‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 132 sur 217 · Ibid., I, p · texte numérisé non relu

Ibid., I, p

LES DERNIERS ROMANS EN VERS. 481

il est vivant : « Voyez-vous Huon assis sur son cheval, 1 PAiTA'PUn?* 111 couvert de son haubergeon qui est si bien ouvré à devis, fleurs de lis d’or sur fin azur? Derrière lui, garni de ses armes, s’avance le noble et preux connétable. Quatre francs chevaliers sont au frein d’Huon, pour garder et protéger le vassal. Quant à lui, il est très fort sous son armure et porte en sa main un grand marteau de fer. Son cheval fait alors un bond de dixhuit pieds et la flamme jaillit des cailloux gris. Entrer dans la bataille et commencer Yestris, voilà ce que demande Huon, et il en est entalentis plus chaudement que li lous affamés n'est d'entrer es berbis \ »

Ils ne sont pas orateurs, nos poètes, et ne comprennent par leurs romans comme les anciens comprenaient leurs chroniques, en les bourrant de longs discours imaginaires qu’ils plaçaient trop complaisamment sur les lèvres de leurs grands hommes.

Cuvelier procède un peu à l’antique, quand il prête à son Du Guesclin toute une série de discours qui ont d’ailleurs une allure et un fondement historiques. Celui que le bon Bertrand adresse à tous ces bandits des grandes compagnies pour les décider à aller en Espagne, cette très madrée et très habile allocution n’est pas loin d’être un chef-d’œuvre2. Le grand connétable cependant n’avait jamais eu le loisir ni l’idée d’apprendre l’art de parler, et il n’y avait pas en lui l’étoffe d’un de ces avocats dont l’auteur de Bàuduin de Sebourc a si bien reproduit la sèche et juridique éloquence 3. Il eût mieux compris les harangues militaires du même poète, qui sont courtes et pratiques :

1. Hugues Ccipet, éd. du marquis de la Grange, v. 3819 et ss. —

2. Chronique de Bertrand Duguesclin , v. 7259 et ss.. et, surtout, 7303 et ss. Cf. y. 7367 et ss. — 3. V. le plaidoyer de l’avocat en faveur d’une demoiselle que le comte d’Angers voulait empêcher de se marier (II, p. 343).

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PAcLp!Vn'U1, (( Si vous m’abandonnez en la bataille, je vous pendrai ’. » Et ailleurs : « Ayez bon sang en vous, et ne vous effrayez pas. Tout l’argent que vous conquerrez sera pour vous 2. » Les routiers des grandes compagnies auraient bien saisi cette éloquence-là.

Nous disions tout à l’heure que nos derniers romanciers sont surtout des conteurs, et c’est, en effet, dans le récit qu’ils excellent, quand il leur arrive d’être bien inspirés. Il y a dans Bauduin de Sebourc , notamment, plus d’une page émouvante et quelquefois grandiose. Telle est la belle histoire du lion, qui eut mérité d’être illustrée par un Gustave Doré et qui, par instants, touche presque au sublime. Ce lion, qui plains fu de hidour, ce lion énorme et superbe a été chargé par Dieu de veiller, jour et nuit, sur une très précieuse et incomparable relique, sur une fiole qui estt pleine du sang de Jésus-Christ. Il a été fidèle à sa mission, et voici que Baudouin arrive un jour près de la montagne où la formidable bête est en faction. Le chevalier s’agenouille, et le lion aussi qui est venu au-devant de lui comme au-devant du libérateur attendu et qui de joie fait sa keuwe autour lui tortillier. Baudouin cependant ne comprend pas ce qu’on l’on veuf de lui, et le lion se charge de le lui faire comprendre : il Yahert par la jambe, doucement , et le traîne ainsi jusqu’au forgier où est conservée la fiole pleine du sang qui tous nous rechuta. Une Voix se fait alors entendre dans le ciel : « Baudouin, dit la Voix, tu as sous les yeux le sang de Jésus-Christ qui a été conservé à Jérusalem jusqu’à l’arrivée de Godefroi de Bouillon. » Il s’agit de commencer sur le champ l’œuvre de la délivrance et de s’emparer tout d’abord de

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