‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 125 sur 217 · J CHA1\ I · texte numérisé non relu

J CHA1\ I

donner le programme qui est, en effet, honnête et -

acceptable. Mais il est trop visible que ce Flamand n’aime pas la France \ et «le roi de France» est un de ceux qu’il traîne sur la claie avec le plaisir le plus vif et le moins dissimulé. Nous sommes bien loin de ce beau vers du xic siècle où éclate un si tendre patriotisme : Tere de France, mult estes duk pais!

Les satiriques ne font pas toujours rire et sont parfois de mauvais plaisants. Notre auteur veut être léger, et n’est que lourd. Ce comique pèse un gros poids. Lorsque Baudouin se déguise en moine et (c’est un sacrilège de plus) déclare avoir reçu les pleins pouvoirs du Pape pour absoudre tous les péchés, il estime qu’il est nécessaire d’aller voir le curé du lieu :

« S’il me demande mes bulles, dit-il, je lui montrerai mes poings ». Il aborde le pauvre prêtre en lui serrant si fortement les deux mains « que les ners li défroissé et les os ensement » . Et lorsque l’infortuné lui demande la preuve écrite des pouvoirs qu’il a reçus de Rome,

Baudouin lui fait la nique et lui montre ses deux poings avec des yeux terribles : « J’ai vu, j’ai vu les bulles », s’écrie le prêtre, et il s’enfuit à grandes enjambées 2. Comme vous le voyez, c’est de fort gros sel. Et que dire de ces deux femmes qui se disputent le même mari : « Eh bien! vous l’aurez l’été, dit l’une, et moi, l’hiver 3. » Voilà qui réussirait en plus d’un bas théâtre et devant un vil auditoire.

Tel est le poète que nous voulions peindre et qui est certes le moins méprisable, littérairement parlant, de tous ceux de la décadence. Dans les chapitres qui vont suivre, nous ferons avec lui plus ample connais-

1. Bauduin de Sebourc, II, 216, etc. — 2. II, 99. — 3. I, 70. Cf. II, 50,

LES DERNIERS ROMANS EN VERS

i part. livr. m. sance ; mais il ne faudrait pas ici le quitter sur une - parole qui fut aigre et sévère. Il vaut mieux reconnaître et saluer, en finissant, ses charmantes qualités de peintre et de conteur.

Pourquoi l’incomparable illustrateur de Jaufre et de Fierabras, de Rabelais et de l’Arioste n’a-t-il pas connu cette œuvre étrange et vivante, variée et pittoresque?

Gustave Doré était fait pour illustrer Baudouin de Seboure .

Un

certain nombre de

romans en vers ne sont point parvenus jusqu’à nous ;

d’autres nous offrent de regrettables lacunes.

Comment on peut, à l’aide des romans en prose, reconstituer ces romans

et combler ces lacunes.

Il ne nous reste plus qu’une question à résoudre, et c’est celle des romans en vers qui ne sont pas parvenus jusqu’à nous.

Un certain nombre de romans en vers ont, en effet, été perdus, et, dans les chansons même que nous avons l’heur de posséder, on peut trop souvent constater des lacunes plus ou moins considérables.

Comment réparer de telles pertes?

La réponse est aujourd’hui facile, grâce aux travaux de quelques érudits allemands ou français.

Il suffit d’utiliser les romans en prose correspondants, dont un certain nombre, comme on le sait,

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