Bauduin de Sebourc , II, p. 215. — 2. Ibid., 74, p
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la ville voisine qui est au pouvoir des Sarrazins. Bau- 1 PARcrH-A“v*- UI
douin monte à cheval sur le lion, et ils se dirigent -
tous deux vers Abilant dont ils franchissent bientôt la porte. Le lion rugit et le chevalier brandit son épée. Terrible, éperdu, farouche, le lion s’élance avec son cavalier dans les rues de la ville et massacre tout sur son passage. Les païens, tous les païens fuient, et c’est une épouvantable rumeur dans une épouvantable mêlée. Rien n’est plus beau que l’entrée du lion et de Baudouin dans le palais du Soudan, et je crois voir le dessin que Gustave Doré aurait pu faire et qui n’a jamais été fait. Cependant il y a encore des chrétiens dans Abilant : Baudouin les réunit et leur montrant, avec une dignité presque sacerdotale, la sainte relique qu’il a apportée : « Voici le sang de Dieu, dit-il ; adorez-le \ » Cette majesté pieuse et digne d’un prêtre, le chevalier ne la gardera pas longtemps.
Il aperçoit soudain Yvorine la belle dont il a jadis été le dru : tout son sang frémit et bout; il est pris d’un accès de sensualité brutale et folle; il oublie sa femme Blanche, descend de son lion et accolle la pucelle. Mais alors il se passa quelque chose d’horrible.
Le lion, devenant tout à coup furieux, se jette sur Yvorine, lui ouvre la poitrine avec ses dents et lui arrache le cœur. Puis, ce terrible justicier s’éloigne de Baudouin dont il vient de châtier l’adultère. Il s’élève au ciel comme un oiseau, et disparaît. C’était un ange 2.
Cet épisode du lion est sans doute un emprunt que l’auteur de Bciiiduin de Sebourc a fait à quelque légende dont il ne serait pas impossible de retrouver la trace. Il est certain que le lion tient une place con-
1. Bauduin de Sebourc , II, p. 128 et ss. — 2. Ibid., Il* p. 145.
1 u,< sidérable dans le merveilleux chrétien, et ie doute,
CH AP. 11. • u *
s’il faut dire ici toute ma pensée, que l’esprit médiocre et bourgeois de notre romancier ait pu s’élever de lui-même à une aussi haute imagination. Malgré tout, il a parfois de certains sursum , et c’est, par exemple, une fort belle scène que celle où, dans le feu le plus ardent d’un combat décisif contre le traître Gaufroi, le comte de Boulogne, Wistace, reçoit vingt blessures mortelles et où, ne voulant pas déserter le champ de bataille, il se fait transporter en pleine mêlée, pantelant et moribond, sur une litière au-dessus de laquelle il ordonne de placer très haut sa bannière comtale, afin qu’on la voie de toutes parts et que, parmi les siens, trestousli plus couars ait cuer de chevalier 1 . A ce noble épisode, à ce dernier vers qui est vraiment magnifique, il convient d’opposer, comme contraste, cette scène d’opérette (encore!) où Baudouin de Sebourc, qui s’est travesti en moine et se dit porteur de tous les pouvoirs du Pape, confesse toutes les pucelles du pays et écoute, en riant d’un mauvais rire, le récit sacramentel de tous leurs méfaits amoureux. Sa drue , son amie, sa Blanche est la seule qui n’ait rien à avouer de pareil, si ce n’est son amour pour un certain bachelier, très vaillant et très beau, qui s’appelait Baudouin et dont elle est depuis trop longtemps séparée. Alors le faux moine, le faux confesseur, tout rayonnant d’allégresse, oublie son rôle et s’écrie: «C’est moi qui suis Baudouin. » On peut juger de la joie de la dans elle * . Nous ne saurions nous y associer et ne voyons, dans cette anecdocte sacrilège et graveleuse, qu’un souvenir de nos fableaux ou un
1. Bauduin de Sebourc, I. p. 252. — 2. Ibid., Il, pp. 95 et ss., et surtout, p. 114.
conte à la Boccace, digne d’être un jour traduit I PART. LIVU. III.
la Fontaine et de dérider Voltaire.
Il y a aussi cette scène vraiment originale où nous voyons une héroïne du même poème commander à un peintre la représentation sur un drap d’or de tous les événements un peu compliqués qui ont été jusque là racontés dans le roman. L’auteur trouve ici la matière d’un résumé qui est bref et vivant.
Puis, la passion s’en mêle et, Elienor, la plus belle pucelle qui fust jusques à Troie , qui a fait peindre cette série de tableaux, n’a pas été sans avoir son idée et son but en donnant cette forme pittoresque à l’histoire du passé. Elle aime Esmeret, qui est le propre frère de Baudouin de Sebourc, et auquel elle a été naguère fiancée... sans l'avoir vu. L’heure vient seulement de sonner ou elle le voit pour la première fois. Il est là; il est un de ceux qui en ce moment regardent curieusement les tableaux du drap d’or. Il s’agit pour Elienor de se faire connaître et de réclamer ses justes droits de fiancée, et elle s y prend d’une façon qui est à la fois ingénieuse et théâtrale. Elle explique un à un ces fameux tableaux : elle raconte, d’un ton ému, les crimes abominables du traître qui joue ici le rôle de Ganelon ; le départ pour la croiserie du bon roi Hernous de Beauvais; comment il fut fait prisonnier par les païens et comment enfin, avant de mourir à Abilant, il avait fiancé Elienor elle-même, la païenne Eliénor, avec l’aîné de ses fils qui se nommait Esmeret. A cet endroit de son récit, Elienor éclate et, d’une voix retentissante, s’écrie soudain en se tournant vers son fiancé : « Esmerez de Nimaie, je sui à toi venue ;
— Estre dois mes maris, je doi estre ta drue. » Un instant après, elle était dans les bras d’Esmeret qui lui répétait doucement : « Je n’aurai jamais d’autre
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i fart. livr. m. amie que toi. » Il v a là une belle tombée de rideau