‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 136 sur 217 · TL U. O J CHAP. III · texte numérisé non relu

TL U. O J CHAP. III

trouve place, mais il arrive aussi que nos romanciers -

prennent quelquefois plaisir à étaler leur science sacrée ou leur érudition liturgique, et je sais telle page de Bauduin de Sebourc où Ton serait tenté de voir une traduction littérale de quelque texte de bréviaire ou de missel. Le plus singulier, c’est que ces auteurs si dévots sont parfois ceux-là même dont l’œuvre exhale le plus de haine contre le prêtre. Ce même auteur de Bauduin , si emporté et si fielleux contre toute la cléricature de son temps, s’interrompt soudain, au milieu de son récit, pour exciter ses lecteurs à la communion, non seulement le jour de Pâques, mais encore à Noël et à d’autres fêtes, « c’on le doit rechevoir et prendre par savour — Et acuminier de son saint Saveour 1 ».

On n’est pas plus mystique, et il faut voir comme il s’indigne contre ces misérables « qui miex aimment à Pasques user un flan de four », qui meurent « sans prendre oile ne sacrament », et qui mériteraient « bonne fin en taverne ». Le héros de cette chanson donne lui même le plus bel exemple (et le plus inattendu) de mortification et de repentir : après avoir semé le monde de ses bâtards et s’être montré trop souvent aussi cruel que paillard, il devient, sans transition ni nuance, un Saint, un vrai Saint de martyrologe. Le don des miracles lui est soudain octroyé d’en haut, et il en fait le plus noble usage. Le calife de Baudas veut un jour faire périr dans le feu tous les chrétiens de cette ville : « Je ne leur ferai grâce, dit-il, que si la montagne de Thir se met en marche, à leur prière, et fait sous mes yeux un trajet d’une demie lieue. » On conçoit la stupeur et l’effroi de ces pauvres gens aux-

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