, dit-il, l’autre « m’accueillera. L’amour, c’est le paradis. » Après avoir quelque temps promené ses loisirs de Lovelace et de don Juan à travers le Brabant et le Hainaut et y avoir à peu près déshonoré toutes les femmes, il arrive à Utrecht où il séduit la cousine du Boi, et où, sans l’intercession de la Beine, il eut été condamné à mort. D’étape en étape, il fait enfin sa rentrée à Paris

LES DERNIERS ROMANS EN VERS. 429

où l’empereur Louis vient d’être empoisonné par le 1 PAl£;Ap™‘ 1 comte Savary de Champagne. L’impératrice Blanche- tlor reste, avec sa fille Marie, 'seule et sans défense, au milieu d’ennemis puissants et d’incertains amis.

Mais Hugues n’est-il pas là? A force de courage, il conquiert dans Paris une incomparable popularité, sauve plusieurs fois la grand’ville plusieurs fois menacée par les Bourguignons et les Allemands, remporte d’éclatantes victoires et se fait aimer de la jeune Marie qui ne veut pas d’autre époux que lui. C’est ainsi — à travers cent épisodes où il serait inutile de se perdre — c’est ainsi que ce petit-fils de boucher, ce neveu de boucher, ce demi-bourgeois, ce demi-vilain monta sur le trône de France en véritable parvenu, aux applaudissements de la bourgeoisie et du peuple qui criaient : « Paris, Paris à Hugues « Capet ! » On oublia ses bâtards et ses dettes. Il eut Paris, il eut la France, il fut l’aïeul de Saint-Louis.

Tel est dans son essence, ce poème singulier dont il est aisé de saisir la physionomie véritable ; œuvre de parti, qui fut peut-être payée par la bourgeoisie de Paris, et qui en tout cas fut composée pour elle et servit ses intérêts. Plus d’un gros marchand dut en réciter les vers, d’un air narquois, sous le nez des barons de son temps : « Et nous aussi, nous avons « fait un roi. » Mais c’est le caractère du héros qui est la marque la plus certaine et le véritable stigmate de cette poésie de la décadence. Se figure-t-on un héros d’épopée chargé de dettes et poursuivi par ses créanciers tout comme un libertin de la Régence ou un vulgaire débauché de notre fin de siècle ?

Malgré tout, il y a, dans cette fausse chanson de geste, une certaine originalité qu’on trouve rarement ailleurs, et c’est pourquoi l’on ne saurait y voir une

LES DERNIERS ROMANS EN VERS

1 PA™1V?‘ m* œuvre qui donne exactement la mesure de tous les

poèmes du même temps.

Analyse détaillée Si l’on veut connaître la véritable moyenne de ces Charles très médiocres romans, c’est Charles le Chauve qu’il

le Chauve 1 *■

iÆSnUty?eSpîus lire et dont d importe d’offrir ici le résumé excompiePt!us à nos lecteurs \

1. Nous donnons ici, d’après l'Histoire littéraire (XXVI, pp. 94-125), cette analyse détaillée de Charles le Chauve pour remplacer le résumé inexact et insuffisant que nous avions publié dans notre première édition.

Le roi de France, Clotaire, meurt un jour sans laisser d’enfants. Or, il y avait en ce temps-là un roi de Hongrie, appelé Melsiau, qui était païen. Dieu envoie un Ange aux douze pairs de France : « Ne donnez « pas, dit-il, un successeur à Clotaire. Attendez Melsiau qui recevra « un jour le baptême et prendra le nom de Charles le Chauve. C’est le « roi choisi par Dieu. » Les douze Pairs sont fort embarrassés : d’une part, ce futur roi a un compétiteur, qui est un puissant baron de Bretagne, Guillaume de Montfort; d’autre part, Melsiau, qui ne paraît pas songer au baptême, s’achemine vers la France et la veut conquérir à Mahomet. Qui sera roi ? Les douze Pairs s’en remettent à Dieu et invitent les deux rivaux, Guillaume de Montfort et Melsiau, à se rendre à Reims, devant l’autel de Notre Dame. La couronne, la belle couronne de France, sera donnée à celui que le Saint-Esprit désignera. Le Saint-Esprit descend sur Melsiau, et lui met la sainte Ampoule à la main. Ce miracle éclatant amène immédiatement la conversion de Melsiau. Il se fait baptiser sur l’heure et, sous le nom de Charles le Chauve, est acclamé roi par tout le peuple de France. Seul, Guillaume deMontfort, le dépossédé, voue une haine mortelle au nouveau roi. Il a pour confident et ami un traître, nommé Goubaut de Lausanne, et ils trament entre eux les plus perfides complots contre Charles. Tel est le Prologue du drame.

I. Un certain nombre d’années se sont écoulées, et voici que Charles a deux fils de sa femme Marguerite. L’aîné s’appelle Philippe, et le Roi a commis la grave imprudence de confier au traître Goubaut l’éducation de ce futur héritier de sa couronne. Cette sorte de Ganelon imagine et charpente un crime épouvantable. Il envoie à Charles un baril empoisonné, comme un présent de son fils Philippe. On en fait l’essai, et le poison foudroie le malheureux sur lequel on l’éprouve. Le pauvre Philippe est accusé, convaincu, condamné à mort ; mais la Reine intercède en sa faveur et l’on se contente de le bannir. C’est ici que commencent les aventures de Philippe et qu’il est soudainement appelé à jouer le premier rôle dans le roman. Il se dirige aussitôt vers la Hongrie, pour délivrer le roi de ce pays qui est assiégé dans sa ville de Montluisant par un sarrazin du nom de Merlangier, qui, géant énorme, a plus de quatorze pieds de haut. Vingt obstacles l’arrêtent en chemin, et il prend de plus en plus à nos yeux la physionomie d’un chevalier de la Table ronde. Il se trouve enfin devant l’horrible géant, qui l’étreint dans ses bras et le précipite dans le fleuve, au bas de la montagne où le duel s’est engagé. Tout autre serait mort du

LES DERNIERS ROMANS EN VERS

Florence de Rome dépasse cette moyenne, parce que 1 pabChAp.vir' ,u c’est le seul de ces récits où l’on trouve une véritable unité d’action, avec un personnage central qui domine heureusement tout le drame.

La Chronique de Beidrand Duguesclin dépasse cette moyenne, parce que c’est une œuvre sincèrement historique, égale ou supérieure aux meilleures chroniques, et dont le héros est, avec Jeanne d’Arc, l’une des plus grandes figures de notre histoire nationale.

Baucluin de Sebourc dépasse cette moyenne, parce

coup ; mais il arrive (on s’y devait attendre) que le roi de Hongrie a une fille charmante, du nom de Doraine, laquelle (le cas est encore moins invraisemblable) s’est prise soudainement d’amour pour Philippe et lui a fait présent d’un anneau merveilleux qui rend invulnérable. Confiant en son courage et surtout en son anneau, Philippe engage de nouveau la lutte contre le géant et le tue. Sur ce, le père de Doraine meurt fort à propos pour laisser à Philippe sa couronne et sa fille. Voilà donc Philippe roi de Hongrie; mais personne, au monde, pas même sa femme, personne ne sait le secret de sa naissance, et il y a, de ce côté, à redouter d’émouvantes et terribles péripéties pour l’avenir. Le Drame devient de plus en plus animé et vivant.

II. Or, le roi Philippe a un songe, et reçoit d’un ange, pendant une nuit, l’ordre d’aller sur le champ délivrer Jérusalem. Il part sans hésiter et laisse sa femme Doraine en butte aux obsessions d’un traître qui prétend l’épouser et veut à tout prix se débarrasser de l’enfant dont elle va accoucher. Le pauvre petit est confié à un serviteur de ce félon qui a reçu l’ordre de le tuer, mais qui, attendri par le sourire du nouveau-né, se contente (la même histoire se retrouve un peu partout) de le déposer au pied d’un arbre, le long du chemin. Un seigneur du pays, Guillaume d’Esturgeon, entend les cris de l’innocent et le recueille. Sur sa poitrine il aperçoit la croix qui est le signe certain d’une naissance royale et l’élève avec l’affection d’un père, mêlée de je ne sais quel respect pour un fils de rois. « Dieudonné » est le nom de ce délaissé qui est, lui aussi, appelé aux plus cruelles, aux plus romanesques aventures. Ce fils adoptif ne tarde pas à exciter la jalousie du véritable fils de Guillaume qui, dans une partie d’échecs (c’est au moins la dixième fois que, dans nos romans, cette fameuse partie donne lieu à une catastrophe) frappe Dieudonné d’un coup de couteau et est bientôt tué par lui. Colère du père ; exil de Dieudonné qui se trouve seul sur le grand chemin et se décide alors à aller retrouver sa mère dont il vient seulement d’apprendre la triste destinée. Quel est le chemin de Montluisant ? Il ne le sait, et le demande à tous : « Il faut lui « dit-on, traverser d’abord le bois des Fées,» et nous voici en pleine féerie. Du fond du lac transparent, trois belles jeunes filles, trois ondines, emergent soudain, toutes souriantes; elles se font les guides de Dieudonné que tant de beauté éblouit, et le transportent dans le royaume des Fées où il a le courage de résister à toutes les séduc-

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1 I’ART. UVR. III.

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