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Les Suites.
Etude critique sur Bauduin de Sebourc
qui en est le type.
que c’est l’œuvre d’un homme de talent, sur laquelle il importe, avant d’en finir avec nos dernières chansons, d’attirer plus longuement l’attention de nos lecteurs.
Entre tous les poèmes du xivc siècle, entre tous ceux de notre décadence épique, s’il en est un qui mérite visiblement le premier rang, c’est ce Bauduin de Sebourc auquel les auteurs de Y Histoire littéraire ont si justement donné le nom de « chanson héroï-comique».
lions de ce monde merveilleux et de repousser l’amour agressif de la reine des fées, de Gloriande elle-même. A quoi pense donc Dieudonné, ou plutôt à qui pense-t-il ? A la fille de son père adoptif, à Supplante qu’il aime. Chose bien rare, même chez les fées, Gloriande n’est point jalouse de Supplante et met tout son pouvoir au service de cet honnête Dieudonné. Elle lui donne (encore une imitation d'Huon de Bordeaux) un cor, un hanap et une nappe, qui ont les plus admirables vertus. A peine le son de ce cor unique a-t-il retenti que sept mille chevaliers, tout armés, viennent se mettre aux ordres de l’heureux corneur. Le hanap, dès que son possesseur en a le désir, se remplit des vins les plus exquis, et la nappe se couvre soudain d’un repas pour cent convives. Avec de telles ressources, Dieudonné peut prétendre à tout. Il commence par délivrer une pauvre jeune fille qu’un ogre tient prisonnière en un château dont la porte est gardée par deux hommes de cuivre ; mais ce n’est là qu’une aventure en passant, et •le but de Dieudonné est ailleurs. Il rencontre sur sa route ce Guillaume d’Esturgeon, qui est le père, non seulement de sa chère Supplante, mais du jeune homme qu’il a tué jadis après la fameuse partie d’échecs. Guillaume n’a rien tant à cœur que de châtier le meurtrier de son enfant; mais comment lutter contre un homme qui, avec sa nappe et son hanap, donne un régal nompareil aux soldats même de son ennemi et qui, avec une sonnerie de son cor, se trouve sur le champ à la tête d’une merveilleuse armée. Le père de Supplante comprend que la lutte est impossible : il pardonne à Dieudonné et le marie avec sa fille. Et c’est ainsi que se termine cette manière de troisième Acte qui pourrait être intitulé « Dieudonné », comme le Prologue serait légitimement dénommé « Charles le Chauve « et le premier Acte « Philippe ».
III. On n’a pas oublié la pauvre Doraine, cette mère de Dieudonné, et les rudes épreuves par lesquelles elle a dû passer. Le traître qui l’a si brutalement séparée de son enfant qu’elle croit mort, ce misérable n’est pas encore satisfait de s’être ainsi débarrassé du fils et veut aussi se délivrer de la mère. Doraine est condamnée à mort, et déjà son supplice s’apprête, quand soudain (c’est un coup de théâtre superbe) le son d’un cor retentit et toute une armée s’abat autour du traître qui, par malheur, a le temps de s’enfuir, et de la pauvre condamnée qui se réjouit d'une délivrance aussi inattendue: « Je suis ton
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Ce mot dit tout, et exprime au vif la physionomie 1 rA^™- m de cette œuvre étrange dont la variété, l’inépuisable variété constitue le principal caractère. L’auteur anonyme de ce singulier roman prend successivement tous les tons : dramatique au besoin, jusqu’à nous glacer le sang et à nous faire blêmir de peur, et comique jusqu’au grotesque, jusqu’à la caricature, jusqu’à la farce. Voici, quelque part dans son livre, une description de l’Enfer qui n’est pas sans nous donner la chair de poule; mais, si nous tournons la page, voilà une de
fils », lui crie alors Dieudonné qui, ayant retrouvé sa mère, songe maintenant à voir son père Philippe, lequel, depuis dix-huit ans, est relégué en je ne sais quelle île où il vit comme un ermite. Dieudonné en prend immédiatement le chemin; mais il se donne le loisir, en route, d’enlever Constantinople aux païens. Aussi, quand il arrive dans l’ile paternelle, il n’y rencontre plus son père, qui vient d’en partir. Tous les malheurs fondent sur lui à la fois. Ce cor merveilleux, ce hanap sans pareil, cette nappe d’où étaient déjà sortis tant de bons repas, Dieudonné ne devait les conserver qu’à la condition de ne jamais commettre un seul mensonge. Or, voici qu’il ment, et que tous ses talismans perdent aussitôt leur pouvoir. Plus de vin, plus de festins merveilleux. La Reine des fées se montre assez bonne pour lui pardonner enfin un tel méfait, et les talismans recouvrent leur force première. C’est alors que, dans un combat judiciaire, le traître Goubaut que nous avions un peu perdu de vue, est vaincu et tué par Philippe, tandis que cet autre traître, qui avait été le persécuteur de la pauvre Doraine, est vaincu et tué par Dieudonné. Voilà, ce semble, un dénouement excellent pour un drame déjà si long ; mais notre poète ne l’entend pas ainsi, et, au moment où ses auditeurs croient tout fini, tout va recommencer.
IV. Goubaut est mort, mais il laisse derrière lui toute une abominable mciisnie, toute une engeance de traîtres. Ces félons ont pu rassembler une armée qui, durant une absence de Charles le Chauve, ravage toute la France. Chalons est réduit en cendres ; Reims est assiégé et va tomber au pouvoir des rebelles, quand arrive Dieudonné qui, désarçonné et désarmé au milieu de la grande bataille décisive, ne peut même pas porter à sa bouche le cor enchanté qui fait jaillir une armée des entrailles du sol ou des hauteurs du ciel. Enfin (et la scène n’est pas sans beauté), il parvient à avoir les mains libres, et embouche l’admirable olifant. L’armée féerique arrive et les traîtres sont vaincus. Tout semble encore une fois achevé; mais voici de nouveaux épisodes. Doraine et Supplante ont été enfermées dans la ville de Montluisant où elles sont au pouvoir des païens. Doraine se tue, mais le roi de Majorque et d’Almérie, Josué, se prend d’amour pour Supplante et veut la contraindre à l’épouser. Elle n’y consent qu’après avoir reçu de l’enchanteur Balan un anneau magique, grâce auquel Josué s’imaginera,
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1 rAuiÀpT' 1U* ces plaisanteries énormes et salées qui provoquaient un rire interminable et méchant parmi ses auditeurs sans délicatesse et ses lecteurs sans préjugés. Comme il connaissait son public, ce flamand satirique et sensuel ! Comme il savait le flatter dans toutes ses préventions et dans toutes ses haines ! Véritable journaliste, écrivant trop rapidement et se laissant trop facilement aller à toutes ses passions ; faisant campagne contre les puissants de son temps et les criblant de ses railleries qui étaient autant de flèches barbelées et em-
quand il n’en sera rien, avoir fait son bon avec elle. Les années passent, et Dieudonné, loin de sa femme qu’il ne peut rejoindre, s’abandonne un jour à un amour adultère avec la belle Corsabrine, qui est la fille du roi des Indes. L’adultère, comme le mensonge, enlève aux fameux talismans leur vertu enchanteresse, et le pauvre Dieudonné ne s’en aperçoit que trop vite, quand il va offrir ses services à l’empereur de Rome, Valérian, et que, sonnant inutilement de son cor, il est fait prisonnier dans une grande bataille contre les païens, décidément vainqueurs. Dieudonnné et l’Empereur, partagent hélas ! le même sort, et sont condamnés, comme les derniers des esclaves, aux plus rudes et aux plus grossiers travaux. Ils remuent tout le jour « caillous et pierres » ; ils portent le mortier et le ciment ; ils n’ont pour toute nourriture que du pain et de l’eau, et sont jetés chaque nuit en une fosse desus un pou d’estrain. Corsabrine propose en vain à Dieudonné de lui rendre la liberté, s’il veut l’épouser ; mais cette fois Dieudonné pense à Supplante et a le courage de repousser ces offres adultères. Il est encore plus maltraité par ses geôliers, et tout semble perdu pour lui. La prison où il est enfermé est au bord de la mer ; il se précipite dans le gouffre, et voici que le bon nain Maufumé, qui a pris la forme d’un luiton, le prend complaisamment sur son dos et le sauve. Ce n’est pas encore le vrai dénouement.
Y. Du mariage de Dieudonné et de Supplante, était né ce Dagobert, qui devait un jour être un si grand roi et fonder l’abbaye de Saint-Denis. Le poète n’a pas encore eu le loisir de nous parler longuement de cet enfant que nous voyons tout à coup prendre dans la chanson une importance inespérée et que nous rencontrons à Escalonne, au pouvoir de l’enchanteur Balan, qui est le roi de cette ville ; mais, par bonheur, un autre enchanteur, du nom de Maufumé, entre alors en lutte avec Balan, qui finit par être vaincu et par se convertir. Voilà Dagobert en route pour la France, avec les deux enchanteurs. Mais on n’a pas oublié l’union adultère de Dieudonné avec Corsabrine : un fils aussi en était né, qui porte le nom de Corsabrin, et qui, pris de haine contre la chrétienté, débarque en Romanie,fait couper la tête au Pape et met l’assaut devant Rome. Le manuscrit, dont nous n’avons pas les derniers feuillets, s’arrête ici : il était temps. Mais le poète a pu nous mettre, plus haut, au courant des dernières aventures de Dieudonné, qui est évidemment son héros préféré. Le fils de Philippe à rétabli l’ordre dans le
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poisonnées; mordant jusqu’au sang ceux qu’il n’aimait 1 PA^IVIR- 1,1
pas et ne reculant contre eux devant le scandale -
d’aucune calomnie ; plein d’une verve endiablée; pamphlétaire acerbe dont Paul-Louis Courier eût aimé la lecture et à qui il ne manque guère, pour être un bon « publiciste » qu’une langue châtiée et un bon style.
Pour être un véritable épique, il lui manque aussi une qualité précieuse : c’est ce sens de l’unité qui a également fait défaut à la plupart de ses contemporains.
Dans son oeuvre qui est une sorte de panorama gigantesque, il y a, toutes les dix ou vingt pages, un de ces changements à ‘vue qui sont faits pour nous surprendre et finissent par nous fatiguer. De l’extrême Orient il nous transporte soudain dans une ville de la Frise ou sur la route de Paris. Puis il nous ramène brusquement au fond de l’Inde. Mais ce n’est point là le pire : car, après tout, Shakespeare en a fait bien d’autres, et la seule unité vraie est l’unité d’action. Ce
royaume de France, où son père était sur le point d’être détrôné par Amaury de Bretagne, qui déjà s’était fait sacrer à Paris : « C’est alors, nous dit le poète, qu’il fut décidé que, pour être vrai roi de France, il faudrait désormais avoir été sacré à Reims. » Un Ange descend alors du ciel et proclame que la couronne de France doit être placée sur le front du jeune Dagobert. La mission de Dieudonné est terminée, et il ne songe plus qu’à son salut: «Pour expier tes péchés, lui dit un Ange, tu te feras ermite. » Dieudonné obéit à la voix d’en haut. Il prend avec lui sa femme Supplante, et tous deux, repentants et saints, cheminent jusqu’à Blaye. Ils s’y arrêtent, se construisent une pauvre hutte au bord de la Gironde, portent la haire, vivent de fruits sauvages, et s’imposent, entre autres œuvres pies, le devoir de passer en bateau les voyageurs d’un bord du fleuve à l’autre. Il y a là un souvenir évident de tous les ponts que l’Eglise a construits. Cependant les deux saints époux meurent un jour sous les coups des larrons qui infestaient le pays. Ils rendent l’âme, et tout à coup leur pauvre ermitage est enveloppé d’une lumière céleste et étincelle comme un soleil. La foule se précipite pour honorer les corps de ces martyrs, et l’on trouve, sur celui de Dieudonné un brievet où est écrit tout le récit de sa vie, avec ces paroles qui avaient été écrites là haut : « Dieudonné sera désormais « honoré sous le nom de saint Honoré, et Supplante recevra le nom « de sainte Fiée. «Tels auraient dû être les derniers vers de la chanson,
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iPAnT.uvR.ru. qu’il y a de particulièrement choquant dans Bau-
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- cluin de Sebourc, c’est que le centre du récit est plus
d’une fois déplacé et que le héros central n’est pas toujours le même. Tout à l’heure, c’était Baudouin de— Sebourc ; un peu plus loin, ce sera son bâtard l. Les épisodes s’enchevêtrent dans les épisodes. Puis, ce sont d’interminables sermons qui alourdissent à tout instant la rapidité de l’action. Le lecteur, sans aucun doute, est libre de ne point les lire et de faire un bond par dessus ; mais l’auditeur est condamné à les subir. Le récit languit, et il offre un intérêt d’autant moins vivant que le poète estime nécessaire, comme nous le verrons ailleurs, de faire à plusieurs reprises un résumé plus ou moins précis et plus ou moins long des événements qu’il se propose de raconter jusqu’à la fin de son roman 2. On ne s’intéresse point à un dénouement que l’on connaît d’avance. C’est, à la vérité, le défaut de la plupart de nos épiques; mais l’auteur de Baudouin méritait de n’y pas tomber.
Il le méritait d’autant mieux qu’il a un véritable talent de conteur, et nous aurons lieu d’en fournir la preuve plus loin. Par malheur, c’est toujours trop chevillé et toujours trop long. L’émotion, la véritable émotion est trop rare. Il n’a pas dû pleurer souvent et ne sait pas nous faire pleurer, ce Rabelaisien qui se complaît surtout aux brutalités d’un amour uniquement sanguin. Où il est peut-être le mieux inspiré, c’est dans les récits où il peut donner un libre essor à ses idées « démocratiques» et bourgeoises, et il n’y a peut-être pas de plus belle page, en cette œuvre sans queue ni tête, que celle où le poète nous peint la fierté sublime d’un savetier devenu roi 3. Il faut l’entendre, ce Pau -
1. Bauduin de Sebourc, éd. Bocca, II, 176 et ss, — 2. Ibid., II, 391, etc., etc. — 3. Ibid., I, 335 et ss.
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vre pourveü , comme il l’appelle, il faut l’entendre 1 PA|£;[UVIR- uu jeter aux Sarrazins qui l’attaquent ce cri superbe : — — — - — - « Dites à votre roi que nous croyons en Jésus-Christ et que, s’il ne se convertit pas, je me porterai, contre lui, plus terrible que léopard et que lion \ » Il faut le voir ce « vilain » qui n’a jamais touché une arme chevaleresque, il faut le voir s’exercer contre un mur à l’escrime de la lance et se jeter ensuite, farouche, au milieu des ennemis « comme un loup parmi les brebis 2 ». Il ne devait pas être mécontent, notre poète, de montrer aux chevaliers de son temps qu’un misérable ouvrier pouvait ainsi s’improviser chevalier en un jour et les égaler en vaillance.
C’est dans les descriptions qu’il excelle. Celle qu’il nous donne de l’Enfer est d’emprunt, et il force son talent en essayant de nous effrayer3. Je l’aime mieux quand il nous peint, en couleurs vives et heureusement variées, une bataille, un combat judiciaire, un tournoi \ Il se donne ici la joie, presque légitime, d’être aussi long qu’il peut hêtre, et le lecteur, s’il est quelque peu courageux, n’a vraiment pas le droit de se plaindre.
Le lecteur, hélas ! a bien d’autres sujets de mécontentement, voire d’indignation.
Nous disions tout à l’heure que Bauduin de Sebourc peut passer pour le type d’un poème héroï-comique.
Le véritable héroïsme, l’héroïsme chrétien n’y est pas souvent mis en gloire , et l’auteur s’inspire rarement
1 .Bauduin de Sebourc , I, 375. — 2. Ibid., I, 376, 378.- 3. Ibid.,
II, 57 et ss. Le poète distingue trois Cercles dans son enfer : celui des enfants morts sans baptême ; celui des païens; celui des usuriers, des meurtriers, des larrons, etc. Sa description du Paradis est des plus faibles (ibid. pp. 48 et ss.). — 4. V. notamment la description d’un campus , 11,348. Cf. le massacre des traîtres, 1, 234, et le charmant tableau de la ville de Nimaie, I, 57, etc., etc.
I PART. LIVR. III; de ces poèmes rugueux et fiers de la première croi-
- sade, d 'Antioche et de Jérusalem , dont il prétend et
s’imagine nous donner la suite. Une seule fois peut-être, il s’élève à la hauteur de cette foi naïvement sublime des anciens croisés. C’est quand un de ses personnages \ en pleine furie de bataille, désarçonné, mais invaincu, et tenant en échec tous ses ennemis qui n’osent l’approcher d’une glave et demie et finissent par reculer devant lui, c’est quand ce héros est hanté, en cette détresse, par le souvenir de la Ville Sainte : « Ah ! Jérusalem, noble cité, que j’ai naguères aidé à conquérir, Jérusalem dont limur sont plenier , est-ce que vraiment je ne te reverrai plus? » Et il continue à lutter, seul contre quarante. Et, son épée étant brisée, il se bat, comme un fou, à coups de couteau 2. C’est de la vraie épopée; mais il n’y a peut-être pas, dans toute l’œuvre, dix pages comme celle-là.
Si notre poète n’est pas épique, c’est qu’en réalité il n’a pas la foi simple et robuste des premiers chantres de la croisade. Sans doute il connaît bien les éléments de sa croyance, et est en état de faire professer à son héros une véritable leçon de catéchisme aux païens de l’Inde 3. Sans doute il prête à son Baudouin des vertus sincèrement chrétiennes et le précipite avec amour dans toutes les austérités de la vie érémitique 4. Sans doute, enfin, il lui attribue le don des miracles et va jusqu’à le canoniser de son vivant ;j. Rien de mieux, et nous prenons également plaisir à constater que cette âme grossière témoigne souvent d’une véritable tendresse pour la Vierge G. Il a même çà et là des mots presque sublimes, à force d’être chrétiens, et tels sont
1. « Baudewins de Biauvais ». — 2 . Bauduin de Sebourc, II, 165, 166.
— 3. I, 310. — 4. I, 333 et, surtout, II, 254. — 5, I, 318 et, surtout, 345.
— 6, II, 24, etc.
ceux qu’il met aux lèvres de Baudouin, quand ce vail- 1 PMlT- UVR- ni-
T- 7 x CHAP. I.
lantcst sur le point de succomber sous les coups des Sarrazins et qu’il dit à ses compagnons : Prendrons en gré la mort , franc noble palasin — Et s’aions ens ely coer de Bien le sanc divin \ Il y a de ces éclairs, mais on en voudrait davantage, et l’on souhaiterait surtout de ne pas voir, à côté de cette foi qui est réelle et vive, s’étaler trop souvent l’esclandre d’une véritable et désolante impiété.
Qu’il ait contre le prêtre, et surtout contre le moine, une haine acharnée autant que perfide et que n’a pas toujours dépassée celle même de Voltaire2, c’est ce qui n’est pas fait pour nous surprendre, et nous trouvons cette même passion, inepte et féroce, en plus d’un poème des siècles précédents. Il est ici le digne émule des auteurs de Renart et des fableaux : il est le digne contemporain de ce Jehan de Meung qui est mort au commencement du xivc siècle ; il est enfin le digne prédécesseur de tous ceux qui jusqu’à nos jours « ont mangé du prêtre ». Il nous rappelle à tout instant les plus détestables couplets de Béranger : ce n’est pas le même style, mais c’est la même bave. Il n’y a pas de calomnie qu’il ne ramasse dans le ruisseau, pour en salir les clercs et les religieux de son temps. Encore une fois, nous n’en sommes pas étonnés, et nous étions presque en droit de nous y attendre ; mais l’auteur de Bauduin est allé beaucoup plus loin. Ses devanciers n’avaient guère fait que ridiculiser la confession : il la profane, de parti délibéré, et à plusieurs reprises.
Il habille son héros en prêtre; il l’installe impudemment en plein confessionnal; il nous le montre, avec une complaisance joyeuse, écoutant un jour la confes-
1, Bauduin de Sebourc, II, 12. — 2. II, 90, 91 ; 244, 245, etc., etc,
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I PART. LIVR. III. sion de toutes les filles du pays et se délectant en ces